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De jeunes hassidiques apprennent le français pour la première fois

éducation hassidique
Ben Pelosse/ Le Journal de Montreal Membre de la communauté Satmar, Bella Grosz enseigne à fils Moshi les matières obligatoires exigées par le ministère de l’Éducation.

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Moshi Lieberman, 11 ans, commence à peine à apprendre le français. Il fait partie de la centaine d’enfants juifs hassidiques de Montréal dont la communauté jure être rentrée dans les rangs, après des années de lutte contre le ministère de l’Éducation. 

«Ce n’est pas vrai que le ministère de l’Éducation nous force à envoyer nos enfants à l’école. On veut prouver aux Québécois que nous voulons vraiment que nos enfants soient aussi éduqués que les leurs», lance Abraham Ekstein, membre de la communauté juive orthodoxe Satmar. 

En 2014, l’entente survenue entre cette communauté d’Outremont et le gouvernement avait fait couler beaucoup d’encre. 

Après avoir tenté vainement de fermer l'Académie Yeshiva Toras Moshe jugée illégale parce qu’elle n’enseignait pas les matières obligatoires, le ministère de l’Éducation avait accepté que la centaine d’enfants de la communauté soit éduquée à la maison, sous supervision de la Commission scolaire scolaire English-Montreal. 

Depuis le mois de septembre, les élèves sont donc inscrits à la commission scolaire et étudient à la maison. L’ancienne école illégale continue de dispenser de l’enseignement religieux en plus d’offrir du soutien académique aux enfants. 

Une première

La communauté Satmar a contacté Le Journal pour «prouver» que tout fonctionne bien. 

«Mon fils n’a pas beaucoup étudié en septembre, car nous avons eu beaucoup de fêtes religieuses. Mais c’est intensif depuis deux semaines. Il étudie fort. C’est nouveau pour lui. Avant, il étudiait surtout la grammaire anglophone. Là, il voit tout : l’histoire, la géographie, etc», affirme Max Lieberman, membre de la communauté. 

Selon le directeur de l’Académie Yeshiva, Jacob Maman, c’est la première fois que ces enfants apprennent le français. 

«Je ne crois pas personnellement que mon fils a besoin d’apprendre le français. Il quittera probablement le Québec un jour. Mais si on me dit que c’est nécessaire à sa formation, c’est important. Je veux qu’il soit diplômé comme tout le monde», soutient M. Lieberman. 

Fin des écoles illégales?

Une entente comme celle conclue avec le ministère de l’Éducation est la meilleure solution pour mettre fin aux écoles illégales, affirment les représentants de ce groupe hassidique.

Selon eux, des membres d’autres communautés sont présentement en pourparlers de façon individuelle avec des commissions scolaires pour rentrer dans les rangs. 

«Pour nous, ça a été la solution élégante à un problème complexe. On s’en allait en procès avec le gouvernement. Nos enfants peuvent obtenir un diplôme, tout en continuant l’enseignement religieux. On veut garder notre religion, tout en faisant partie de la société québécoise», dit M. Ekstein, dont les trois garçons de 11, 9 et 7 ans étudient à la maison. 

«Les écoles dites illégales ont beaucoup de pression sur les épaules actuellement, poursuit-il. Il y a une tension entre nos communautés et une partie de la population car nous sommes un groupe religieux. On le sait. Et on voudrait que ça cesse.»


Évalués comme tous les autres 

Les élèves de la communauté  Satmar seront évalués comme n’importe quel autre enfant, promet la Commission scolaire English-Montreal. 

Selon cette dernière, les plans éducatifs déposés par les parents en début d’année scolaire étaient «tous conformes». 

«Nous n’avons pas encore effectué les premières évaluations, mais tout se passe bien», affirme la présidente de la commission scolaire Angela Mancini. 

Ministère satisfait

Les élèves seront évalués tout au long de l’année sur la base d’un portfolio qui sera remis périodiquement à la commission scolaire. 

«Ils feront les examens de fin de cycle comme tous les autres élèves dans les matières obligatoires, comme les mathématiques, l’anglais ou le français», assure Mme Mancini. 

De son côté, le ministère de l’Éducation se dit satisfait de l’entente «parce qu'elle est au bénéfice des garçons» qui fréquentaient auparavant cette école illégale. 

Traque

Le Ministère promet aussi d’assurer un suivi serré. 

«L'entente signée avec la Yeshiva Toras Moshe de Montréal prévoit qu'un suivi devra être fait, afin de s'assurer que les élèves qui reçoivent des services de soutien scolaire à l'Académie s'acquittent de leur obligation scolaire», a indiqué par courriel le porte-parole Pascal Ouellet.

La traque des écoles illégales ne s’arrête pas pour autant, a rappelé aussi ce dernier, mentionnant que le ministère intervient lorsque des organismes «prétendent n'offrir qu'un enseignement religieux aux enfants, mais ne s'acquittent pas de leur obligation de fréquentation scolaire».

Le ministère a indiqué qu’aucune autre entente de  était négocié actuellement avec des écoles jugées illégales, et a refusé de dire au Journal s’il était ouvert à  l’idée de répéter l’expérience de l’Académie Yeshiva.

Ce qu’ils apprenaient avant l’entente conclue avec Québec*

- Enseignement de l’anglais et des mathématiques (6 h par semaine)

- De 29h à 40h de cours par semaine, en incluant l’enseignement talmudique (selon l’âge de l’enfant)

L’entente convenue en 2014

- L’ancienne école illégale se limite à l’enseignement religieux et au soutien scolaire  

- Les élèves doivent passer tous les examens du ministère pour obtenir leur diplôme

*Selon le jugement de la Cour supérieure de 2011 

 

 

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