/opinion
Navigation

Les contradictions du ministre de l’Éducation

Coup d'oeil sur cet article

Aujourd’hui ministre de l’Éducation, François Blais était autrefois professeur de philosophie politique à l’Université Laval. Il était alors un chercheur progressiste qui s’était démarqué par la proposition d’un revenu minimum garanti pour tous les citoyens.

La thèse n’avait en soi rien d’original, dans la mesure où cette idée avait déjà été évoquée 40 ans plus tôt par d’autres auteurs.

Dans ce livre, le ministre Blais pro­posait d’abolir un ensemble de program­mes sociaux, dont l’aide sociale, les prestations aux familles et aux retraités, divers crédits d’impôt aux particuliers et aux entreprises ainsi que le régime des prêts et bourses aux étudiants en vue de les remplacer par l’octroi d’un revenu de base inconditionnel accordé à tous.

Un intellectuel progressiste

Comme l’écrivait François Blais le philosophe dans son ouvrage Un revenu garan­ti pour tous: «Dans une période de déclin de l’État providence, où les politiques de ciblage des populations à risque demeurent les seules solutions qu’ont à nous proposer nos gouvernants, l’allocation universelle représente une véritable révolution dans notre manière d’envisager la lutte contre la pauvreté et l’exclusion.»

L’ancien syndicaliste Michel Chartrand s’était alors montré enthousiaste concernant les propositions du professeur.

J’allais oublier! François Blais le philosophe s’est déjà prononcé contre une hausse des droits de scolarité et a déjà écrit que «des pays très honorables [...] ont fait le choix de la gratuité scolaire jusqu’à l’université» et que «le Québec n’a pas à avoir honte» de ses bas tarifs.

Un politicien de droite

Malheureusement, François Blais le politicien a retourné sa veste en devenant un collaborateur de premier plan des politiques d’austérité mises de l’avant par le gouvernement de Martin Coiteux... pardon, de Philippe Couillard.

Il est en effet étonnant de voir un promoteur d’idées progressistes prêter sa voix à une logique qu’il dénonçait il y a quelques années à peine, à savoir le ciblage des populations vulnérables sur l’aide sociale ainsi que l’appauvrissement des contribuables québécois, qui verront leur pouvoir d’achat diminuer au cours des prochaines années.

Quant à sa position sur l’accessibilité scolaire, il est inutile de s’attarder sur le sujet...

Comment peut-on expliquer qu’un individu jadis si convaincu et fier de ses idéaux (au point de se commettre publiquement par la publication d’un ouvrage) en soit venu à abdiquer aussi facilement ses principes devant le diktat imposé par le président du Conseil du trésor? Une véritable dissonance cognitive de sa part!

Les citoyens s’attendent normalement à ce que des opportunistes qui se lancent en politique soient prêts à toutes les compromissions afin d’obtenir un maroquin et qu’ils renient leurs promesses électorales ou leurs positions antérieures.

Mais on s’attend à davantage d’un intellectuel qui a consacré sa vie académique à la défense de principes de justice et décide de faire le saut en politique.

Lorsque les intellectuels abdiquent leurs principes, c’est toute la société qui en ressort diminuée.

Une chose est cependant certaine: s’il retourne un jour à l’enseignement de la science politique, il sera bien placé pour donner un cours sur le cynisme.

 

 

Brèves

Vous désirez réagir à ce texte dans nos pages Opinions?

Écrivez-nous une courte lettre de 100 à 250 mots maximum à l'adresse suivante:

Vous pouvez aussi nous écrire en toute confidentialité si vous avez de l'information supplémentaire. Merci.