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La mononclophobie

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Plus tôt que tard, il sera possible de publier une anthologie des propos délirants de journalistes en pâmoison devant Justin Trudeau. Certains ne se retiennent même plus. À la noirceur succéderait la lumière. Les ténèbres se dissiperaient. On a même pu lire qu’avec Trudeau, ce serait la première fois qu’un homme rose prendrait la tête du pays. Il marquerait une rupture avec le modèle du «mononcle».

Nos contemporains aiment inventer des phobies à la tonne. De la xénophobie à l’homophobie en passant par l’europhobie, la transphobie, l’handiphobie et l’islamophobie, nous avons transformé en maladie mentale ou en trouble psychologique n’importe quel désaccord avec l’idéologie dominante. Alors jouons le jeu. N’assistons-nous pas à une montée inquiétante de la mononclophobie?

Le mononcle

Allons-y d’une petite définition improvisée. Qu’est-ce qu’un mononcle? Si on en croit la vulgate féministe, c’est un homme de l’ancien temps, dominateur, grossier et qui jouit inconsciemment de ses privilèges patriarcaux. On l’imagine aussi mal fagoté, avec une cravate ridicule, ou encore, d’un absolu débraillé, à la camisole tachée, mais bavant devant les belles femmes et réclamant le droit de leur tapoter les fesses sans qu’elles ne se fâchent. En gros, c’est un sale type.

Qu’est-ce que la mononclophobie alors? C’est l’assimilation de tout l’univers de la masculinité traditionnelle à la figure du mononcle. L’homme traditionnel aurait quelque chose d’inquiétant, de régressif. En gros, nos pères, nos grands-pères, n’étaient-ils pas tous des mononcles détestables? Et finalement, on comprend qu’un mononcle, c’est un homme non réformé par la bienséance néoféministe.

Petit portrait. Un homme préfère exprimer ses émotions sans épanchements émotionnels? C’est un cœur sec. Il préfère offrir une virile poignée de main en public à son fils devant l’école que le couvrir de becs mouillés devant les caméras?

C’est un psychorigide incapable d’affection. Il drague les femmes en gentleman? On croira vite reconnaître un agresseur derrière le dragueur. Un peu plus et on se dira qu’un mononcle, c’est un homme qui n’est pas devenu une femme.

La toile de fond de cette mononclophobie, c’est le retour aussi brutal que surprenant d’un certain féminisme dans les médias depuis un temps. On croyait la guerre des sexes terminée et l’égalité enfin obtenue pour les femmes dans les sociétés occidentales. La révolution féministe était nécessaire. Pour l’essentiel, ses objectifs sont atteints, bien qu’aucune société ne soit parfaite. Mais le néoféminisme radical ne tolère pas qu’on le questionne. Il mononclise ses critiques.

2015

Que se passerait-il si les hommes se mettaient à traiter certaines chroniqueuses de bonnes femmes contrôlantes, de mégères superficielles seulement fascinées par l’apparence d’un premier ministre beau gosse? Que se passerait-il si on disait de certaines militantes féministes qu’elles sont des harpies enragées détestant l’homme et les hommes? On dénoncerait avec raison des propos aussi dégueulasses. On y verrait un mélange toxique de stupidité et d’idiotie.

Mais apparemment, cette règle vaut seulement d’un côté. Et au nom de la déconstruction des stéréotypes machistes, on est tout simplement en train de vomir publiquement sur l’homme ordinaire, pas trop branché, ni rose ni mononcle, soupçonné des pires tares. Il ne s’agit pas de porter crédit aux lamentations victimaires des insupportables masculinistes. Mais de réclamer un minimum de respect réciproque. Comme dirait l’autre, parce qu’on est en 2015.

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