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30 M$ de Kleenex!

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Le gouvernement du Québec a déposé vendredi la loi qui créera le registre québécois des armes à feu, à 17 millions $... En 1995, le fédéral estimait à 85 millions le coût d’implantation du registre canadien. Et on pense vraiment, 20 ans plus tard, faire le job pour six fois moins? Au fédéral, cela a culminé à plus d’un milliard... La ministre Lise Thériault elle-même parlait de 30 millions il y a un an...

Le directeur de l’État civil gérera le registre. Les prévisions incluent-elles son amarrage avec le CRPQ, l’interface que consultent les policiers?

Les désespérés utilisent maintenant trois fois plus souvent la pendaison que le fusil. Mais nul ne parle d’immatriculer les ceintures !

Inscription gratuite, vante le ministre Moreau, pour amadouer les chasseurs. Ce gouvernement promoteur de l’utilisateur-payeur se fera tôt ou tard concocter par un allié un rapport qui lui recommandera de refiler la facture aux propriétaires d’armes.

Cette fois, au moins, les opposants pourront se faire entendre en français. À Ottawa, en 1995, ils avaient dû passer par le Reform Party, les courageux députés québécois les ignorant ostensiblement pour cause de ligne de parti.

Contrôlées quand même

Oublions le cynisme. Ce registre, même à vil prix, reste inutile.

«Faut pas que n’importe qui puisse acheter une arme. Regardez ce que ça donne aux États-Unis!» clament ses partisans. Il y a neuf ans que le registre des armes d’épaule n’est plus à jour, trois ans qu’il est aboli. Cela n’a provoqué aucune hécatombe ici parce que les armes demeurent hautement contrôlées au Cana­da.

Les propriétaires sont fichés. Ils suivent des cours de maniement et de sécurité pour obtenir un permis de possession et d’acquisition, revérifié tous les cinq ans par la police. Les boutiques tiennent un inventaire précis des armes et des munitions vendues, et du permis de l’acquéreur. Les armes automatiques ou à utilisation restreinte font toujours l’objet d’un enregistrement fédéral.

Les policiers approuvent, affirme le ministre. Bien sûr! Comme les pompiers veulent le nouveau camion, comme le geek veut le dernier gadget. Le registre permet aux policiers de retrouver plus facilement l’histoire d’une arme si elle tombe entre leurs mains lors d’une enquête. Cela vaut-il 30 millions en temps d’austérité? Non.

Suicide

Un policier ne peut pas supposer, lorsqu’il intervient, que le suspect n’est pas armé parce que le registre le lui dit. Bien des policiers confessent en privé que ce registre ne sert pas à la prévention. Pourtant, on a prétendu qu’ils le consultaient des milliers de fois par jour... En réalité, chaque fois qu’un flic arrêtait un automobiliste pour une contravention, sa consultation du CRPQ ouvrait automatiquement une requête au registre des armes à feu.

J’ai entendu un responsable de Centre de prévention du suicide affirmer que le registre diminue les suicides par arme à feu. Selon une étude de l’Institut national de la santé publique, les années les plus dévastatrices en matière de suicide ont été de 1994 à 2006... Le registre était alors en vigueur et à jour! Depuis son abolition, le taux de suicide diminue. Il est vrai que les désespérés utilisent maintenant trois fois plus souvent la pendaison que le fusil. Mais nul ne parle d’immatriculer les ceintures!

En fait, ce projet de loi sert surtout à commémorer le terrible drame de Polytechnique. Ça fait cher de Kleenex pour éponger un chagrin qui restera insoutenable et infini.

 

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