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Délits de fuite

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Le gouvernement a commis trois délits de fuite en un jour: trois projets de loi déposés le dernier jour de la session, évitant la timide inquisition de la période de questions.

Je ne reviendrai pas sur celui qui recréera le registre des armes à feu, inutile et jouant sur l’émotion irrationnelle. Mais ceux sur les commissions scolaires et la mise en marché des vins québécois montrent que le manque de courage et la cupidité du gouvernement supplantent tout esprit de service public.

Un vin suret

Bien sûr, le vin québécois aboutira enfin sur les tablettes des épiceries. Le ministre aurait pu en profiter pour changer la règle absurde qui empêche le client d’une épicerie de connaître le cépage du vin acheté. Mais non! Le vigneron québécois devra faire un double étiquetage: indiquer le cépage sur les bouteilles exportées et celles qui vont à la SAQ, et retirer cette info pour celles qui sont destinées aux épiceries.

Le manque de courage et la cupidité du gouvernement supplantent tout esprit de service public. Out !  la quête de prospérité ! Out !  le respect du consommateur-contribuable !

Contrairement à ses promesses, l’État complique la vie des commerçants et prive le consommateur d’information...en espérant le pousser vers la SAQ, sa vache à lait.

Pire encore, l’État garde le monopole de la vente en ligne. Les épiceries virtuelles ne pourront pas vendre les vins et apéros québécois. Le créateur de l’une d’entre elles confirme que les vins de Colombie-Britannique se vendent en ligne, mais qu’il ne pourra pas offrir l’apéritif au bleuet du Lac-Saint-Jean ou le petit vin blanc de l’île d’Orléans.

On fustige les petites entreprises du Québec pour les convaincre de se vendre enfin sur le web et, du même souffle, le ministre garde les vignerons à l’âge de pierre, otages des gourmandises et incompréhensions de la SAQ. Out! la quête de prospérité! Out! le respect du consommateur-contribuable!

Le gérant d’estrade

De son côté, le ministre de l’Éducation a décidé... de ne rien décider. Il abolit les élections scolaires... sauf là où le «public» veut les garder. Il ne fusionne pas, préserve la taxe scolaire et invente un conseil des commissaires bizarre, bénévole et inédit, élu lors d’une assemblée de parents. On subodore déjà que cela favorisera le copinage, les arrangements en coulisse. Pourquoi pas un vote électronique? Entrons dans le XXIe siècle, que diable!

Ce qui coûte cher, dans les élections, c’est la confection des listes électorales, pas le scrutin lui-même. Les districts scolaires ne sont pas calqués sur le découpage municipal ou provincial, ce qui dédouble le travail.

En permettant de maintenir les divisions et les élections, sans exiger un découpage pour n’avoir qu’une liste à dresser, le ministre laisse entier le spectre d’élections coûteuses. Il économise le salaire des commissaires, mais se garde un bien pratique bouc émissaire: il pourra continuer à blâmer les commissions scolaires pour toute dérive ou coupe.

Il ne règle aucun vrai problème. Ni le sort des jeunes enseignants, ni la rareté des experts qui passent leur temps sur la route, ni le tout petit calendrier scolaire qui ne fait même plus ses 180 jours, cinq heures par jour. Le ministre a cependant le temps, dans sa loi, de jongler avec le jargon indigeste de ses pseudo-pédagogues. Il remplace par exemple «plan stratégique» par «plan d’engagement vers la réussite». Quel courage!

 

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