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Violentée pendant sept ans

Une jeune femme a touché deux millions de personnes en racontant son histoire

Valérie Beaumier veut se servir de son horrible expérience de violence conjugale pour aider d’autres femmes et faire de la prévention.
Photo Le Journal de Montréal, Amélie St-Yves Valérie Beaumier veut se servir de son horrible expérience de violence conjugale pour aider d’autres femmes et faire de la prévention.

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Une jeune femme de la Mauricie est renversée par le soutien qu’elle a reçu sur les réseaux sociaux à la suite de la publication d’une vidéo où elle témoigne de l’enfer de la violence conjugale.

«Je ne m’attendais vraiment pas à une telle réaction. J’ai reçu des centaines de messages, tous positifs. Il y a des femmes qui me demandent si elles peuvent me raconter leur histoire ou comment j’ai fait pour partir», s’étonne Valérie Beaumier.

Dans sa vidéo, elle raconte des épisodes de violence qu’elle a vécus, à l’aide de courtes phrases écrites sur des cartons qu’elle fait défiler pendant 10 minutes.

«Il pouvait s’asseoir sur mon ventre, mes deux bras entre ses cuisses et il me giflait. Il continuait jusqu’à ce que je me taise», peut-on notamment lire dans son témoignage.

Les images ont été vues plus de deux millions de fois depuis lundi, et partagées à plus de 70 000 reprises sur Facebook.

«J’avais besoin de tout dire sans retenue parce que normalement on ne peut pas le faire, c’est tabou, mal compris ou même mal vu. Je voulais que les femmes aient un exemple d’histoire pour qu’elles réalisent la violence qu’elles vivent et qu’elles en parlent. Une fois qu’on en a parlé, c’est plus facile de s’en sortir», précise celle qui est âgée de 23 ans.

Mme Beaumier a rencontré son ex-conjoint à l’âge de 14 ans alors que lui en avait 18. C’est la violence psychologique et sociale qui s’est installée sournoisement en premier dans leur couple avant les coups de poing.

«Il m’empêchait de voir mes amis, ma famille, il m’isolait pour mieux me contrôler. Il gérait aussi mon argent. Tout ce que je faisais était calculé pour éviter le plus possible qu’il se fâche, mais il se trouvait toujours une raison pour péter un plomb», se souvient-elle.

Durant ces sept années à vivre dans la peur, Mme Beaumier a eu deux enfants.

«Je me disais que si j’avais accepté une première fois la violence, je ne pouvais plus revenir en arrière. Et avec les enfants, ce n’était pas simple de partir», mentionne-t-elle.

Acquitté en cour

C’est lorsqu’elle a réalisé que sa propre fille avait peur de son père qu’elle a décidé de se séparer définitivement.

Mais elle a décidé de porter plainte seulement quelques mois plus tard après un autre épisode de violence.

«Je ne voulais pas que mes enfants le vivent aussi, c’était pour leur propre sécurité», soutient-elle.

Son ex-conjoint a finalement été acquitté puisque le témoin qui avait vu une scène de violence est décédé avant le procès. Il n’a seulement pas le droit d’approcher Mme Beaumier pendant un an.

«Sur le coup, j’ai trouvé ça difficile, mais ça m’a plutôt donné l’envie d’aider les autres femmes et aussi de faire de la prévention chez les jeunes. Quand on est adolescent, on est tellement naïf, on ne sait pas c’est quoi l’amour, on ne réfléchit pas. Il faut leur expliquer parce qu’il faut qu’ils sachent reconnaître la violence conjugale et qu’ils arrêtent dès le début», souligne-t-elle.

La violence conjugale

  • 6 % des infractions commises au Québec sont de la violence conjugale
  • 80 % des victimes sont des femmes
  • 20 à 25 % des victimes portent plainte
  • 3344 femmes ont été accueillies dans des ressources d’hébergement en 2013
  • 10 000 femmes n’ont pu trouver de l’hébergement faute de place en 2013
  • 4,2G$: coût de la violence conjugale au Canada

(Statistiques de 2013, Fédération des maisons d’hébergement pour femmes)

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