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Claude-Henri Grignon avait-il tout faux?

Claude-Henri Grigon
Photo d'archives

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Claude-Henri Grignon, «le lion du Nord» est de loin l’auteur le plus connu de notre littérature. Son roman Un homme et son péché, publié en 1933, ne cesse de faire des petits. Durant 24 ans, Radio-Canada en a diffusé une adaptation radiophonique, puis la télévision a diffusé de façon presque continue les 495 épisodes de la série Les belles histoires des pays d’en haut. Le roman a aussi fait l’objet de trois longs-métrages, inspiré une bande dessinée, une pièce de théâtre et donné naissance au Village de Séraphin, déserté depuis 20 ans.

À peu près tous les téléspectateurs québécois ont vu le téléroman de Radio-Canada. Ses trois réalisateurs, Bruno Para­dis, Fernand Quirion et Yvon Trudel, ont brossé une fresque lente et romantique tournée à l’ancienne. Elle exhale le folklore et la sacristie, et elle est bercée par l’adagio d’Alexandre Glazounov, devenu un ver d’oreille pour la plupart des Québécois.

Du Grignon (?) tout neuf

À compter du 11 janvier, presque tous les personnages mythiques de Grignon se retrouveront à Radio-Canada. Ils seront aussi méconnaissables que la série elle-même. L’œuvre de Grignon est devenue violente, presque gore. On y règle les différends à coups de poing ou à la pointe du fusil. On fume et on enfile les whiskys à la chaîne comme dans les saloons du Far West. On sacre et on baise sans état d’âme, comme dans C.A. de Louis Morissette, et on voyage à dos de cheval comme dans les westerns de Sergio Leone.

Dépouillé de son bonnet de laine élimé et du «viande à chien» qui rythmait son dialogue guttural, Séraphin, qu’incarne avec finesse et intelligence le jeune Vincent Leclerc, est manipulateur, cynique et sournois. Comme l’était J.R. dans Dallas. Quant à Donalda (Sarah-Jeanne Labrosse), c’est la volte-face totale, le double salto arrière. La Donalda résignée, pieuse et soumise de Grignon est devenue revendicatrice. On croirait entendre Janette Bertrand. Pas celle de Toi et moi, mais celle d’Une charte pour les femmes.

Le gros curé est partout

Le curé Labelle, c’est «le réveil de la force»! L’homme frondeur, mais réfléchi qu’incarnait Paul Desmarteaux s’est transformé en matamore. Fort en gueule et en rêves impossibles, il dilapide son argent, distribue les coups de poing comme son ancêtre Desmarteaux la communion et fait cul sec du whisky plutôt que du vin de messe. Il est partout et prend toute la place. Du moins, dans les premiers épisodes.

Claude-Henri Grignon avait-il tout faux? Ou serait-ce Gilles Desjardins, l’auteur de la nouvelle série, qui a tout faux? La vérité se situe probablement entre les deux. À l’époque, la vie était sûrement moins calme, moins folklorique et moins bondieusarde que l’a écrit Grignon, mais sûrement moins turbulente, moins «laïque» et moins revendicatrice que le montre Desjardins.

Les téléspectateurs devraient être au rendez-vous en grand nombre. Les plus vieux pour constater que le Québec de la fin du 19e siècle qu’on leur a appris à l’école n’a rien à voir avec l’image que veut en imposer aux plus jeunes cette nouvelle série. Je laisse aux historiens le soin de séparer le bon grain de l’ivraie, si jamais ils réussissent à s’entendre.

Bouillant comme je l’ai connu, si Claude-Henri Grignon ne trouve pas le moyen de venir défendre ses personnages, c’est qu’il n’y a pas de télévision où il se trouve!

Télépensée du jour

C’était, hier, la journée mondiale de l’orgasme. Malheureusement, je ne l’ai appris que ce matin.