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Syriens: deux poids, deux mesures

Dans le cas des Syriens, nous sommes vraiment dans le deux poids deux mesures depuis le début.
AFP Dans le cas des Syriens, nous sommes vraiment dans le deux poids deux mesures depuis le début.

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On parle énormément des réfugiés syriens depuis quelques semaines. D’ailleurs, le Québec se prépare à les recevoir à grands frais et annonce des mesures particulières. 

Dans leur élan de générosité, les Québécois se sentent interpellés et donnent des vêtements et d'autres biens qui permettront aux Syriens de vivre leurs premiers moments ici plus décemment. 

Ce matin, dans Le Devoir, on parlait de la francisation des enfants syriens à Québec. On prévoit y ouvrir des classes d’accueil. Les classes d’accueil sont des classes spécialisées où les enfants immigrants commencent leur parcours scolaire au Québec. Les enseignants spécialisés en accueil des migrants y apprendront aux enfants les rudiments de la langue française et les initieront au système scolaire québécois. 

C’est une excellente idée. 

Cependant, des enseignants de Québec haussent le ton: pourquoi des classes de francisation pour les Syriens alors qu'actuellement les enfants immigrants sont intégrés en classes normales bien qu’ils ne parlent pas français? C’est une mesure antipédagogique, mais à Québec, actuellement, les enfants immigrants sont «sortis» de leur classe par une enseignante de francisation chargée de leur apprendre la langue quelques heures par semaine. Seulement quelques heures par semaine, ce qui est insuffisant pour que l’enfant apprenne au même rythme qu’en classe d’accueil. Nous en sommes à deux poids, deux mesures: on veut offrir des services de francisation optimaux aux enfants syriens, mais qu'en est-il des autres immigrants? Bof, pas important. 

Pourtant, les Syriens ne seront pas 8000 au Québec. 

Chaque année, il y a plus de 50 000 immigrants au Québec. 

Parle-t-on d’eux? Non. 

Est-ce que leur intégration est plus facile? Non plus. 

Des mesures d’aide sont-elles instaurées et des collectes effectuées en leur nom? Est-ce qu’on hausse le budget des organismes voués à l’intégration des immigrants? Non. Ces organismes continuent de faire des miracles avec des économies de bouts de chandelle. 

Ce serait bien d’informer le Québec que des milliers d’immigrants arrivent chaque année ici. Parmi eux, plusieurs sont aussi des réfugiés, d’ailleurs, mais, pour une raison que j’ignore, on n'en parle pas. 

Pour les Syriens, on déroule le tapis rouge. Pour les autres, on ne s’en fait pas outre mesure. 

En début de semaine, Sam Hamad et Kathleen Weil faisaient une sortie dans les médias pour inciter les employeurs à embaucher des Syriens. 

Est-ce que les Syriens sont qualifiés? On ne le sait pas. Parlent-ils français? Pas encore. Est-ce que leurs diplômes seront reconnus plus vite que ceux des autres, qui attendent plus d’un an l’équivalence – ou la non-équivalence – de leurs diplômes? Mystère et boule de gomme. 

Mais on presse les gens de les embaucher. Est-ce que les Syriens parlent déjà français? Non, mais ça semble être une étape dont on ne se soucie guère. 

Fait-on la même chose avec les immigrants iraniens, par exemple, bardés de diplômes et nombreux dans les classes de francisation, érudits et épris de l’apprentissage du français?  

Le gouvernement fait-il des sorties dans les médias pour que les employeurs embauchent davantage d’immigrants maghrébins francophones, dont le taux de chômage à Montréal traduit une grande iniquité? 

Les ministres parlaient de la première expérience québécoise qui est difficile à obtenir sur le marché du travail. Ils ont raison, mais c’est difficile pour tous les immigrants, pas seulement pour les Syriens. 

J’ai entendu, de la bouche d’immigrants que je côtoie quotidiennement, que ce n’était «pas juste». 

Ils ont raison. Ce sont des mesures inéquitables. 

Tant mieux si l’arrivée des Syriens fait changer les choses et attire enfin l'attention sur les services d’intégration des migrants, mais il faudrait penser à tous ceux qui sont déjà ici et dont on ne s’occupe guère. 

Il faut aider les réfugiés syriens, mais il faut aussi aider les 50 000 immigrants qui arrivent ici chaque année. Il y a beaucoup plus d'immigrants économiques que de réfugiés syriens, n'en déplaise aux élus qui n'en parlent pas. Motus et bouche cousue. 

Ces immigrants ont aussi de la difficulté à entrer sur le marché du travail, et ce, même s’ils ont été sélectionnés justement pour leurs études et leurs compétences professionnelles. 

Ils sont sur le chômage? Pas grave! Ça ne mérite pas de sortie dans les médias. Dans le cas des Syriens, nous sommes vraiment dans le deux poids deux mesures depuis le début. 

Peut-on enfin commencer à intégrer tous nos immigrants et tous nos réfugiés, non pas seulement dans certaines situations? Vite comme ça, ça ressemble à du «capital politique» plus qu’à une véritable mesure équitable.