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Acquisition hostile par le groupe Vivendi? L'avenir d'Ubisoft au Québec pourrait être compromis

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Depuis le début de l’automne, le géant Vivendi accumule des actions d’Ubisoft. Il ne nie pas qu’il cherche à prendre le contrôle de l’entreprise.

La possibilité du rachat d’Ubisoft par le groupe français Vivendi et le milliardaire Vincent Bolloré pourrait s’avérer très coûteuse pour l’industrie québécoise du jeu vidéo, qui risque de perdre de nombreux emplois et de voir son écosystème du jeu vidéo être déstabilisé, selon un expert.

«C’est sûr qu’il y aura des pertes d’emplois si ça se passe, commente l’expert indépendant Alexis Le Marec. Il y aura une rationalisation des dépenses. Vivendi n’a aucun intérêt logique à employer autant de personnes au Québec.»

La presse française a rapporté à la fin octobre que Vivendi était devenu le premier actionnaire d’Ubisoft, avec 10 % du capital et un investissement de 500 millions $ US. Ubisoft emploie près de 3000 personnes au Québec. Gameloft, la filiale mobile d’Ubisoft, est aussi dans le viseur de Vivendi.

Vivendi est une entreprise de Vincent Bolloré, un milliardaire qui détient aussi des intérêts dans une usine de piles pour voitures électriques à Boucherville. L’entreprise est le propriétaire notamment de la chaîne câblée Canal + en France.

La famille Guillemot, qui contrôle Ubisoft en ce moment, est opposée à la manœuvre de Bolloré.

Des flèches contre Vivendi

Le grand patron d’Ubisoft , Yves Guillemot, a d’ailleurs profité du party de Noël d’Ubisoft pour décocher à mots couverts des flèches contre Vivendi.

«On va faire en sorte que personne ne puisse nous empêcher de continuer (à opérer). Et bien sûr, il faudra que vous nous aidiez tous pour réaliser ça», a-t-il dit, déclenchant un tonnerre d’applaudissements.

Selon Alexis Le Marec, Ubisoft a comme culture de garder les employés à long terme. Vivendi a une approche inverse, axée sur la rentabilité à court terme, dit-il.

«Si Bolloré prend le contrôle d’Ubisoft, il va faire virer beaucoup de monde à Montréal», assure-t-il.

Selon lui, Vivendi veut contrôler Ubisoft surtout pour réaliser des synergies avec Canal + en France.

«Ça n’a pas de sens d’avoir autant de monde au Québec pour Vivendi», dit-il.

En entrevue, Jean-Sébastien Boulard, président du comité sur la disponibilité et la compétence de la main-d'œuvre à l’Alliance numérique, a avoué suivre la situation de près.

«Ubisoft, c’est le tiers des emplois dans le jeu vidéo à Montréal. C’est un joueur important», a-t-il indiqué.

Yoshua Bengio, titulaire d’une chaire de recherche sur l’intelligence artificielle à l’Université de Montréal financée en partie par Ubisoft, s’est borné à dire qu’Ubisoft avait «une présence très importante dans l’écosystème du jeu vidéo montréalais».

Contacté en France, le porte-parole de Vivendi, Jean-Louis Erneux, a affirmé qu’il était trop tôt pour spéculer sur les effets sur Montréal d’un rachat.

Le porte-parole d’Ubisoft au Québec, Fabrice Giguère, dit que la tentative de rachat de Vivendi est «non sollicitée» et qu’Ubisoft veut rester indépendant.

«C’est tout ce que je peux dire pour le moment», a-t-il commenté.

Profil d’Ubisoft au Québec

♦ Le salaire annuel varie de 40 000 à 73 000 $ par année dans le secteur du jeu vidéo. En comparaison, le salaire médian annuel au Québec était de   37 000 $ en 2012.
 
♦ D'ici 2020, Ubisoft devrait employer plus de 3500 professionnels au sein de ses studios québécois. 
 
♦ L'éditeur de jeux vidéo génère déjà le tiers des emplois du secteur au Québec.