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Ils sont en colère contre Airbnb

Locataires, propriétaires, et même les voisins des logements loués comme chambre d’hôtel en ont marre

Carole Boucher, du Comité logement du Plateau Mont-Royal, un des quartiers de Montréal les plus populaires sur Airbnb.
Photo pierre-paul poulin Carole Boucher, du Comité logement du Plateau Mont-Royal, un des quartiers de Montréal les plus populaires sur Airbnb.

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La popularité d’Airbnb commence à générer son lot de problèmes à Montréal, dont des locataires qui louent sans la permission du proprio et des voisins irrités par le bruit de ces touristes indésirables.

Tous ne savent pas qu’un bail de location normal interdit au locataire de mettre son logement sur Airbnb pour arrondir ses fins de mois. Il s’agit même d’une «contravention sérieuse au bail», a tranché récemment la Régie du logement­­.

«Dans la dernière année, pas moins de 50 000 logements au Québec ont été sous-loués à des touristes. C’est 4 % de tous les logements, ça», dit Hans Brouillette, porte-parole de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec. La CORPIQ se base sur un sondage récent mené par Léger Marketing auprès de 1000 Québécois.

Airbnb est ce site web qui met en contact des touristes et des gens prêts à louer leur logement.

« évincer un locataire pour louer sur airbnb est une façon de faire beaucoup d’argent et de diminuer l’offre dans le quartier » – Carole Boucher, Comité logement

Illégal

André Roy et Daniel Tordjman Goodfellow ont subi un avertissement musclé de la Régie en affichant sur Airbnb leur logement de la rue Roy, à Montréal. Le proprio avait porté plainte après des appels répétés de voisins pour le bruit et «le sentiment d’insécurité» créé par ce va-et-vient.

La menace était claire: si les locataires ne cessaient pas de louer à des touristes, la Régie autoriserait le propriétaire à les expulser­­.

Dans ce cas, les locataires paient 1680 $ pour ce logement de 1100 pieds carrés. Selon nos recherches effectuées dans ce quartier, ils peuvent aisément le louer plus de 120 $ par nuit.

Une business

Dans certains cas, ça devient même une business. Des Montréalais signent des dizaines de baux pour ensuite afficher ces espaces sur Airbnb. Dans certains cas, le propriétaire ne le sait pas.

Avec l’écart entre ce qu’ils exigent au jour ou à la semaine aux touristes et ce qu’ils paient chaque mois au proprio, ça devient vite payant. Dans un cas, les locataires exigeaient même que le proprio fasse d’importantes rénovations pour que les logements soient plus attrayants sur Airbnb.

Dans un cas, la Régie a refusé d’entendre la cause, estimant que le logement était utilisé à des fins commerciales, et que sa juridiction se limitait aux baux résidentiels.

Bien plus payant qu’un locataire normal

Des propriétaires contournent la loi en évinçant illégalement leur locataire pour ensuite proposer leur logement sur Airbnb et augmenter leurs profits.

«Nous avons reçu plusieurs appels de locataires. Nous voulons analyser ce nouveau phénomène, qui explique peut-être en partie le manque de logements», dit Carole Boucher, coordonnatrice au Comité logement du Plateau-Mont-Royal, un des quartiers de Montréal les plus populaires sur Airbnb.

Le propriétaire dit d’abord vouloir louer le logement à son fils, ce qui est une raison valable pour forcer le locataire à partir. Mais une fois celui-ci évincé, le fils change soudainement d’idée, et le propriétaire en profite pour le louer sur Airbnb. Ni vu ni connu.

Payant

Le tout pour un profit inespéré. Car avec son ancien locataire, la Régie du logement lui interdisait d’augmenter le loyer de plus de 1 %. Mais avec son touriste, il peut par exemple le louer 150 $ par jour au lieu de 1500 $ par mois et faire autant de profit après seulement 10 jours de location.

«On entend peu parler de ces manigances puisque le locataire découvre la supercherie après s’être trouvé autre chose. Il a alors moins d’intérêt à contester», explique Mme Boucher.

Cela dit, on peut transformer un logement en établissement touristique, dit Hans Brouillette, de la CORPIQ. Mais pour ce faire, la prime d’assurance va doubler, il va falloir obtenir un certificat d’occupation à la ville, un permis d’établissement touristique, bref plein de choses complexes et coûteuses qui vont inciter des propriétaires à prendre des raccourcis.

Le bruit

Mais ce que Carole Boucher entend le plus souvent, ce sont les plaintes des voisins des clients Airbnb. Des touristes souvent bruyants qui quittent les lieux en laissant les suivants avec les problèmes.

Des problèmes suffisamment grands pour que le gouvernement québécois propose actuellement de modifier la loi sur les établissements hôteliers.

 

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