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Pour l’amour des arbres

Rendez à ces
 arbres ce qui
 appartient à 
ces arbres
Boucar Diouf
Éditions La
 Presse
Photo courtoisie Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces arbres Boucar Diouf Éditions La Presse

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J’avais une vieille tante qui avait le pouce vert, comme on dit. Chez elle, les plantes fleurissaient toujours. Son secret, disait-elle, c’est qu’elle leur parlait et qu’elle créait une ambiance musicale propice à leur développement harmonieux. Les plantes ont une vie insoupçonnée, ma tante les dorlotait de mille et une façons et ça fonctionnait à merveille.

Je me suis souvenu de cette tante en lisant le nouveau livre de Boucar Diouf consacré justement à la vie végétale, et principalement aux arbres de son pays d’origine, le Sénégal. Si le livre que Dany Laferrière vient de lancer, Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo, s’adresse aux nouveaux arrivants, celui de Diouf s’adresse, je dirais, à ceux qui veulent partir. Il faut prendre modèle sur les noix de coco, leur dit-il, qui sont d’excellentes immigrantes parce qu’elles voyagent léger. C’est ce qui explique qu’elles flottent si facilement sur la mer sur de longues distances. Cette légèreté améliore les relations avec la société d’accueil et facilite l’intégration dans la nouvelle culture. «Être trop chargé est un facteur de ralentissement sur la route qui mène à nos rêves d’expatriés. [...] Tous les volontaires au grand voyage gagneraient donc à poser des questions à un cocotier avant de quitter leur pays. »

On l’aura compris, Diouf est un animiste, il aime donner la parole à la nature, surtout si cette nature est héritière d’une longue expérience sur terre, comme ces baobabs qui ont vu neiger, pourrait-on dire, depuis une époque lointaine qu’il situe entre l’Homo sapiens et l’Homme de Néandertal. Ce rêveur définitif, à qui il arrive d’avoir les deux pieds bien plantés sur terre, n’hésite pas à donner la parole aux Kouss, des lutins africains squattant les vieux baobabs, avec qui sa famille entretient des rapports étroits. «Entre l’exactitude scientifique et la poésie du mythe, il arrive que mon cœur s’incline du côté du rêve», explique-t-il de la façon la plus naturelle qui soit. On croirait entendre Pablo Neruda, dans le très beau livre d’Antonio Skarmeta, Une ardente patience, expliquer à son facteur en quoi consiste une métaphore.

Preuves à l’appui, l’auteur démontre que les arbres communiquent entre eux, tout comme les autres végétaux. Les arbres feraient preuve de solidarité, les racines des uns s’entremêlant aux autres. Il s’est créé ainsi tout un réseau d’entraide souterrain où les mieux pourvus en eau alimentent les moins favorisés. On apprend aussi que les acacias savent se défendre contre les animaux qui broutent leurs feuilles, en produisant des tanins astringents qui découragent leurs agresseurs. Mieux, ils produisent un gaz volatil qui, poussé par le vent, avertit les autres arbres de la présence de ces prédateurs. Les hommes auraient tout intérêt à se mettre à l’écoute des arbres. «Avis aux végétariens : les plantes non plus n’aiment pas se faire manger!»

Cimetière vivant

J’ai bien aimé son idée d’un cimetière vivant où les cendres enfermées dans une urne funéraire faite avec des fibres végétales — cela existe en Espagne — donneraient naissance à un arbre. On ressusciterait sous forme d’érable ou de bouleau, par exemple, et nos survivants n’auraient plus qu’à venir nous arroser de temps en temps, du moins au début. « On pourrait alors avoir des érablières comme cimetière familial, ce qui est beaucoup plus joli et écologique que les amoncellements chaotiques de pierres tombales de nos cimetières traditionnels. » Et puis, entre arbres, on pourrait faire la paix. Fini le cloisonnement entre cimetières chrétien, juif et musulman, car les racines des arbres ne respectent pas ce genre de clôture. «Les arbres franchiraient les frontières dans les cimetières et fraterniseraient avec leurs congénères ayant incorporé dans leur sève des défunts de religion juive, chrétienne, musulmane ou de toute autre spiritualité.»

S’il y avait un ministère de la Paix, c’est Boucar qu’on devrait nommer comme ministre.

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