/investigations/police
Navigation

Le caïd a filmé sa cavale

On le voit, entre autres, réagir à la mort de ses filles, tuées par sa conjointe pendant ses années au large

Coup d'oeil sur cet article

Le mafieux Giuseppe De Vito s’est filmé à plusieurs reprises pendant sa cavale de quatre ans, immortalisant au passage sa peine après l’assassinat de ses deux filles par leur mère ainsi que l’annonce que sa maîtresse est enceinte.

Des dizaines de documents inédits obtenus par le Bureau d’enquête dressent un portrait jusqu’ici inconnu du chef de clan de la mafia montréalaise mort empoisonné au cyanure dans sa prison de Donnacona en 2013.

Des années plus tôt, celui qu’on surnomme «Ponytail» en raison de ses cheveux attachés en queue de cheval se trouve dans la région de Québec le 22 novembre 2006. Il est au téléphone avec sa femme quand il apprend que les policiers mènent la plus grande rafle antimafia de l’histoire canadienne.

Alors que les agents perquisitionnent son domicile de Laval, le mafieux de 40 ans est au téléphone avec sa femme Adèle Sorella qui, elle, est à l’intérieur de leur luxueuse maison. Le criminel a le choix: partir ou rester. Il part.

«Suivez-moi»

«Suivez-moi, je vais vous montrer où nous nous cachons depuis les cinq, six derniers mois», lance plus tard De Vito à la caméra. Il fait une visite guidée de l’appartement de Toronto dans lequel il se terre avec le soutien de la Ndrangheta, un puissant clan de la mafia calabraise.

Il note que le smog recouvre une bonne partie de la Ville Reine. Il met les limiers au défi de le retrouver dans les hauteurs du complexe d’habitation Le Pinnacle.

Au printemps 2009, un événement vient tout changer. Sa femme assassine leurs deux enfants de 8 et 9 ans, Amanda et Sabrina. De Vito enregistre une vidéo extrêmement déstabilisante. S’il n’a pas été possible de connaître sa date d’enregistrement, c’est bien à la mort de ses deux filles que le caïd réagit sur cette vidéo, selon nos informations.

Celui-ci, torse nu, ajuste la caméra pour que le spectateur puisse bien voir ses yeux. Ensuite, il fixe la lentille pendant plus d’une minute trente sans dire un mot. Son visage se tord de douleur sur une musique triste en arrière-plan. Sur son biceps, on peut lire les initiales de ses deux filles assassinées.

D’ailleurs, le soir du meurtre de ses filles tuées par leur mère, l’homme traqué s’était rendu chez son avocat, Me Daniel Rock.

«Il avait le poignet cassé, je ne sais pas ce qu’il avait fracassé. C’était un homme au tempérament très vif», raconte le criminaliste qui l’a rencontré à plusieurs reprises pendant sa cavale.

La grande annonce

Sur un autre document vidéo, De Vito fait une grande annonce. Après avoir perdu ses deux filles, le mafieux dit à la caméra que sa maîtresse Gina Conforti est enceinte. «Je suis gênée par la caméra», dit celle qui va lui donner des jumeaux quelques mois plus tard.

 

20 MEURTRES?

«Quelle vie! J’ai une longue histoire à raconter», lance Giuseppe De Vito à la caméra qui le filme dans un endroit inconnu trois jours après sa fête.

Il semble détendu, mais on ne saura jamais la suite de l’histoire que le fugitif voulait raconter.

Chose certaine, il a choisi de se rebeller contre l’organisation de l’ancien parrain de la mafia montréalaise Vito Rizzuto en s’alliant à Salvatore Montagna. Ce dernier est fraîchement débarqué de New York pour tenter d’occuper, en vain, le fauteuil du parrain.

Des sources policières croient que De Vito a participé de près ou de loin à près d’une vingtaine de meurtres, dont plusieurs ont précipité la chute du clan sicilien. C’est même lui qui serait derrière l’enlèvement du consigliere Paolo Renda et l’assassinat d’Agostino Cuntrera, le numéro deux du clan Rizzuto, selon nos sources policières.

FAUSSE IDENTITÉ

Pendant sa cavale qui va s’échelonner sur quatre ans jusqu’à son arrestation en 2010, De Vito fait des allers-retours entre Toronto et Montréal. Quand il est au Québec, il habite un appartement de la rue Capri sous la fausse identité de Max Mele ou Max Melo.

IL TUE SON PATRON

Selon nos informations, De Vito aurait même assassiné son propre patron Paolo Gervasi en 2004.

Il pouvait être un tueur impitoyable. Lors de la fusillade, une balle provenant de l’arme de De Vito serait passée à travers le corps de Gervasi pour aller se loger dans l’abdomen du jeune Carmelo Tomassino, qui était complice du tueur dans cette affaire.

À la suite de cette blessure, Tomassino aurait été transporté dans un appartement, où la décision aurait été prise de le déposer devant l’hôpital Santa Cabrini pour qu’il y soit soigné.

La police croit que De Vito s’y est opposé et l’a plutôt achevé d’une balle dans la tête. Son corps aurait été brûlé, puis enterré par l’organisation mafieuse.

 

Brèves

Vous désirez réagir à ce texte dans nos pages Opinions?

Écrivez-nous une courte lettre de 100 à 250 mots maximum à l'adresse suivante:

Vous pouvez aussi nous écrire en toute confidentialité si vous avez de l'information supplémentaire. Merci.