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En grève avec Léa et les midinettes

Printemps 1937

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Avant Après
photo Courtoisie des Archives de la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec, Les Midinettes de Montréal, 1937. Federal Photos.
Photo Le Journal de Montréal, Ben Pelosse

 

Midinettes, de Paris à Montréal !

Photo courtoisie des Archives de la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec, Les Midinettes de Montréal, 1937. Federal Photos.

Devant leur quartier général du 395, rue Sainte-Catherine Ouest, les membres organisateurs du syndicat et les syndiquées, qu’on appelait «midinettes», posaient fièrement au printemps 1937. D’où vient ce nom de «midinettes»? Les couturières parisiennes, beso­gnant plus de 10 heures par jour, étaient forcées de manger à la sauvette, d’où le surnom de «midi-dînettes». Le sobriquet ayant traversé l’océan, les midinettes montréalaises n’avaient pas de meilleures conditions de travail. Dans les usines sombres, surpeuplées et souvent insalubres des rues Bleury, Sainte-Catherine et Saint-Laurent, travaillaient coude à coude des Canadiennes françaises en majorité, mais aussi des femmes et des hommes d’origine juive, anglophone et ukrainienne. Moyennant 50 à 80 heu­res sur six jours, les ouvrières gagnaient un maigre salaire de 7 $ à 12,50 $ par semaine, rémunérées 15 cents par robe. À la merci de leur contremaître et parfois victimes de harcèlement sexuel, les femmes pouvaient se voir refuser aléatoirement le travail à leur arrivée à l’usine. Pas étonnant que le mot «grève» était sur toutes les lèvres en avril 1937.

Un syndicat tenace

Photo courtoisie des Archives de la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec, Les Midinettes de Montréal, 1937. Federal Photos.

Le 15 avril 1937, 5000 midinettes débrayèrent simultanément des usines de confection, lançant l’une des grèves les plus importantes de l’histoire du Québec. Après 25 jours, les ouvrières solidaires obtinrent un salaire moyen de 16 $ pour 44 heures sur 5 jours et demi, et des règles claires pour les heures supplémentaires, le travail à la pièce et la procédure de grief. Une victoire sans précédent! Derrière cette démonstration de force œuvraient les membres de l’Union internationale des ouvriers et des ouvrières du vêtement pour dames (UIOVD), un syndicat américain. Vaincre la peur des ouvrières ne fut pas facile. Le moin­dre soupçon d’affiliation syndicale était sanctionné par un congédiement immédiat, ce qui était arrivé en janvier 1937. L’un des leaders de l’UIOVD, Bernard Shane, négocia habilement la réembauche de ces femmes. Mais le plus grand défi était de construire une véritable solidarité entre ces femmes d’horizons différents travaillant dans plus d’une centaine d’ateliers et d’usines de confection montréalaises. C’est alors qu’entra en scène une jeune militante juive francophone: Léa Roback.

Léa Roback (1903-2000), femme et militante

Photo courtoisie des Archives de la bibliothèque publique juive, Portrait de Léa Roback à Montréal vers 1940

«Une femme de terrain», ce sont les termes qui décrivent le mieux Léa Roback. Une militante aguerrie de l’UIOVD, Rose Pesotta, l’avait engagée en 1936. Maîtrisant parfaitement l’anglais, le yiddish et... le français, ce qui était rare à l’époque, Léa Roback avait tous les atouts pour sensibiliser la plupart des midinettes à la cause. Responsable du comité d’éducation, Léa organisa pour les midinettes des formations sur leurs droits avec l’aide de tailleurs juifs déjà syndiqués. Traduisant en français, anglais et yiddish les feuillets syndicaux, elle les distribuait aux ouvrières à la sortie des usines. Infatigable, la jeune femme alla voir des centaines d’ouvrières chez elles, les convainquant une par une. Si la victoire de 1937 fut éclatante, elle fut malheureusement de courte durée. Affaiblie par des conflits internes, l’Union perdit graduellement ses meilleurs militants, dont Léa Roback, en 1939. Ce qui ne l’empêchera pas de continuer la lutte pour la justice et les travailleurs jusqu’à son décès en 2000, à l’âge vénérable de 96 ans.

 

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