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Le pays imaginaire

Pierre Karl Peladeau
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark

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Alors comme ça, Pierre-Karl Péladeau veut que le Parti Québécois se rapproche des anglophones et des allophones. Évidemment, aucun indépendantiste ne peut être contre la vertu.

D’un autre côté, c’est comme si le nouveau chef du Parti Québécois laissait entendre que le Parti Québécois ne faisait pas déjà assez d’efforts pour courtiser les nouveaux arrivants ou les anglophones.

Et pourtant... Les efforts, on les a déjà faits, avec les résultats que l’on connaît.

Peut-on oser affirmer que les rapprochements se font à deux ? Pour que le Parti Québécois s’ouvre aux immigrants et aux anglophones, encore faut-il que ces derniers soient ouverts et réceptifs, sinon, l’énergie dépensée ne donnera absolument rien. Les efforts doivent venir des deux côtés.

La grande majorité des nouveaux arrivants, que je côtoie quotidiennement ne sont pas du tout intéressés par autre chose que le « Canada ». C’est leur nouveau pays, leur terre d’accueil, leur territoire d’espoir dans lequel ils fondent de multiples rêves. Je n’entends que très rarement de leur bouche le mot « Québec ».

« Canada si, Canada ça ». Alberta, Toronto, Québec sont pour eux des parties d’un même tout. C’est normal, c’est leur nouveau pays et souvent ils ne sont pas au courant des raisons qui font en sorte qu’un bon pourcentage de Québécois aspire légitimement à la construction d’un nouveau pays. Ce n’est pas un secret : la grande majorité des immigrants appuie le Parti libéral du Québec sans nécessairement savoir ce que ce parti propose.

Sont-ils tous des fervents libéraux ? Non, ils sont de fervents Canadiens. Parce que le Canada leur permet de donner un second souffle à leur vie. Parce que le Canada leur offre une multitude d’opportunités, et qu’ils tiennent mordicus à demeurer dans ce pays.

Ceux qui connaissent le rêve de certains de faire du Québec un pays ne comprennent pas pourquoi. Le Canada est un pays qui va bien, c’est un pays riche, prospère, sécuritaire. Pourquoi vouloir le quitter alors qu’ils viennent tout juste de s’y établir ?

Il est déjà difficile de se faire des racines dans un second pays, alors, se faire des racines dans un troisième pays imaginaire n’est pas nécessairement chose facile.

Évidemment, si un parti politique veut que ça change, il doit commencer par faire des actions qui n’ont pas nécessairement à voir avec la politique partisane, par exemple, obliger la francisation des nouveaux arrivants. Il est clair que des immigrants francisés seront davantage portés à suivre l’actualité, à s’informer de ce qui se passe et à être intéressés par l’avenir du Québec. Pourquoi ne pas aussi instaurer une cérémonie d’accueil ? Le Canada est très bon à ce jeu-là, tous les immigrants que je connais qui étaient intéressés par l’idée d’un Québec indépendant ont changé d’avis après leur émouvante cérémonie de citoyenneté canadienne. C’est une évidence : le Canada est très bon dans les symboliques et dans la passation du sentiment d’appartenance, là, le Québec échoue lamentablement.

Pourtant, le destin du Québec et son avenir concerneront évidemment tous ceux qui l’habitent, il est effectivement temps que les communautés culturelles et les anglophones cessent d’appuyer souvent sans questionnement l’idée fédérale, sans trop savoir ce que le Québec pourrait leur offrir. Si on peut penser que certains immigrants et anglophones se joindront à nous par amour de notre culture, de notre langue et des valeurs québécoises, nous ne pouvons nous permettre l’utopie d’espérer qu’une majorité se joindra à nous.

 

Soyons clairs, le projet d’indépendance du Québec est une solution à la préservation de notre culture et de la langue française. Le Parti québécois doit démontrer à la population ce que serait un Québec indépendant de façon concrète. Pas seulement aux allophones ou aux anglophones, mais aussi aux Québécois de souche, qu’ils viennent de Laval, de la Beauce ou de Québec, et ce n’est pas en se mettant à croire aux licornes que ça arrivera...