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Au nom de Dieu

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Pour comprendre la menace à laquelle nous sommes confrontés, il faut inscrire les attentats de Paris dans une réflexion plus large.

Pendant la première moitié du XXe siècle, on pensait que la modernisation entraînerait le déclin du sentiment religieux.

Moderniser l’Islam et islamiser la modernité ?

C’est l’Occident qui a, pour l’essentiel, défini les termes de cette modernité: individualisme, capitalisme, science, technologie, etc.

Certains se réjouissaient de ce déclin annoncé du religieux, y voyant un recul de la superstition. D’autres le regrettaient, y voyant une perte de repères moraux.

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Tous se trompaient. Pendant la seconde moitié du XXe siècle, les religions firent un retour en force, surtout dans le monde non occidental.

Cette modernisation, qui devait être la cause de leur déclin, devint au contraire leur moteur.

C’est manifestement le rejet virulent de la modernité, au nom de la pureté d’un passé idéalisé, qui stimule le fondamentalisme religieux.

Parfois, comme dans le cas de l’islamisme radical, le désir de revenir au temps de Mahomet coexiste avec un usage sophistiqué de certains aspects de la technologie moderne, comme internet.

Presque toutes les religions établies ont vu des extrémistes proliférer dans leurs marges.

Aux États-Unis, pour ne prendre qu’un exemple, des fondamentalistes chrétiens ont attaqué des cliniques d’avortement et tenté d’imposer leurs vues dans les programmes scolaires.

Partout, des sectes bizarres ont proliféré. Indéniablement, la raison ne suffit pas à beaucoup de gens. La modernité ébranle leur identité. Ils se sentent déboussolés. Ils cherchent des certitudes. Ils croient les trouver dans ces dogmes.

Islam

Comment expliquer cependant que c’est dans le monde arabo-musulman ou, quand des jeunes de chez nous adhèrent à l’islam, que cet extrémisme prend sa tournure la plus organisée et la plus meurtrière?

La réponse se décline en trois volets.

Le premier est que les sociétés arabes sont des échecs catastrophiques sur tous les plans: économique, politique, éducatif, scientifique, etc. La corruption et la répression sont les seules choses qui fonctionnent.

Des dirigeants brutaux et incompétents, uniquement soucieux de rester au pouvoir, ont d’abord tenté la planification à la soviétique, puis, à partir des années 1970, l’importation du modèle occidental.

Rien n’a fonctionné. Le peuple n’y a rien gagné.

Frustrés, beaucoup voient maintenant la modernité à l’occidentale comme la cause de leurs misères. Ils se laissent donc séduire par ceux qui proposent le rejet de l’Occident et le retour à la prémodernité.

Le second phénomène se déploie chez nous. Notre modernité, c’est aussi, ne le nions pas, le relativisme moral, l’hyperconsommation, la compétition, la jouissance instantanée, le matérialisme et la superficialité.

Tous les jeunes que notre mode de vie a transformés en perdants, ou qui sont déboussolés et qui cherchent du sens deviennent des recrues potentielles pour les fondamentalistes.

Finalement, tout cela fait le jeu d’une élite islamiste fanatisée, comme les nazis de jadis, qui tire les ficelles, et qui, pour reprendre le mot de Gilles Kepel, au lieu de moderniser l’Islam, cherche à islamiser la modernité.

 

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