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La pauvreté tranquille

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Avec tous les programmes destinés à la main-d’œuvre disqualifiée, les milliers de fonctionnaires mobilisés, les dizaines de centres de service, le foisonnement d’organismes communautaires et les centaines de millions que tout cela nécessite chaque année, eh bien, celui qui ne travaille pas dans ces conditions ne voudra pas qu’on l’embête davantage...

Inutile d’insister. Celui qui ne veut pas aujourd’hui ne voudra pas demain. À moins de lui couper les vivres complètement, mais cela n’assure pas le succès de la réinsertion: qui voudra aller travailler le ventre vide?

Au Québec, de toute manière, la répression a toujours été neutralisée par les élans du cœur. Il a fallu des gants blancs pour dire que les assistés sociaux ne devaient pas prendre de vacances dans le Sud. Une vie de privations donne légitimement envie de tout oublier à Cuba ou ailleurs.

Admettons donc qu’il est haut, qu’il est épais, le mur qui se dresse devant Sam Hamad, ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale: obliger des assistés sociaux à travailler ne sera pas simple. Même si la nécessité devrait faire loi.

Le Québec, patrie des boomers et des retraités, aura bientôt 1,3 million d’emplois vacants. Sur qui pouvons-nous compter sinon les immigrants et les pauvres? Il en va de la survie du modèle québécois!

Mais ils ont beau être jeunes, sans «contraintes majeures», capables de quelque chose, serrer la vis pour les faire travailler provoquera une avalanche de clichés sentimentaux. Québec solidaire et le Parti québécois ont d’ailleurs tout de suite protesté.

Droit acquis

À notre époque, l’aide sociale induit une sorte de droit acquis. Même à 25 ans, l’assistance sociale constitue un statut particulier: la pauvreté ne le soustrait plus de facto à la dignité!

Alors, peu importe qu’il ne soit pas malade ou handicapé, un jeune homme (ou une jeune femme) de 25 ans inscrit au programme de dernier recours a droit à l’amour-propre, quitte à ce que l’État le maintienne dans la pauvreté! Surtout qu’on ne sait pas combien il coûte vraiment.

C’est en multipliant les programmes sociaux, par exemple en ouvrant des garderies, qu’on luttera contre la pauvreté, a suggéré Françoise David, dans un accès de bonté télévisée la menant presque à la lévitation.

Le ministre Hamad s’épargnerait toutes ces effusions sentimentales en ne faisant rien. Les pauvres, c’est moins risqué de les ignorer.

On les abandonne traditionnellement aux bons soins des fonctionnaires. On arrose ensuite à coups de millions les «partenaires du marché du travail», les «centres locaux d’emploi», sans parler des missionnaires improvisés qui «investissent» taxes et impôts dans le «développement social», le «soutien au développement social», la «formation populaire» et le «développement communautaire».

Le nouvel ordre mondial veut que le ministère s’engage aussi dans le «développement de l’approche systémique pour les femmes». L’aide à l’emploi est un marché aux puces (paritaire) de bonnes intentions.

Déménager

Alors, faire travailler ceux qui le pourraient ne sera pas si facile. On reproche déjà au ministre d’être insensible. Il est surtout présomptueux. Forcer quelqu’un à prendre un boulot à 300 kilomètres de chez lui n’a pas de sens, convenons-en. Pourquoi pas 50 kilomètres? Rien ne justifie qu’on demande davantage aux pauvres qu’aux fonctionnaires! D’autant plus que, dans le cas des premiers, le ministère ne paiera pas le déménagement.

En attendant, il s’agit surtout d’empêcher ceux qui arrivent à l’aide sociale d’y rester plus longtemps que nécessaire. Trop finissent par y rester toujours, de père en fils, et de génération en génération: le BS de père en fils.

M. Hamad propose qu’une première demande d’aide sociale soit précédée d’une inscription à un programme obligatoire d’insertion. Actuellement, l’effort est facultatif. On n’oblige pas les prestataires, même les plus prometteurs, à s’en sortir. Ils finissent souvent par s’enliser dans la pauvreté.

Échos de la colline

Un faux « rattrapage »

Photo d'archives, Le Journal de Qubec

Vous entendrez ou lirez le contraire partout, ou presque. Pourtant, le secteur public ne souffre pas d’un retard de rémunération sur le privé. C’est écrit en toutes lettres dans le rapport de l’Institut de la statistique du Québec: «La rémunération globale des employés de l’administration québécoise est à parité par rapport à celle des employés du secteur privé et en avance avec celle de l’ensemble des non-syndiqués et celle du secteur privé (respectivement 8,0 % et 9,8 %)». Le prétendu retard est ailleurs. Dix fois plus nombreux que les autres, les employés du secteur public québécois sont en «retard» sur les employés municipaux, ceux des universités et ceux du gouvernement fédéral. Dans le contexte actuel, une précision s’imposait.

Réaction canine

Photo d'archives, Le Journal de Qubec

Un grand éclat de rire a éclaté cette semaine au Salon bleu quand un retentissant jappement s’est fait entendre pendant que Sam Hamad parlait d’aide sociale. C’est à ce moment que Pepper, le chien de la députée Claire Samson, a jappé. Tout le monde est parti à rire. Ce qui a fait dire à François Bonnardel : «On trouvait que la réponse n'avait aucun sens. Je pense que Pepper a validé». N’en ratant jamais une, Jean-Marc Fournier, a répliqué: «On a plutôt constaté qu'à la CAQ, c'est juste Pepper qui répond»... Les partis d’opposition se plaignent souvent de ne pas comprendre ce que dit Sam Hamad. «Je considère que sa pensée est très claire, il l'exprime très clairement. En tout cas, moi, j’ai tout compris», a soutenu le ministre Fournier, en déclenchant un autre fou rire général...

Pepper récidive

Photo d'archives, Le Journal de Qubec

Pepper accompagne partout la députée Claire Samson pour avertir sa maîtresse d’une crise d’épilepsie. Mais Pepper est étrangement démonstratif ces temps-ci. Alors que le premier ministre Philippe Couillard tentait de mettre un point final à une interminable conférence de presse sur l’intimidation, la cloche rappelant la reprise des travaux parlementaires a sonné. C’en était trop pour Pepper, qui, pas intimidé du tout, s’est mis à japper de bon cœur. Plus tard, le ministre Sam Hamad en a lancé une bonne aux journalistes: la Coalition avenir Québec garde Pepper en laisse parce que François Legault a peur qu’il passe chez les libéraux.

Citation de la semaine

Photo d'archives, Le Journal de Qubec

«Notre objectif, ce n’est pas de déménager le monde, c’est de donner de la dignité à ceux qui en ont besoin.»

— le ministre Sam Hamad à propos du déplacement des assistés sociaux là où il y a du travail

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