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Descente aux enfers

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La chair est triste pour les jeunes qui ont accepté de dénuder leur âme dans le documentaire L’amour au temps du numérique réalisé par Sophie Lambert et diffusé cette semaine à Télé-Québec.

Le titre renvoie bien sûr au roman de Gabriel Garcia Marquez, L’amour au temps du choléra. Ces jeunes Québécois de 20 ans qui racontent leur plongée dans le sexe sont atteints d’une bactérie aussi contagieuse et mortelle en un sens que le choléra dont le nom seul fait frémir.

Sexe à l’ère des réseaux sociaux

Ces enfants des nouvelles technologies, accros de leur téléphone intelligent, consommateurs débridés du sexe dans tous ses états, semblent dépossédés d’eux-mêmes, à la merci des secousses répétées des coïts qui semblent leur tenir lieu de désir.

Facebook et les applications diverses mises à leur disposition pour trouver non pas l’âme sœur, mais le coït «friendly» les plongent dans un désarroi qu’illustrent si bien leurs témoignages.

Cette Gabrielle de 21 ans ignore lequel de ses partenaires est le père de sa petite fille.

Ces enfants des nouvelles technologies, accros de leur téléphone intelligent, consommateurs débridés du sexe dans tous ses états, semblent dépossédés d’eux-mêmes

Dans des cahiers d’écolier, elle a inscrit le nom des 104 garçons qu’elle a contactés grâce à des applications dans son téléphone. Elle se laisse filmer, son bébé dans les bras, son iPhone à la main, pendant qu’elle fait défiler les photos de garçons, souvent à moitié nus, des partenaires pour coucher «si entente». Elle en trouve un rapidement et dépose le bébé dans son lit pour s’habiller sexy pour son invité qui arrivera dans l’heure qui suit.

Les huit jeunes qui offrent à la caméra leur intimité avec à peine un léger malaise sont les héritiers dépossédés d’une transmission de valeurs sans lesquelles toutes les dérives s’offrent à nous. Ils sont robotisés, dépouillés de l’espoir, vivant dans une frénésie sexuelle qui anesthésie leurs émotions.

Et l’amour ?

Pourtant ils souffrent. Tous les codes amoureux semblent fêlés chez eux. Ils couchent pour ne pas aimer et sont infidèles pour ne pas avoir mal si le partenaire les trahit. Et l’engagement émotionnel les terrorise. Qu’est-ce que c’est, l’amour? demande la réalisatrice, leur aînée de 20 ans. «C’est tough à répondre», dit un garçon au sourire gêné, mais dont la sexualité est un livre ouvert.

Depuis des millénaires, les inventions de l’homme ont participé au progrès de l’humanité. Et voilà que notre époque de ruptures personnelles et sociales, d’alarmes apocalyptiques au sujet de la planète terre, d’affrontements culturels semble incapable de donner à des jeunes autre chose qu’une mort virtuelle de l’âme.

Ces jeunes éclopés de l’amour dont on cerne bien le découragement, mais dont on ignore s’ils ont une vie hors de leurs histoires de sexe à répétition rêvent aussi à haute voix. À 30 ans, ils espèrent, disent-ils, avoir une maison, être mariés, avoir des enfants, un rêve puéril, version numérique à la Disneyland.

Ce n’est pas l’intelligence qui leur fait défaut, mais la conscience que leurs 20 ans, gaspillés à se perdre dans un vide sidéral, laisseront des traces indélébiles. Ce trou noir qui les mine ressemble à l’angoisse de la mort. Ils ont connu déjà tant de déchirements, de trahisons et de rejets. On les sent fatigués, abîmés. Mais ne sont-ils pas aussi le produit de l’éducation débridée que nous leur avons offerte, nous les émancipés des valeurs anciennes?

 

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