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Facebook, le piège

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Desjardins a puni une de ses employées pour avoir épanché sa colère sur Facebook, le 9 décembre, quand les écoles ont fermé pour cause de grève du front commun.

Avec un retentissant «va travailler, câliss!», elle se plaint de manquer ses journées de travail à cause d’employés de l’État mieux traités qu’elle. Elle a parfaitement le droit d’exprimer sa frustration, et contrairement à ce qu’a prétendu son employeur, son message ne contenait pas d’injures mais un juron. Et surtout, une menace.

Pour éviter le trouble, accrochons deux bas de Noël à l’entrée : un pour les clés d’auto, l’autre pour les téléphones cellulaires

L’agente de recouvrement furieuse avertit: elle n’aura aucune compassion pour les enseignants dont le dossier tomberait entre ses mains. Elle utiliserait donc son job pour les punir! Desjardins se trompe dans le vocabulaire, mais a raison de sévir.

Souvent sur Facebook, quand on ne tourne pas sept fois nos pouces dans nos paumes avant de publier, on va juste un peu trop loin.

Exutoire

Cette histoire ressemble à bien d’autres malheureuses, où des citoyens fâchés, frustrés, mécontents se trompent sur la nature de Facebook, vaste exutoire de colère et de mépris.

En France, un motocycliste qui n’avait pas apprécié son interception a injurié les gendarmes sur une page pour amateurs de moto. Un tribunal l’a condamné à 1500 $ d’amende. Au récent congrès de la Fédération professionnelle des journalistes, un conférencier a raconté qu’un étudiant de collège a dû dédommager ses profs pour 40 000 $ après les avoir calomniés sur une page Facebook qui ne comptait que... 40 abonnés.

Un peu partout dans le monde, les tribunaux considèrent Facebook comme un média, et non une alcôve privée. Pourtant, à écrire dans la paume de nos mains, dans le confort de notre foyer, pour des «amis», sur une page perso, on a l’illusion de l’intimité. Mais un statut privé peut faire boule de neige.

Les employeurs savent que la réputation d’une entreprise peut partir en vrille pour une vétille. Ils vérifient désormais les Facebook de leurs recrues et de leur personnel et sévissent parfois. La jurisprudence, jusqu’à maintenant, leur donne raison. Au Saguenay, la société de transport a sanctionné un chauffeur qui avait publié des photos peu avantageuses de clients. Une journaliste de Radio-Canada a été blâmée pour avoir radié de sa page personnelle un citoyen qui la critiquait.

Le piège des fêtes

Sur ce réseau, nous sommes donc tous commentateurs et chroniqueurs à la une. Les lois sur le libelle, le droit à la réputation s’appliquent au quidam comme au pro. Cet extraordinaire et précieux outil permet à des citoyens de se faire entendre hors des ornières médiatiques habituelles, mais représente aussi un traquenard pour les impulsifs.

Ce piège se referme, particulièrement dans la période des fêtes et des partys, quand énervés, fatigués, éméchés, trop festifs ou téméraires, certains épanchent leurs humeurs sur les réseaux sociaux, en publiant des statuts et photos compromettants, qui alourdiront les maux de tête du lendemain.

Pour éviter le trouble, accrochons deux bas de Noël à l’entrée: un pour les clés d’auto; l’autre pour les téléphones cellulaires. Non seulement cela évite de publier sans réfléchir au péril de sa réputation, mais comme bonus, on passe une bien belle soirée à s’occuper vraiment des gens présents en chair et en os, sans s’éparpiller dans le monde virtuel...