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Le sommet de l’impuissance politique

Quand un gouvernement est pris à partie par l’insatisfaction populaire, il crée généralement une commission d’enquête ou annonce la tenue d’un sommet

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Le voici donc, le grand retour de Pierre Paradis dans les médias. Au mois d’octobre, le ministre de l’Agriculture avait laissé échapper que la transnationale Monsanto était devenue plus puissante que le gouvernement du Québec afin de justifier l’inaction de ce dernier par rapport à l’emploi de pesticides.

Son silence des derniers mois était prévisible: on n’attaque pas de tels intérêts sans en subir les conséquences, soit le bâillon. Voilà que, cette semaine, Pierre Paradis peut briller publiquement à nouveau.

Cela a commencé mardi alors que le ministre, grand prophète, prédisait la fin du système de gestion de l’offre advenant l’indépendance du Québec, en plus de la «destruction» d’une vache sur deux.

L’enfer est bleu, le Paradis est rouge

Mercredi, le ministre s’est rendu au congrès de l’Union des producteurs agricoles (UPA). Le moins que l’on puisse dire, c’est que le milieu agricole est très concerné par son propre avenir, notamment pour sa relève.

Et, comme le déclarait pour l’occasion la PDG du Conseil de la transformation alimentaire du Québec, Sylvie Cloutier, des consultations sont menées depuis 10 ans afin d’en arriver à une politique agricole digne de ce nom.

C’est donc dire que tous sont en attente de résultats. Qu’a donc proposé le ministre de l’Agriculture aux patients et aux impatients? La tenue d’un sommet sur l’agroalimentaire.

Le président de l’UPA, Marcel Groleau, l’affirmait avant-hier, il n’est pas nécessaire de discuter éternellement pour savoir ce dont le milieu agricole a besoin. Que peut donc, dès lors, fondamentalement cacher ce sommet?

À qui profite le placotage?

Quand un gouvernement est pris à partie par l’insatisfaction populaire, il crée généralement une commission d’enquête ou annonce la tenue d’un sommet.

L’exercice a pour but de tuer le temps, permettant de justifier l’inaction en se drapant dans la consultatite, donc dans la «nécessité» de consulter, de consulter encore et de toujours consulter.

Plus fondamentalement, il s’agit pour le gouvernement de se dédouaner de ses responsabilités, de démissionner d’une mission bien simple de l’État qui consiste à... agir. La volonté politique ne veut plus dire grand-chose aujourd’hui.

Il est cependant possible que le sommet annoncé cache autre chose que la seule volonté d’occuper les agriculteurs inquiets. L’arbre ne cache peut-être pas la forêt que l’on croit.

Il faut se rappeler que le Partenariat transpacifique représente un tout nouveau genre d’accord de libre-échange, beaucoup plus envahissant que ce à quoi nous étions habitués auparavant. Le sommet peut nous laisser entendre que quelque chose de plus profond se trame.

Il n’est pas anodin que Pierre Paradis ait mentionné que les consommateurs seront présents audit sommet.

Obnubilé comme il l’est par des idéologies économiques fallacieuses, le ministre aura sans doute oublié que la demande s’ajuste infiniment plus rapidement que l’offre, et qu’on ne saura traiter producteurs et consommateurs de la même manière.

La présence des «consommateurs», dont on se demande bien comment ils seront sélectionnés, pourrait réserver de très malheureuses surprises à l’agriculture, qui, au Québec, requiert un encadrement politique dynamique.

Nous n’avons pas fini de pleurer la mémoire de Jean Garon...

 

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