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Des patients en fin de vie inquiets

Même si le Québec a gagné en Cour d’appel son combat pour l’aide médicale à mourir

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Le combat juridique sur l’aide médicale à mourir a beau être terminé, des malades craignent de devoir continuer à lutter afin d’avoir accès aux traitements pour mettre fin à leurs jours.

La Cour d'appel a donné raison hier au gouvernement du Québec. Les articles de la Loi sur les soins de fin de vie concernant l'aide médicale à mourir sont valides, et les médecins québécois pourront poser ces gestes sans s’exposer à des accusations criminelles.

Une victoire pour les patients en fin de vie qu’a saluée le Conseil pour la protection des malades, tout en s’inquiétant pour la suite des choses.

«Cette loi comporte des défis importants pour notre réseau de la santé. Les grands malades ont déjà de la misère juste pour voir un médecin. Ça va être laborieux. Je crains qu’on ait de la difficulté à offrir les services aux malades», a commenté le président du Conseil Paul G. Brunet.

Médecins sur la défensive

Lisa D’Amico, une dame souffrant d’un déficit moteur cérébral, s’était alliée­­ au Dr Paul Saba pour lutter contre l’aide médicale à mourir.
Photo d'archives, Chantal Poirier
Lisa D’Amico, une dame souffrant d’un déficit moteur cérébral, s’était alliée­­ au Dr Paul Saba pour lutter contre l’aide médicale à mourir.

Le plus haut tribunal de la province annule ainsi en partie une décision rendue en décembre par le juge de la Cour supérieure Michel Pinsonnault.

Ce dernier avait donné raison à Lisa D’Amico – souffrant d’un déficit moteur cérébral – et au Dr Paul Saba, qui estimaient que l’aide médicale à mourir était «incompatible» avec le Code criminel canadien, qui interdit le suicide assisté. Une décision que le gouvernement du Québec avait portée en appel.

La province pourrait toutefois devoir s’ajuster en fonction de la loi que doit élaborer le gouvernement fédéral au cours des prochains mois. Aussi, le tribunal a fait savoir que Mme d’Amico et le Dr Saba pourraient contester à nouveau l’aide à mourir sur le fond, en s’appuyant sur d’autres motifs­­.

De son côté, bien que «satisfait», le Collège des médecins demeure sur ses gardes.

«La loi provinciale est claire. Mais ça demeure compliqué tant que ça ne sera pas réglé au fédéral (...) Peut-être que certains médecins seront hésitants», a admis le président Charles Bernard.

Justice

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette a tenu hier à rassurer la population: le système de santé est «prêt» à appliquer cette loi.

«Nous avons eu 18 mois pour nous préparer. C’est une journée positive pour les patients en fin de vie à qui on avait fait miroiter la possibilité d’un choix, qu’un individu à tout fait ensuite pour leur enlever.»

«Il n’y a plus d’épée de Damoclès au-dessus de notre loi. Les gens en fin de vie peuvent être soulagés», s’est aussi réjouie la mère de la loi sur l'aide médicale à mourir, la députée péquiste Véronique Hivon.

– Avec la collaboration de Claudia Berthiaume

 

L’aide médicale à mourir

C’est quoi?

L’administration de médicaments par un médecin à une personne en fin de vie, à la demande de celle-ci, dans le but de soulager ses souffrances en entraînant son décès.

Qui pourrait en bénéficier?

Un malade qui réunit plusieurs conditions, dont:

  • Être majeur et apte à con­sentir aux soins de fin de vie
  • Être atteint d’une maladie grave et incurable
  • Être en fin de vie
  • Souffrir d’une situation médicale en déclin avancé et irréversible
  • Éprouver des souffrances physiques et psychiques constantes et insupportables
  • Le médecin traitant doit obtenir l’avis d’un second médecin indépendant

Qui en est exclu?

De nombreux cas de malades. Par exemple:

  • Une personne dépressive qui n’est pas atteinte d’une maladie incurable
  • Une personne très malade, mais dont la maladie peut être soignée
  • Un malade atteint d’une grave maladie, mais dont l’espérance de vie est de plusieurs années
  • Une personne lourdement handicapée, mais dont la maladie peut être soignée et qui peut vivre encore plusieurs années
  • Une personne gravement malade, mais qui n’est pas en fin de vie

 

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