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Armes à feu: le délire américain

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Cela a pris un peu de temps avant de comprendre la vraie nature du massacre de San Bernardino aux États-Unis. L’habitude nous a d’abord fait croire à une autre tuerie de masse dans ce pays. Mauvaise piste. Il s’agissait d’un attentat islamiste. D’un coin à l’autre du globe, l’État islamique fait des émules. On est en droit de croire qu’aucun pays ne sera vraiment épargné.

On cherche à comprendre le fonctionnement du terrorisme islamiste. Ceux qui s’en réclament ne sont pas toujours des assassins télécommandés depuis un quartier général situé quelque part en Syrie. On parle alors de loups solitaires. Mais le terme est inexact. Les terroristes improvisés sont en fait encouragés par une idéologie totalitaire qui pousse à la guerre totale contre le monde occidental et incite les déséquilibrés à faire un carnage en citant des versets coraniques.

Folie des armes

Peut-on pour autant détacher cet attentat de la culture américaine? Faire comme s’il n’avait rien à voir avec elle? Une chose est certaine, la population américaine a réagi de manière bien particulière en se jetant sur les magasins d’armes pour faire des provisions de fusils et de cartouches.

D’ailleurs, islamisme ou pas, le New York Times a cru le temps venu d’en appeler à un sérieux contrôle des armes, qui sont trop facilement accessibles. Espérons-le.

L’individualisme américain pousse chaque homme à vouloir se faire le premier défenseur de sa famille, contre un brigand ou un éventuel gouvernement tyrannique. Ce n’est pas un réflexe sans noblesse. Il est même validé constitutionnellement. Mais il masque autre chose: le désir de se faire justice soi-même et, surtout, d’avoir pour soi la toute-puissance des armes à feu. Voilà un pays où chaque homme peut se constituer, s’il le veut, un petit arsenal de guerre.

Il n’y a probablement pas de sentiment plus grisant pour un homme que de savoir qu’il peut tenir la vie d’un autre entre ses mains. Ou, plus exactement, qu’il a sur lui un pouvoir de vie et de mort. C’est la part la plus sombre de la nature humaine, sa part diabolique même, que la civilisation a justement pour vocation de refouler dans les marges de la société. La société américaine a du mal à réussir ce refoulement. La pulsion de mort s’y déploie et y fait des ravages.

Décadence

Aux États-Unis, on érotise les armes à feu. On les caresse. On cherche à les vendre en les associant à des femmes à peu près nues, comme si un M-16 pouvait servir de phallus de remplacement. Si on a un gros fusil, peut-être qu’on pourra mettre Sarah Palin dans son lit? Quoi qu’on en dise, c’est le signe d’une civilisation profondément malade, qui tolère en son sein une forme de barbarie.

On nous dira qu’il n’y a pas de lien entre la tuerie de San Bernardino et la folie des armes. Faux. Car cette tuerie a renforcé la passion américaine pour les armes. Cela contribue à la désintégration intérieure d’un pays aux profondes lézardes qui a de plus en plus l’allure d’un empire en déclin. Cela ne veut pas dire que l’Amérique soit sans grandeur. Mais elle semble être entraînée dans la spirale de la décadence.

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