/sports/hockey
Navigation

Des causes difficiles à cerner

Les joueurs n’ont jamais été si bien encadrés que présentement, estime le président de la Ligue midget AAA, Denis Baillairgé.
Photo d'archives Les joueurs n’ont jamais été si bien encadrés que présentement, estime le président de la Ligue midget AAA, Denis Baillairgé.

Coup d'oeil sur cet article

Quand vient le temps de déterminer les causes de la baisse du nombre de joueurs québécois dans la LNH, les intervenants du milieu ont de la difficulté à en cerner une seule pour expliquer le phénomène en entier.

C’est ce qui ressort des entretiens réalisés par Le Journal de Montréal au cours des derniers jours au sujet de cette tendance de plus en plus préoccupante.

Dans un premier temps, Hockey ­Québec a modifié l’objectif principal de son organisme en ce qui concerne le développement des joueurs depuis quelques années.

«Notre mission est maintenant d’amener les joueurs à la LHJMQ, a indiqué le directeur général Sylvain B. Lalonde. Pour sa part, la LHJMQ a la tâche de les faire accéder à la LNH.

«C’est un travail collectif et le résultat final [le fait qu’un joueur accède ou non à la LNH] ne nous appartient pas entièrement.»

Des propos qu’appuie le président de la Ligue midget AAA, Denis Baillairgé. Il n’hésite pas à lancer la pierre aux joueurs.

«Ils doivent aussi se regarder dans le miroir, car ils n’ont jamais été aussi ­encadrés que présentement, a-t-il affirmé. Ils doivent accepter de faire les efforts et les sacrifices pour grimper les échelons.»

Pas de raison unique

Selon Stephan Lebeau, qui a dirigé dans plusieurs circuits québécois, le ­problème est plus complexe.

«Il n’y a pas de raison unique qui explique la baisse du nombre de joueurs québécois dans la LNH, a souligné l’ancien attaquant du Canadien. Par contre, il faut voir et réviser ce qu’on fait.»

Quand il analyse la situation, il estime que le développement des joueurs avant l’âge de 10 ans est l’une des grandes ­lacunes de la structure québécoise.

«Dans notre société, ce n’est pas une priorité. Quand un jeune hockeyeur prend du retard entre 5 et 10 ans, ce n’est pas rattrapable, a ajouté Lebeau, qui se veut constructif dans ses propos. Par le fait même, sa progression est ralentie.»

Des entraîneurs assez formés ?

Dans les basses catégories, ce sont souvent des bénévoles qui s’occupent du développement pendant cette période cruciale.

«Ce sont souvent des personnes bien intentionnées, mais qui occupent souvent un autre emploi à l’extérieur du hockey, a souligné Lebeau. Pour développer des joueurs, ça prend du temps et des ressources.»

Le porte-parole de Hockey Québec ­estime cependant qu’un bout de chemin a été fait dans ce secteur.

«Au cours des dernières années, on a consacré une partie importante de notre budget à la formation de 200 entraîneurs-maîtres, a mentionné Lalonde. De plus, grâce au réseau sport-études, il y en a plus qui sont à temps plein.

«Notre système n’est pas parfait, mais on a fait des avancées importantes.»

La compétition des autres pays

Outre ces facteurs, il faut aussi mettre la mondialisation de ce sport dans l’équation.

L’arrivée en force des joueurs européens et la progression importante du programme américain ont changé la mentalité des formations de la LNH lors des repêchages. Et ceci a eu un impact sur le sort des hockeyeurs du Québec.

«C’est vrai que la game a changé», a confirmé Lalonde.

C’est notamment vrai parmi les gardiens, où les Québécois n’ont plus la cote comme dans les années 1990 et 2000.

En résumé, les causes sont difficiles à cerner, mais ce n’est pas le cas des statistiques, qui sont sans équivoque. Il faut maintenant se demander si un nombre plus important de Québécois retrouveront le chemin des patinoires de la LNH au cours des prochaines années ou s’ils s’en éloigneront un peu plus.

Le nerf de la guerre : l’argent

Même si une cinquantaine de joueurs québécois ont été sélectionnés dans la LNH au cours des trois dernières années, il n’est pas garanti que les statistiques progresseront dans un avenir rapproché.

Il n’existe pas de solution miracle pour améliorer la situation selon Hockey Québec. 

«Il n’y a pas de recette magique, a indiqué le directeur général de l’organisme, Sylvain B. Lalonde. Par contre, on peut dire qu’on a fait plusieurs choses lors des dernières années pour tenter d’améliorer la situation actuelle.»

Comme c’est le cas dans plusieurs sports, c’est l’argent qui pourrait apporter certaines pistes de solutions.

«Il n’y a pas de doute que c’est le nerf de la guerre, a ajouté Lalonde. Par contre, nos budgets sont conçus en fonction de la capacité de payer de nos organisations.»

Pourtant, certains pays d’Europe n’ont pas hésité à investir des sommes importantes afin de développer leur structure. Ils ont notamment injecté des deniers dans l’enseignement à leurs jeunes joueurs et les résultats ont été au rendez-vous.

«Il y a de bonnes idées au Québec, mais il manque de ressources, a souligné Stephan Lebeau. De plus, il faut serrer davantage l’entonnoir en particulier au niveau midget AAA.

«Il faut que le modèle de développement en place soit maximisé, car il ne l’est pas en bas âge. Il faut davantage l’axer sur la performance.»

Moins de matchs et de joueurs

Certains circuits ont l’intention de passer à l’action dans un avenir rapproché. C’est le cas de la Ligue midget AAA qui aimerait réduire le nombre de matchs en saison régulière (46 à 42) en plus de diminuer l’effectif de chaque formation (de 20 à 17).

«On est dans ce processus, a expliqué Denis Baillairgé. Selon moi, il faut mettre la priorité sur le développement des habiletés individuelles.»

En décidant de réduire les formations, le circuit de 15 équipes imiterait la ligue midget espoir qui a utilisé ce règlement depuis sa création.

Hockey Québec est prêt à appuyer cette décision.

«Avec 17 joueurs, les équipes ne peuvent pas tricher et les athlètes ont plus de temps de glace, a souligné Sylvain B. Lalonde. Je crois que ça pourrait aider leur développement.»

Est-ce que ce changement va révolutionner le hockey québécois de façon importante? On en doute, mais c’est un essai qui vaut la peine d’être tenté.