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Une vie consacrée au hockey

Le Journal rencontre Rick Dudley, le bras droit et mentor de Marc Bergevin

Rick Dudley est l’homme de confiance de Marc Bergevin au chapitre des opérations de hockey.
Photo Le Journal de Montréal, Pierre-Paul Poulin Rick Dudley est l’homme de confiance de Marc Bergevin au chapitre des opérations de hockey.

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«Il y a une blague à l’intérieur du réseau de hockey au sujet de Rick Dudley. On croit réellement qu’il a un frère jumeau. Tu peux le croiser un mardi soir à Albany et le lendemain, il regarde un match à Winnipeg. On dit souvent à Rick qu’on a jasé avec son jumeau la veille.»

Marc Bergevin raconte cette anecdote pour décrire celui qu’il considère comme une figure paternelle. Celui qui depuis le début de l’ère Bergevin occupe l’un des postes de directeur général adjoint. Techniquement, son titre est plus long (vice-président principal aux opérations hockey), mais c’est aussi une façon de lui offrir une meilleure rémunération.

Non, Dudley n’a pas de jumeau. Il y a un seul Rick Dudley. Personnage unique, mais fascinant. Homme dans l’ombre, il a accepté d’en sortir pour raconter son parcours lors d’une longue entrevue au Journal de Montréal. C’était la première fois en quatre ans qu’il rencontrait un scribe montréalais dans son bureau.

Depuis 40 ans, Dudley a dédié sa vie à sa plus grande passion. Il est une sorte de missionnaire du hockey.

«Les sœurs consacrent leur vie à ce qu’elles aiment et ce qu’elles croient le plus, l’Église et Dieu, raconte-t-il. C’est la même histoire avec moi, mais avec le hockey. Je suppose que oui, on peut faire le parallèle entre mon quotidien et celui d’une religieuse!»

«Honnêtement, j’aime chaque minute de cette vie. Et j’ai débarqué dans cette profession un peu par accident. Je ne devais pas devenir un joueur de hockey, mais un joueur de crosse. J’étais bien meilleur dans ce sport. Je n’ai jamais été repêché dans la Ligue junior de l’Ontario ou la LNH. Je n’ai jamais passé proche.»

Ça ne l’a pas empêché de faire son chemin. Comme joueur, il a porté les couleurs des Sabres de Buffalo et des Jets de Winnipeg en plus de celles des Stingers de Cincinnati dans la défunte AMH.

Toujours sur la route

Comme gestionnaire, il faudrait pratiquement consacrer trois pages pour décrire chacun de ses emplois. On se limitera à rappeler qu’il a occupé le siège de directeur général de quatre équipes dans la LNH (Sénateurs, Lightning, Panthers et Thrashers) et qu’il a été l’entraîneur en chef chez les Sabres et les Panthers.

«Pour 95 % du temps, c’était juste du plaisir pour moi même s’il y avait de la pression sur mes épaules, surtout lors de mes passages comme DG, se rappelle-t-il. J’ai toujours cherché à trouver des choses que les autres ne pouvaient voir. Pour y parvenir, il n’y a pas de secret, il faut voir des tonnes de matchs et se déplacer très souvent.»

À Montréal, Dudley sert d’espion à Bergevin. Muni d’un crayon à la mine et d’un gros cahier de notes, il sillonne les arénas un peu partout en Amérique du Nord et en Europe. Quand le CH fait l’acquisition d’un Dale Weise, d’un Jeff Petry ou que l’équipe réclame Paul Byron au ballottage, il y a toujours du Dudley derrière ces coups.

«Une des premières choses qu’il m’a apprises quand je travaillais avec lui à Chicago, c’est que même si tu as vu un joueur et une équipe dix fois et que tu penses en avoir assez, tu dois y retourner pour une 11e rencontre, a affirmé Bergevin. Il y a peut-être le petit élément qui fera la différence lors de ce match, positivement ou négativement. C’est pratiquement une obsession, il en voit des matchs.»

«Aujourd’hui, à son âge, il a encore la même passion, a enchaîné le DG du CH. Même si on a une technologie incroyable, il n’y a rien de mieux que de voir un match en personne. Les caméras ne captent pas toutes les subtilités.»

Plus souvent à l’hôtel

Des matchs de hockey, Dudley en regarde des tonnes.

«En une saison, ça varie entre 150 et 300 matchs où je me présente sur place, précise-t-il. Il y a un gros écart, mais les années où les repêchages sont très bons, je regarde plus de matchs. Quand nous croyons qu’il y aura encore de très bons joueurs au 3e tour, je dois épier plus d’espoirs. Le repêchage est tellement important, tu ne veux pas te tromper.»

«Je passe plus de temps en une année à l’hôtel qu’à la maison, ajoute-t-il avec le sourire. Je dois dormir près de 200 nuits par année à l’hôtel. Parfois, c’est même un peu plus. Cette année, ce n’est pas encore trop fou. J’ai vu plusieurs matchs dans ma région, près de Buffalo.»

Pour endurer cette vie de nomade, l’homme de 66 ans et sa conjointe, Jahee, ont fait le sacrifice de ne pas avoir d’enfant.

«C’était un choix conscient et logique, mais difficile, explique-t-il. Je ne voulais pas devenir un père absent pour mes enfants. Je passe trop de temps sur la route, loin de ma maison.»

Doté d’un très bon sens de l’humour, Dudley change rapidement la conversation pour alléger le sujet.

«Ma femme est Coréenne. Quand elle m’a rencontré au début des années 1980, elle n’avait jamais vu une seule rencontre de hockey. Aujourd’hui, elle est une grande partisane. Elle adore ça.»

Le curriculum de Rick Dudley

Né le 31 janvier 1949, à Toronto (66 ans)

Il habite maintenant Lewiston, près de Buffalo.

309 matchs dans la LNH avec les Sabres de Buffalo et les Jets

Entraîneur en chef LNH

Sabres de Buffalo (1989-1990 à 1991-1992)

Panthers de la Floride (2003-2004)

Directeur général Sénateurs d’Ottawa (1998-1999)

Lightning de Tampa Bay (1999 à février 2002)

Panthers de la Floride (mai 2002 à mai 2004)

Thrashers d’Atlanta (Avril 2010 jusqu’au déménagement pour Winnipeg en mai 2011)

Autres postes

Thrashers d’Atlanta

Juin 2009 à avril 2010 comme DG adjoint

Blackhawks de Chicago

Consultant de 2004 à 2006 et DG adjoint de 2006 à juin 2009)

Maple Leafs de Toronto

Directeur du personnel de juin 2011 à mai 2012

Canadien de Montréal

Mai 2012 à aujourd’hui comme DG adjoint et vice-président principal aux opérations hockey

De la crosse au hockey

Bo Jackson et Deion Sanders ont connu de belles carrières à la fois au football et au baseball. Rick Dudley n’a pas joué les mêmes sports et il n’a pas eu les mêmes salaires, mais il a aussi jonglé entre deux carrières professionnelles, le hockey et la crosse.

«J’ai beaucoup plus joué à la crosse qu’au hockey dans ma jeunesse, rappelle Dudley. Un de mes coéquipiers à la crosse jouait au niveau junior B au hockey et il m’a attiré vers le hockey. Il avait parlé de moi à son propriétaire, qui m’avait regardé jouer à la crosse. Il trouvait que j’étais carrément fou et qu’il ferait de moi un bon joueur de hockey. J’ai finalement fait un essai avec l’équipe junior B. Je partais vraiment de loin.»

En tant qu’attaquant avec les Sabres de Buffalo, Dudley a également joué pour les Golden Griffins de Rochester de la Ligue nationale de crosse.

«Le propriétaire voulait absolument m’avoir dans son équipe, se souvient-il. Il m’avait demandé comment il pouvait me convaincre de jouer. Il avait fait l’erreur de me demander ce qu’il me manquait dans la vie de tous les jours. «Je lui avais dit sans trop réflé­chir: une nouvelle voiture. Il avait répliqué en m’invitant à passer chez le concessionnaire pour acheter une nouvelle Cadillac. Je n’avais donc pas d’autre choix que de jouer pour son équipe à Roches­ter.»

Le 99 ou la vache sacrée...

Dans l’histoire de la LNH, il n’y a que trois joueurs qui ont porté le numéro 99. Il y a évidemment Wayne Gretzky, mais aussi Wilf Paiement et Rick Dudley. Dudley raconte son passage avec ce chiffre sur son chandail.

«Je portais le numéro 9 à Buffalo. À mon arrivée avec les Jets, le 9 était déjà utilisé. Doug Smail le portait. Le préposé à l’équipement m’avait proposé le 99. J’ai joué quelques matchs avec ce numéro et il n’y avait pas de problème. Mais, à mon premier match contre les Oilers à Edmonton, j’avais le sentiment que je venais de tirer sur une vache sacrée. Les partisans étaient tous contre moi et les joueurs des Oilers aussi. J’ai compris qu’ils avaient raison. Il ne pouvait y avoir qu’un seul gars avec le 99 et c’était Wayne, même s’il était encore très jeune en 1980-1981.»

Échangé comme DG

Il n’y a rien d’anormal pour un hockeyeur à changer d’adresse lors d’une transaction. C’est plus rare de le faire dans un rôle de directeur général.

En 1999, le Lightning de Tampa Bay a échangé l’attaquant Rob Zamuner aux Sénateurs d’Ottawa afin d’obtenir les droits pour négocier avec Dudley. Quelques jours plus tard, Dudley devenait le DG du Lightning.

Souvenir de Chelyabinsk

Les mordus du Canadien se rappelleront peut-être que Chelyabinsk est la ville natale de Sergeï Gonchar. Pour Rick Dudley, cette ville russe située à plus de 1700 km à l’est de Moscou sonne une cloche différente.

«Je me souviens d’un vol entre Moscou et Chelyabinsk vers l’année 2000. Je croyais que l’avion ne toucherait jamais le sol. Les vols intérieurs, en Russie, m’ont toujours fait peur. Les avions étaient des animaux différents. Je n’oublierai jamais ce vol. Ça brassait du début à la fin. Je n’avais pas pris le vol retour, j’avais opté pour le train!»

 

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