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Les mensonges répétés financés par Exxon-Mobil

A sign is seen in front of the Exxonmobil Baton Rouge Refinery in Baton Rouge, Louisiana.
REUTERS

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Le procureur général de l'État de New York, monsieur Éric Schneiderman, vient d'envoyer une assignation à comparaître (subpoena) aux dirigeants de la plus grande pétrolière intégrée au monde, l'américaine Exxon Mobil, compagnie mère de la canadienne, la pétrolière Imperiale qui commercialise ses produits sous le nom d'Esso. Faut le faire. Esso « on the run » comme le dit sa publicité très songée.

On a bien beau critiquer l'hégémonie américaine, mais laissez-moi vous dire qu'aux États-Unis, on ne niaise pas longtemps avec les individus et les compagnies, petites et grosses, qui fraudent, qui mentent et qui s'adonnent à la corruption, la collusion et aux pratiques anticoncurrentielles. On n'a qu'à penser à la pétrolière BP qui a versé environ 40 milliards de dollars pour sa pollution dans le golfe du Mexique et au producteur d'énergie, le plus gros aux States, Enron et son cabinet d'experts-comptables Arthur Andersen, un des cinq plus importants au monde, qui ont été poussés à la dissolution et à la faillite par le gouvernement américain suite à des actes frauduleux. Aux États-Unis, les coupables ne se retrouvent pas face à des amendes bonbons ou à des absolutions comme ici au Québec. Le département de la justice aux États-Unis a plus, disons, de mordant et de dents, que notre récente commission d'enquête Charbonneau sur la collusion et la corruption. Et que notre dernier comité provincial burlesque sur les paradis fiscaux qui a abouti en grosses farces grotesques où personne n'a été accusé formellement. Et où il a été convenu de ne pas utiliser de gros mots méchants à l'endroit de ces filouteurs de première classe.

Imaginez-vous donc, qu'Exxon Mobil, BP, Shell, Texaco et consœurs savent, sur la base de données scientifique et leurs propres études, depuis les années 80, que le pétrole contribue au réchauffement climatique. Que faire alors devant ce fait inéluctable qui peut amputer leurs profits milliardaires et les émoluments des patrons? Ben simple. Nier la réalité et prétendre tout à fait le contraire, grâce à de nombreuses compagnes de relations publiques; à des tonnes de réclames publicitaires fallacieuses dans les médias d'information; en se payant grassement des experts et des universitaires vendus; en créant et en subventionnant des organismes pseudo-indépendants non gouvernementaux (ONG) aux noms pompeux comme Friends of Science, Ethical Oil et Global Climate Coalition; en s'adjoignant, évidemment, les services de milliers de lobbyistes et aussi, comme vous le savez sans doute, en finançant directement et indirectement à coup de milliards, les bons partis politiques comme les républicains aux États-Unis, les conservateurs au Canada et les libéraux au Québec. Toujours le même ignoble pattern pour anesthésier la population et la soumettre aux diktats des puissants.

Exxon Mobil persiste et signe

Au mois de novembre dernier, la première ministre néo-démocrate de l'Alberta, madame Rachel Notley vient de promulguer une nouvelle politique climatique, qui a reçu l'assentiment de plusieurs pétrolières dont Suncor, Cenovous et Shell, mais pas Exxon Mobil et sa filiale canadienne Esso : «Climat. Au moins un gros joueur (Esso) refuse pour l'instant d'appuyer la nouvelle politique du gouvernement albertain » (La Devoir, 24 novembre 2015). À cet effet, Lorrain Mitchelmore, la présidente de Shell Canada, une filiale de Royal Dutch Shell a dit : «Il ne s'agit pas d'une politique parfaite, mais je crois que c'est probablement la politique la plus équilibrée et la plus réfléchie qui j'ai vue». Mais pas pour Exxon Mobil pour qui leurs profits priment sur la vie.

 Les élucubrations négationnistes d'Exxon

Ah, que viens-je de retrouver dans mes vieux articles de journaux? Un article du Journal de Montréal daté du 29 juin 2005, repris du Wall Street Journal, et intitulé : «Le président d'Exxon ne croit pas au réchauffement de la planète». Il n'est malheureusement pas le seul écervelé. Dans son club, il y a le prétendant à l'investiture républicaine afin de devenir président des États-Unis, le beau blond assez fou pour l’enfermer, Donald de son prénom. : «Trump ne croit pas au changement climatique » (Le Journal de Montréal, 25 septembre 2015).  Chez nous, il y a notre «coloré » conservateur national : « Maxime Bernier met en doute le réchauffement climatique » (Le Devoir, 16 mars 2010). Pour Donald Trump et Maxime Bernier, la nuance et le doute ne font pas partie de leur tasse de thé.

Exxon Mobil se paie des élus, des universitaires et ...

Tout simplement merveilleuse cette brève parue dans La Presse du 19 juin 2005 concernant Esso : « Exxon, ce géant pétrolier a recruté le principal conseiller environnemental (républicain) de la Maison Blanche, Philip Cooney, quelques jours après qu'il eut quitté ses fonctions officielles. Le même M. Cooney qui a récemment été accusé d'avoir altéré des rapports gouvernementaux pour minimiser l'effet des gaz à effet de serre...

Organismes « indépendants », mais financés par le patronat

Ah ben, voilà que le groupe de « réflexion » financé entre autres par - oh surprise - Exxon Mobil, l’Américaine Entreprise Institute, a eu la bonne idée, pour faire avancer la science, d'éclairer nos lanternes et aider l'humanité de faire parvenir des lettres à de nombreux scientifiques universitaires, économistes, etc. pour les inviter, en allongeant aussi 10 000 piastres pour fins de motivation, à écrire des rapports défavorables aux conclusions des experts de l'ONU : « Réchauffement climatique : une contestation payante » (Radio-Canada, 2 février 2007).

Puis, il y a eu : « Réchauffement climatique. Un lobby américain a sciemment menti » (La Presse, 26 avril 2009). Un lobby patronal qui ment, où est la nouvelle? Ici, il s'agit du Global Climate Coalition, financé encore une fois par les industries du pétrole, du charbon et de l'automobile, qui a ouvertement menti à la population et aux élus en affirmant, contrairement aux conclusions de leurs propres scientifiques, qu'il n'y avait pas assez de preuves scientifiques d'un lien entre émissions de gaz à effet de serre et réchauffement climatique pour justifier la signature du Protocole de Kyoto par les États-Unis. Stephen Harper lui, a été plus loin en affirmant que le Kyoto relevait d'un complot socialiste.

Il y a aussi, au Canada, l'organisme Ethical Oil qui, visant à faire la promotion des sables bitumineux de l'Alberta, s'en est pris à la fondation environnementale Sierra Club. Écoutez, un organisme patronal qui vient nous dire, comme ça, que le pétrole issu des sables bitumineux de l'Alberta est un pétrole «éthique», ça dépasse vraiment les bornes et c'est nous prendre pour des imbéciles : « Ethical Oil s'attaque au Sierra Club » (Le Devoir, 19 décembre 2012). Le monsieur « éthique » qui a créé le groupe humaniste du Ethical Oil, monsieur Velshi, l'a fondé immédiatement après avoir quitté son poste de directeur des communications du ministre fédéral conservateur Jason Kenney. Ah ben, comme les choses finissent toujours bien pour ceux qui sont du côté des pachas, et du fric, qui ont joyeusement financé cet organisme « éthique ». C'est pas à moi que ça arriverait de si belles choses.

Même ici au Québec, la riche et puissante industrie pétrolière a subventionné en 2013 la création, aux Hautes études commerciales de Montréal (HEC), de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie dirigé par l'émanant professeur Pierre-Olivier Pineau, qui ne parle jamais en mal, il va de soi, de « ses » pétroliers et que les médias présentent toujours comme un expert « indépendant » et intégralement «neutre ».

Un autre universitaire scientifique à la solde d'Esso

On a appris que le célèbre scientifique Willie Soon, présenté comme astrophysicien à l'Université Harvard, n'a jamais été astrophysicien à l'université Harvard. Il n'avait jamais mentionné qu'il avait reçu plus de 1,2 million de dollars de l'industrie pétrolière, incluant bien évidemment Exxon Mobil. Ce charlatan a toujours défendu « scientifiquement » que l'humain n'avait aucune influence sur le climat et que c'est le soleil qui causait le réchauffement climatique. Des animateurs de radio comme Éric Duhaime et  Jeff Fillion de Québec s'abreuvaient à de telles études tronquées afin de nommer de toutes sortes de qualificatifs peu élogieux les défenseurs «socialistes » et «humanistes » du réchauffement de la planète. Avec le sous-financement de l'éducation, il y aura de plus en plus de scientifiques et d'universitaires à vendre par cher. Groupes communautaires qui sont sans le sous, prière de vous abstenir de l'encan d'universitaires en question.

Tiens pourquoi pas un autre cas pathétique démontrant la vraie nature des pétrolières et de leurs affranchis de tout ordre? Il s'agit du groupe financé lui aussi par les pétrolières, Friends of Science, qui s'est payé de nombreux panneaux publicitaires affirmant faussement que le soleil est le principal facteur du changement climatique et pas du tout l'humain : «Un groupe climato-sceptique blâmé pour publicité trompeuse » (La Presse, 23 mai 2015). Selon moi, la prison aurait été préférable au blâme.

Shell aussi menteur qu'Exxon Mob

« Sables  bitumineux. Publicité mensongère sur l'écologie » (Journal de Montréal, 14 août 2008). Le groupe Royal Dutch Shell poursuivie pour avoir menti, pas par les instances canadiennes, mais par les autorités britanniques, pour avoir prétendu que le pétrole extrait des sables bitumineux de l'Alberta relevait du «développement durable». D'autres trouvent que c'est du pétrole «éthique» et Stephen Harper appelait ça une «ressource renouvelable». C'est du n'importe quoi et à n'importe quel prix pour tromper le monde.
 
Enfin, même s'il existe plusieurs centaines d'exemples dans le merveilleux monde pétrolier, il y a cette nouvelle: «Shell veut bâillonner Greenpeace» (Le Devoir, 22 septembre 2012). Harper, Couillard, les pétrolières, les forestières et d'autres qui s'en prennent à Greenpeace. Ils doivent être ben méchants. Malgré leurs gestes et leurs attitudes infâmes, les pétrolières en particulier et le privé en général seront toutefois considérés comme les «good guys» qui veulent notre bien. Et dans mon texte, je n'ai même pas abordé l'évasion fiscale dans les paradis fiscaux pratiquée «éthiquement» par les pétrolières.