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Payer pour éviter le trafic à Québec?

Des experts prônent les voies réservées aux transports en commun payantes pour les automobilistes seuls

Payer pour éviter le trafic à Québec?
Photo Journal de Québec, Jean-François Desgagnés

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Payer pour l’utilisation des voies réservées à Québec durant les heures de pointe pourrait augmenter la productivité économique et la qualité de vie.

Et si la congestion routière était tarifée à Québec, Montréal et d’autres grandes villes du pays... C’est la proposition de la Commission en écofiscalité du Canada qui croit que de taxer le trafic réglerait bien des problèmes économiques environnementaux.

«La congestion routière coûte cher à tous les automobilistes. Elle freine la productivité économique et fait grimper le prix des biens de consommation. Elle nuit à la santé, crée de la pollution et compromet notre qualité de vie», allègue cette commission, financée uniquement par des fonds privés, qui veut «mettre un prix aux heures de pointe pour inciter à des changements de comportement».

Voies réservées payantes

Pour la première fois, l’un des commissaires, le professeur titulaire au Département d’économie appliquée aux hautes études commerciales (HEC), Paul Lanoie, s’est prononcé sur la situation de la région de Québec.

Certes, dit Paul Lanoie de la Commission en écofiscalité du Canada, il y a déjà une taxe sur l’essence, mais elle ne peut pas s’attaquer au trafic et à la multiplication des voitures au même endroit. 
Photo Le Journal de Québec, Jean-François Desgagnés
Certes, dit Paul Lanoie de la Commission en écofiscalité du Canada, il y a déjà une taxe sur l’essence, mais elle ne peut pas s’attaquer au trafic et à la multiplication des voitures au même endroit. 

Il croit que la création de voies HOT est la meilleure option pour la ville afin de réduire la congestion sur son territoire.

«Ça pourrait être une bonne solution. Il y a beaucoup de routes à trois voies, parce que ça prend trois voies. Il y aurait plus d’avantages, et ça serait moins punitif», a-t-il affirmé.

Une voie HOT est un passage réservé aux transports en commun et au covoiturage qui deviendrait payant pour les automobilistes roulant en solo, et ce, lors des heures de pointe. Les tarifs pourraient aussi être modulés à la hausse durant les fortes heures de congestion et la gratuité serait maintenue les soirs et les week-ends.

C’est le concept d’utilisateur-payeur qui primerait alors. Des axes routiers «comme le boulevard Laurier» pourraient notamment devenir payants, estime M. Lanoie, voulant mettre un prix à la pollution. «La route est gratuite, mais son utilisation impose un coût à la société». Les grandes villes canadiennes sont principalement visées. À Montréal, la commission propose notamment de rendre payantes les 18 entrées sur l’île.

Graduellement

«Le réflexe normal, c’est de ne pas accepter ce changement», avoue candidement le professeur, soutenant qu’il s’agit d’une proposition à long terme, qui s’intégrerait graduellement, pour le mieux, comme dans de nombreuses villes où des projets sont déjà couronnés de succès. «Un environnement plus sain et une économie plus dynamique», dit Paul Lanoie.

«Les taxes sur l’énergie fossile et les émissions polluantes, ce sont de bonnes taxes» qui pourraient servir à réduire les mauvaises taxes comme celles sur le revenu, la masse salariale et les impôts des sociétés».

4 exemples de congestions tarifées dans le monde

Minnesota (exemple pour Québec)

Aperçu du système MnPASS de voies HOT du Minnesota

- Objectifs dès 2005: réduire la congestion, accroître la capacité routière, diminuer les besoins en infrastructures, favoriser le covoiturage et le transport en commun.

- Autobus, covoitureurs et motocyclistes ont accès gratuitement aux voies HOT.

- Les véhicules à passager unique doivent acquitter par télépéage des frais de 25 ¢ à 8 $ US selon la densité du trafic.

- En plus de maintenir une vitesse de croisière de plus de 80 km/h sur les voies tarifées, il a fait augmenter de 6 % la vitesse sur les voies ordinaires.

- Le débit total aux heures de pointe a augmenté de 5 % dans le corridor principal.

- Il a généré en 2012 des recettes nettes de 600 000 $.

Stockholm (exemple pour Montréal)

Il y a un cordon de péage aux entrées de la ville

- Frais de démarrage estimés à 340 millions de dollars et une rentabilité établie au bout d’environ trois ans et demi. Toutefois, les coûts de fonctionnement sont de 65 millions de dollars.

- Son succès, après 15 ans, a finalement permis une diminution moyenne de 20 à 30 % du nombre de véhicules traversant le cordon de péage.

- Le prix du péage variait pendant la journée de 1,50 $ à 3 $ ($ CAN de 2015) aux heures de pointe.

- Les déplacements en transport en commun ont pour leur part augmenté de 4 à 5 %.

- Il a permis une réduction de 4 à 10 % des émissions de GES et de 7 à 9 % des polluants atmosphériques.

L’Oregon

Trois projets pilotes sur la tarification par distance (kilomètres) parcourue de milliers de véhicules. Ils s’appliquent généralement à toutes les routes d’un secteur géographique donné et les frais varient selon la distance, l’heure, la direction et le lieu.

- Consistait à mesurer le kilométrage à l’aide d’appareils GPS sans fil pour étudier la possibilité de remplacer la taxe sur le carburant par ce mode de tarification et accessoirement pour réduire la congestion routière.

- Un tarif de 1,5 ¢ le mille

- 22 % moins de déplacements

San Francisco

Les tarifs de stationnement fixés de manière à réduire la congestion

- Afin d’optimiser l’accès au stationnement et d’atténuer le va-et-vient des automobilistes cherchant à se garer, ils ont augmenté dans plusieurs secteurs le prix des places convoitées et réduit celui des places moins recherchées.

- Projet financé par le gouvernement à hauteur de 19,5 millions de dollars.

- San Francisco a converti tous ses parcomètres en «compteurs intelligents» permettant de modifier les tarifs.

- Établis par îlot, les tarifs étaient ajustés chaque mois selon le taux d’occupation visé de 60 à 80 % de toutes les places de stationnement.

- Le tarif maximal de 6 $ l’heure pouvait atteindre 18 $ lors d’événements spéciaux.

(Sources: Commission en écofiscalité du Canada)