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Secret de Famille

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Après s’être fait remarquer avec Nuit # 1, un premier film assez radical, la cinéaste Anne Émond a puisé dans sa propre histoire de famille pour écrire Les êtres chers, un drame intimiste et nostalgique qui se déroule sur une vingtaine d’années.

En entrevue, Anne Émond préfère ne pas trop insister sur l’aspect très personnel de son film, mais Les êtres chers – son second long métrage – est bel et bien inspiré de sa famille.

«Ça fait au moins 15 ans que je me dis qu’un jour, je vais raconter cette histoire qui est très proche de moi», admet la cinéaste.

«Je connais tout le monde qu’on voit dans le film et je me disais depuis longtemps qu’il y avait un potentiel de film dans cette saga familiale. Mais en même temps, il y a quand même une bonne ­dose de fiction là-dedans!»

Les êtres chers raconte, sur une vingtaine d’années, la vie d’un homme (Maxim Gaudette), depuis sa première rencontre avec la femme de sa vie jusqu’à ce que ses deux enfants soient devenus des adultes.

Le film relate l’évolution de cet homme et de sa fille (jouée par Karelle Tremblay) dont la famille a été ébranlée par un ­drame survenu plusieurs années plus tôt.

Même s’il ne s’agit pas du sujet ­principal du film, les problèmes de ­suicide et de dépression sont au cœur des êtres chers.

«Au-delà du suicide, je pense qu’il y a quelque chose d’assez universel dans le film, dans le sens que toutes les familles ont un drame qui se cache et qui est ­dissimulé quelque part. Pour moi, ce n’est pas un film sur le suicide, même si je ne cache pas qu’on en parle. C’est un film aussi sur la famille, la filiation, le pardon et la rédemption.»

Lumineux

L’humour est aussi très présent dans le film. Lors de la première mondiale du film, au Festival de Locarno (en Suisse) en août dernier, Le Journal a pu constater que le public avait été ému par Les êtres chers, mais que plusieurs rires s’étaient fait entendre tout au long de la projection.

«L’humour pour bien des gens ­dépressifs est un moyen de cacher leur mal de vivre. À date, ce que je reçois comme commentaire, c’est que le film est plutôt lumineux», souligne la réalisatrice qui vient de terminer le tournage du film ­Nelly, qui s’inspire de la vie et l’œuvre de l’écrivaine Nelly Arcan.

La cinéaste n’a pas hésité non plus à ­insuffler à son film une bonne dose de nostalgie:

«Je pense que c’est un film assez rassembleur parce qu’on y retrouve plusieurs événements auxquels les gens peuvent facilement s’identifier. Les partys de Noël des années 80, par exemple. C’est très québécois, mais le programmateur du Festival de film de Los Cabos (au Mexique) m’a dit qu’il s’était senti à la maison en voyant le film. Alors il y a quelque chose de très universel dans ces réunions de famille. J’ai vraiment voulu qu’il y ait quelque chose de nostalgique qui se dégage du film.»

Les êtres chers marque un changement de ton assez drastique avec le premier film d’Anne Émond, Nuit # 1, qui était beaucoup plus pointu.

«Comme cinéaste, j’ai besoin de la liberté de pouvoir toucher à tous les genres», dit-elle.

«Je ne veux pas faire le même film dix fois. Nuit # 1 était un film assez typé, un huis clos avec deux personnages. Je n’ai aucune envie de refaire ce film-là une autre fois. J’ai besoin d’avoir la liberté de pouvoir me retourner et faire un mélodrame qui se déroule sur 20 ans. J’admire des cinéastes comme Gus Van Sant qui sont capables d’aller autant dans un film ­expérimental qu’un film grand public. J’ai envie de pouvoir explorer toutes sortes de choses. Là, par exemple, j’aimerais ­tourner une comédie romantique.»

Le film Les êtres chers prendra l’affiche vendredi (le 20 novembre).

 

Brèves

Ce qu’ils ont dit

Anne Émond, Cinéaste

Photo Agence QMI, Joêl Lemay

«C’est un film pour lequel j’ai accepté d’aller dans l’émotion. J’ai voulu trouver une autre façon de parler du suicide en mettant aussi de l’espoir dans le film. D’ailleurs, à la fin, un des personnages décide de se tourner vers la vie.»

«Pour le rôle principal du film, je cherchais rien de moins qu’un acteur extraordinairement bon qui serait capable de porter le film sur ses épaules. Parce que je savais que c’était un rôle assez corsé et que ça prendrait un acteur qui a une grande profondeur et qui serait capable de dégager un mélange de lumière et de noirceur.»

«Maxim est un acteur que j’adore, mais avant de le voir en audition, je ne l’imaginais pas pour le rôle. C’est en audition qu’il m’a convaincu. Il avait ce sourire qui cache quelque chose de triste dans son regard. C’est ce que je cherchais et que j’ai trouvé en Maxim. À mon grand soulagement parce que je crois que le film aurait pu s’effondrer si je n’avais pas trouvé le bon acteur.»

Maxim Gaudette, Acteur

Photo Agence QMI, Frédéric Auclair

«Le défi de ce personnage était d’aller chercher le mal-être qui l’habite, mais qui est difficile à déceler parce qu’il le cache très bien à sa famille. C’est un gars très ­sensible, mais aussi lumineux. Il n’est pas toujours ­triste, au contraire. Il porte un côté sombre, mais il ne le laisse pas transparaître. Déjà, sur ­papier, le scénario a provoqué une émotion assez forte en moi. J’ai deux enfants comme mon personnage dans le film, alors c’est vraiment venu me chercher.»

Karelle Tremblay, Actrice

Photo Agence QMI, Frédéric Auclair

«J’avais déjà aimé le film précédent d’Anne Émond (Nuit # 1), mais le scénario des êtres chers m’a particulièrement touchée. Savoir que c’était en partie son histoire rend le film encore plus puissant, selon moi. Il y a une ­belle complicité qui s’est rapidement établie entre Anne et moi et, comme une histoire qui lui est très proche, je me suis vraiment laissée guider par elle pour le personnage.»