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Les vignerons millionnaires : des «B.S.» corporatifs ?

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Photo d'archives

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Ben oui, tout le monde sait qu'il n'y a supposément rien à l'épreuve de nos visionnaires québécois qui, novateurs comme ils sont, sont de farouches partisans de l'économie de marché à laquelle ils ont substitué la main invisible du marché par la main visible de l'État et de l'argent des contribuables. Sans la divine intervention de leurs élus, qui les inondent de fonds publics comme si c'était leur argent, ils ne seraient pas grand chose, en dehors du radar médiatique qui, lui aussi, les capte souvent en modèle de réussite dans la vie.

Toutefois ils sont bons dans tout, grâce à l'appui indéfectible de leurs politiciens embrigadés qui leur donne notre argent, nos biens publics et nos ressources naturelles. On n'a qu'à penser au tandem familial Beaudoin-Bombardier qui, pendant que la compagnie Bombardier prend l'eau, se lance dans le domaine du ciment en Gaspésie avec en prime 500 millions de beaux bidoux en fonds publics. Ils n'ont aucune expertise dans l'industrie, que vous vous dites? Pas grave. Quand les gouvernements idéologiques ont privatisé et leur ont donné Canadair, de Havilland, MLW, etc., la famille Beaudoin-Bombardier ne connaissait absolument rien dans l'aéronautique et dans la fabrication de train et de wagons. Rien que je vous dis. À chacun son dada.

L'appel des vignobles pour un banquier

Quand vous avez été président de la Banque Nationale et que vous avez empoché des millions de dollars, comme ce fut le cas pour Léon Courville, quelle merveilleuse idée que de passer du monde bancaire au passe-temps constitué à s'acheter un grand domaine et de se lancer, comme ça, dans la production de vin. Bravo Léon. Idem pour Michel Robert, propriétaire de Transport Robert.

Léon Courville, ex-président de la Banque Nationale, vous dites? Ça adonne bien, l'actuel ministre économique du PLQ, Jacques Daoust, est un ancien haut placé de cette digne institution financière, tout comme l'ex-ministre libéral Clément Gignac et, ah ben, aussi l'ex-ministre libéral des Finances Raymond Bachand qui vient d'être nommé administrateur de ladite banque. Que le hasard fait bien les choses et qu'il aligne merveilleusement bien les astres pour certains plus que d'autres. Aussi, il y a le ministre des Finances, Carlos Leitao, qui provient de la Banque Laurentienne. Et voilà le tour est joué. Léon Courville, métamorphosé en vigneron, a probablement une oreille attentive à ses doléances de la part de ses amis libéraux. Tout comme les docteurs sont un milieu fraternel avec leurs collègues Couillard et Barrette et qui en plus proviennent de la santé privée. Le monde ordinaire ne jouit pas de ces contacts. Il ne lui reste que la rue pour se faire entendre.

Français, Italiens, Espagnols et Californiens, tenez-vous bien : vous n’en avez plus pour longtemps à trôner, car voici qu'arrivent avec leurs vins fabriqués au Québec, même en hiver, les Courville, Robert et autres lucides qui, dans un temps record, se sont transfigurés en spécialistes du vin. Ils vont exporter du vin partout dans le monde et ainsi créer encore plus de richesse au Québec. À moins qu'ils ne veuillent, parce qu'ils n'ont pas d'autres choix, se limiter au Québec. Même à cela, ces « homers » exigent d'être subventionnés à raison de 5 dollars la bouteille et qu'ils soient exemptés, contrairement aux producteurs étrangers, de verser une redevance moyenne de 8 dollars la bouteille à la SAQ, c'est-à-dire au Trésor québécois, car la SAQ verse tous ses profits au gouvernement du Québec.

Ah oui, j'oubliais : ils veulent vendre leur vins directement dans les dépanneurs et les épiceries sans passer par la SAQ, qui déjà vend beaucoup de vins québécois en succursales. Mais, comme ces petits joueurs n'ont pas de réseau de distribution, ils veulent aussi être gavés de fonds publics pour les aider, les pauvres, à se payer un circuit de distribution et un réseau de marketing. Tout simplement merveilleux. Et dire que les libéraux vont embarquer dans cette galère, une autre, qui sera faite sur le dos des Québécois ordinaires. En passant, mes amis vignerons, comme vous pensez exporter probablement votre vin partout dans le monde, vous savez qu'il y a également beaucoup d'aides gouvernementaux à l'exportation?

Tout de même ahurissant, Léon Courville, du temps où il était président de la Banque Nationale, plaidait, comme un vrai boss, pour plus de privés et moins d'États. Il voulait moderniser l'État en le dégraissant. Un ratatinement de l'État à géométrie variable. Avec les traités en cour de libre-échange avec l'Europe et les pays du Pacifique va falloir, selon la philosophie néolibérale, absolument couper les subventions aux agriculteurs ordinaires qui produisent des denrées beaucoup plus importantes, alors que nos vignerons autoproclamés eux plaident de faire exception pour leur petite business et de leurs venir en aide.

Prenons cette page entière, rien de moins, parue dans La Presse du 16 novembre 2015 : «L'inquiétude des producteurs». Ah, ces persécutés! Ils sont inquiets de ne pas recevoir leurs fonds publics qu'ils prennent, avec leur front de bœuf, pour des droits acquis et des vaches sacrées, soit une aide monétaire démoniaque d'à peu près 5$ la bouteille et le non versement à la SAQ, donc au Trésor québécois et aux fonds publics, de la gigantesque redevance d'environ 8$ la bouteille versée par tous les autres producteurs de vin étrangers : américains, ontariens, français, australiens, etc. Qu'ils essaient de faire de même en Ontario juste pour voir... Les élus de cette province leur riraient en pleine face.

Vous conviendrez avec moi que l'inquiétude des vignerons branchés prévaut sur l'inquiétude des malades, des étudiants, des démunis, etc. En première page de La Presse Affaires, on avait ainsi coiffé le titre de ce « dossier » : «Vente d'alcools québécois. Les producteurs s'impatientent». À la fois ridicule et pathétique d'intituler ces articles, qui s’apparentent à des infopubs, de «l'inquiétude gagne des producteurs » et «les producteurs s'impatientent». Est-ce les producteurs qui, en plus de statuer sur le contenu du texte, ont choisi ces titres? Écoutez, consacrer une pleine page à un tel petit sujet dans un quotidien du Québec dénote vraiment un problème éthique dans nos médias. Me semble qu'il y a plein d'autres sujets plus importants en termes d'information et de conscientisation. Ça fait vraiment petit.

Il y a bien eu d'autres articles toujours très favorables à nos producteurs dans La Presse comme celui paru quelques mois avant le dernier chef d’œuvre soit le 9 juillet 2015 et intitulé : «Les vins québécois ont la cote». «Ont la cote» où? Je vous le dis, pour les producteurs de vins italiens et français, ça sent la fin. Ils ont fini de régner sur le marché mondial du vin. Badang, voici nos nouveaux producteurs de vins québécois. Depuis quelques années, il y a aussi dans La Presse toutes ces opinions publiées dont certaines rédigées par le « producteur » et ex-banquier Léon Courville lui-même. « Après la SAQ, les épiceries. Les vins du Québec doivent être rendus plus accessibles aux consommateurs. » et : «Zéro promotion. Le Québec est la seule province qui n'encourage pas, par son monopole, la distribution des vins locaux ». Affirmation, évidemment fausse.

Je le répète : pourquoi ne vont-ils pas vendre directement leurs vins dans les commerces privés de l'Ontario, de l'Alberta, de New York, de Paris, de Madrid, de Mexico, etc.? Pourquoi se limiter au Québec? Si leur produit est bon, ils vont pouvoir le vendre partout dans le monde. C'est tout de même bizarre, mais toutes les opinions parues dans La Presse ont toutes été favorables aux visées mercantilistes de nos fabuleux et intrépides producteurs de vins québécois et ont toutes « blasté », comme il se doit, notre bien collectif qu'est la SAQ et qui verse à la province et dans nos programmes sociaux plusieurs centaines de millions de dollars chaque année. D'ailleurs, c'est la règle chez certains médias de toujours décrier et déblatérer sur nos instruments collectifs et de toujours vanter et chérir les affairistes qui s'approprient nos services et nos biens publics. Voici le titre de quelques opinions parues dans ce journal au cours des récentes années : « Le véritable problème de la SAQ », « Le vin et le monopole » et «Dans la cave, les politiques de commercialisation de la SAQ désavantagent les vignobles québécois ». Trois opinions «neutres» du professeur universitaire de Guelph en Ontario, Sylvain Charlebois. Et que dire de celle-ci émanant du consultant de service chez Hatley, Tom Kott paru le 26 mai 2015 : « Sortir la SAQ ». Un autre plaidoyer favorable à nos créateurs de grosse richesse d'ici.

Aie, ça va faire de se moquer du monde et d'utiliser leur argent chèrement gagné pour subventionner des opportunistes. Mais malheureusement pour le monde ordinaire, ces arrivistes sont très bien connectés au gouvernement du Québec contrairement au monde ben ordinaire. Et comme le chantait Georges Brassens, «Les copains d'abord ». L'austérité et la rigueur pratiquées par le PLQ sont appliquées avec des variables différentes qui sont fonction des acteurs en présence. Y'a-t-il un élu honnête et au service des gens qui peut envoyer paître ces siphonneux notoires de fonds et biens publics?

Je connais plusieurs propriétaires d’épiceries, de garages et des entrepreneurs en menuiserie et en plomberie à leur compte qui ne reçoivent absolument rien en aide gouvernementale, qui sont en véritable concurrence avec d'autres, qui créent de l'emploi et qui n'ont pas accès aux mesures sophistiquées d'évasion et d'évitement fiscale. Je suis enragé pour eux. Mais, ils n'ont malheureusement pas d'entrées au parlement et ne peuvent pas se payer d'ex-élus comme lobbyistes ou d'en nommer en à titre d'administrateur de leurs petites entreprises.

Mon ami, l'argent mène le monde.