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Le français pas obligatoire au gouvernement Trudeau

Les ministres unilingues n’auront pas à suivre de cours de français

Plusieurs ministres du nouveau gouvernement libéral parlent uniquement l’anglais et ne peuvent s’exprimer en français.
Photo Reuters Plusieurs ministres du nouveau gouvernement libéral parlent uniquement l’anglais et ne peuvent s’exprimer en français.

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Le premier ministre Justin Trudeau n’imposera pas à ses ministres de suivre des cours de français, même si plusieurs d’entre eux sont unilingues anglophones.

Le porte-parole du Parti libéral du Canada (PLC), Daniel Lauzon, a confirmé au Journal que son parti n’exigera pas que tous ses ministres suivent des cours afin de parler convenablement les deux langues officielles­­.

Ils sont simplement «encouragés» à «améliorer leur capacité à communiquer» en anglais et en français, a-t-il indiqué.

Préférence pour l’anglais

«Pour certains, cela requiert un effort supplémentaire [...] Le choix de la méthode à suivre revient aux ministres, mais nous nous attendons à ce que les ministres mettent l’effort requis», a dit M. Lauzon.

Des 30 ministres qui forment le cabinet Trudeau, à peine neuf affirment être à l’aise pour s’exprimer à la fois en anglais et en français, peut-on voir sur le site du Parlement. De ce nombre, quatre sont des députés québécois.

Il est aussi indiqué que la ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould peut s’exprimer dans les deux langues. Pourtant, lors d’une entrevue récemment accordée au Journal, la ministre n’a pu s’exprimer en français et les questions ont dû lui être posées uniquement en anglais.

Deux autres ministres, soit la ministre des Services publics Judy Foote et le ministre de l’Infrastructure Amarjeet Sohi, ont accordé des entrevues au Journal uniquement dans la langue de Shakespeare. La ministre des Affaires autochtones Carolyn Bennett s’est exprimée dans un français hésitant et majoritairement en anglais.

Il faut aussi noter que le cabinet comporte une ministre unilingue francophone, soit celle du Revenu national, la Québécoise Diane Lebouthillier.

Pas la première fois

En campagne électorale, Justin Trudeau s’était pourtant engagé à promouvoir l’utilisation des deux langues officielles au Canada­­, blâmant au passage les conservateurs pour avoir nommé des «anglophones unilingues à des postes importants».

Ce n’est pas la première fois que des personnes unilingues sont nommées ministres. Un exemple éloquent vient des conservateurs provinciaux de l’Ontario dont la députée Lisa MacLeod avait été nommée en 2013 porte-parole en matière de francophonie, alors qu’elle ne parlait pas français. 
 
Sur la scène fédérale, le Parti conservateur du Canada a aussi déjà eu des ministres unilingues comme Rob Nicholson, ancien ministre des Affaires étrangères. 
 
Le Parti conservateur n’a d’ailleurs pas voulu répondre quand nous lui avons demandé s’il disposait d’une politique en matière de bilinguisme pour ses députés et, auparavant, pour ses ministres.

Ce qu’ont dit au Journal trois ministres unilingues

Jody Wilson-Raybould, ministre de la Justice

Plusieurs ministres du nouveau gouvernement libéral parlent uniquement l’anglais et ne peuvent s’exprimer en français.
Photo Reuters

«It is definitely a goal that I want to achieve in a near future. I have made a commitment in front of medias a couple of weeks ago that I will learn French, at least to be able to converse.»

Traduction

«C’est assurément un objectif que je désire atteindre dans un avenir rapproché. Il y a quelques semaines, j’ai pris l’engagement devant les médias de parler français, à tout le moins pour être capable de tenir une conversation.»

Judy Foote, ministre des Services publics et de l’Approvisionnement

Plusieurs ministres du nouveau gouvernement libéral parlent uniquement l’anglais et ne peuvent s’exprimer en français.
Photo Reuters

«I need to do a refresher. I so want to learn the language. This country has two official languages and I respect both.»

Traduction

«J’ai besoin de suivre un cours de mise à niveau. Je veux vraiment apprendre cette langue. Ce pays a deux langues officielles et je les respecte toutes les deux.»

Amarjeet Sohi, ministre de l’Infrastructure et des Collectivités

Plusieurs ministres du nouveau gouvernement libéral parlent uniquement l’anglais et ne peuvent s’exprimer en français.
Photo Reuters

«I’m looking forward to learn this language. It’s gonna take me time to learn it. But I’m definitely going to make efforts to learn the language.»

Traduction

«J’ai hâte d’apprendre cette langue. Cela va me prendre du temps. Mais je vais certainement faire les efforts nécessaires pour apprendre cette langue.»

De «l’arrogance», dénonce Impératif français

Des organismes de défense du français déplorent l’unilinguisme de certains ministres, d’autant plus que Justin Trudeau s’était engagé à promouvoir le français durant la campagne électorale.

«Ça devrait être un pré­­requis, de parler français. C’est l’une des deux langues officielles et c’est vrai pour tous les postes importants au gouvernement. C’est de l’arrogance», dénonce Jean-Paul Perreault, président d’Impératif français.

<b>Jean-Paul Perreault</b><br /><i>Président Impératif français</i>
Photo d'archives
Jean-Paul Perreault
Président Impératif français

Comme le rappelle ce dernier, le gouvernement Trudeau, lors du discours du trône du 4 décembre, s’est de nouveau engagé à encourager «l’utilisation des langues officielles du pays».

Décevant

M. Perreault admet être déçu d’observer ce qu’il perçoit comme la «continuité de ce qui existe depuis déjà trop longtemps» au gouvernement fédéral.

«Chaque fois qu’on nomme une personne importante qui ne parle pas français, c’est une négation de l’existence de la francophonie et du Québec.»

La Fédération des communautés francophones et acadienne souhaite également que les ministres aient une connaissance «minimale» des deux langues.

Aucune obligation

«Il faut que la diversité linguistique soit une valeur importante au sein du cabinet», dit la présidente Sylvie Lanthier.

Cette dernière rappelle toutefois qu’aucune loi n’oblige les ministres à parler les deux langues officielles­­.

«Leur ministère doit offrir des services bilingues, mais ce n’est pas obligatoirement requis pour la personne qui représente le ministère», souligne Mme Lanthier.

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