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Léo-Guy Morrissette tire sa révérence

Le retrait de l’homme, aux prises avec des ennuis de santé, marque la fin d’une époque dans le hockey québécois

Léo-Guy Morrissette prend du mieux, assure-t-il. Sa jambe gauche a gardé des traces de l’AVC, mais il pense pouvoir récupérer sa condition physique d’ici un an.
Photo Roby St-Gelais Léo-Guy Morrissette prend du mieux, assure-t-il. Sa jambe gauche a gardé des traces de l’AVC, mais il pense pouvoir récupérer sa condition physique d’ici un an.

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SAINT-GEORGES | Avant d’y laisser sa peau, Léo-Guy Morrissette s’est résigné à abandonner ses actifs du Cool FM de Saint-Georges dans la Ligue nord-américaine de hockey (LNAH). Le vénérable homme d’affaires a subi un accident vasculaire cérébral (AVC) en septembre dernier. La maladie aura finalement eu raison de la passion de celui qui a baigné durant 50 ans dans le hockey.

Depuis le 17 décembre, l’équipe est dirigée par la LNAH. Il en sera ainsi jusqu’à ce que des acheteurs soient trouvés.

« J’ai eu 151 joueurs qui ont joué dans la Ligue nationale. C’est du stock ! Qui dit mieux ? C’est une fierté pour moi et ma famille. » — Léo-Guy Morrissette

Avant de la remettre à la Ligue, Léo-Guy Morrissette avait confié la gestion des affaires quotidiennes de la concession à son épouse Paulette Thériault. «Sans elle, le club serait déjà fermé!» affirme l’homme de hockey. Mais la goutte a fait déborder le vase il y a deux semaines quand le septuagénaire a été hospitalisé de nouveau.

«C’est là que j’ai décidé que c’était fini. J’ai avisé la Ligue et la Ville qu’ils devaient trouver quelqu’un, que je vendais le club pas cher. Je ne veux pas mourir, moi! À 70 ans, je dois être capable de vivre encore 10 ans. J’ai décidé de les vivre à ma façon. J’ai fait 50 ans de hockey, c’est assez», expose M. Morrissette, rencontré récemment à sa résidence de Saint-Georges par Le Journal.

Un vendredi noir

L’après-midi du 4 septembre est encore bien frais dans la mémoire de celui qui a marqué à sa façon le milieu du hockey québécois. Après une autre journée chargée, tout a basculé alors qu’il se trouvait au salon. Tout son corps du côté gauche, de l’épaule au pied, ne répondait plus.

«J’ai dormi pendant une quinzaine de minutes, puis mon bras gauche est tombé. Je me disais qu’il devait être engourdi. Je me suis levé et je suis tombé à terre. C’est là que j’ai vu que je ne sentais plus rien du côté gauche», se rappelle-t-il.

«J’ai appelé mon fils qui venait d’arriver en ville. C’est lui qui m’a aidé à marcher et on est allés à l’hôpital où j’ai vu que c’était ça [un AVC]. Plus rien ne marchait pour moi. Ça avait été une grosse journée puisque j’étais allé trois fois à Sainte-Marie pour faire immatriculer mes voitures antiques.»

Un choc

Trois mois à l’hôpital ont suivi, dont trois semaines intensives à la suite de l’attaque cérébrale. Puis plusieurs séances de rééducation. La pilule a été difficile à avaler, d’autant que M. Morrissette n’était à la tête du Cool FM que depuis un an après avoir littéralement remis la franchise sur les rails.

«Ce fut tout un choc. Je suis un gars qui a toujours, au minimum, travaillé 10 heures par jour, sept jours par semaine. Je ne bois pas, je ne fume pas et j’ai ma femme. Je n’ai pas le choix d’arrêter le hockey, sans quoi je vais retomber encore, selon mes médecins. Je veux garder la vie qu’il me reste pour profiter de ma famille. Quand tu fais du hockey, c’est tout le temps.»

 

COOL FM

« Il n’y avait rien, j’ai rebâti l’équipe »

Aux prises avec divers problèmes de santé depuis quelques années, Léo-Guy Morrissette ne regrette pas de s’être installé dans la capitale de la Beauce pour remettre sur pied l’équipe de la Ligue nord-américaine, bien que ce choix lui ait peut-être coûté sa passion, finalement.

L’ancien propriétaire, entre autres, du Titan de Laval et du Titan d’Acadie-Bathurst dans la LHJMQ jusqu’en 2013 a pris les commandes du Cool FM en juin 2014 dans ce qui est devenu sa deuxième aventure avec le circuit Godin, après une expérience initiale à Trois-Rivières.

«J’étais déjà très hypothéqué. Mon médecin me disait de prendre du repos et je n’en prenais pas. On se dit: un peu plus ou un peu moins, mais ça n’a pas fait. Quand je suis arrivé ici [à Saint-Georges], ce n’était pas ce que je pensais. J’ai été obligé de recommencer au complet. Il n’y avait pas d’équipements, il n’y avait rien dans les bureaux et d’autres affaires. C’est comme si on partait avec rien. J’ai rebâti l’équipe», raconte l’homme d’affaires, pas peu fier.

En quête d’acheteurs

Celui qui est reconnu pour son franc-parler attend maintenant que le milieu des affaires de Saint-Georges se lève. Pas question que l’équipe déménage. Même son de cloche à la Ligue, qui vise un dénouement «le plus rapidement possible».

«Sur papier, c’est la meilleure équipe. Il n’y a pas de raison pour que l’équipe ne se rentabilise pas», lance le coloré personnage.

«On est en discussion avec des gens d’affaires qui veulent créer un consortium. La Ligue n’est pas organisée pour gérer un club. Temporairement, oui, mais pas à long terme», explique le grand patron de la LNAH, Michel Godin.

La ligue reconnaissante

Godin ne tarit d’ailleurs pas d’éloges envers Léo-Guy Morrissette pour le travail qu’il a accompli avec l’organisation beauceronne. «Il a fait beaucoup de boulot. Ça faisait deux ans que l’équipe était très en difficulté, elle était sur le bord d’arrêter complètement ses activités. Maintenant, elle va en progression ascendante sur le plan hockey et les foules sont bonnes.»

Le Cool FM a été éliminé en sept rencontres par Trois-Rivières au tour initial des séries l’an passé. La formation pointe actuellement au cinquième rang du classement (11-10-1), à huit points du sommet.

 

Baisse des foules dans la LHJMQ

« Le hockey, c’est un jeu d’émotions »

Le Cool FM se cherche un nouveau propriétaire. Léo-Guy Morrissette a remis les clés à la LNAH.
Photo courtoisie, LNAH
Le Cool FM se cherche un nouveau propriétaire. Léo-Guy Morrissette a remis les clés à la LNAH.

Les baisses d’affluence à travers la LHJMQ, à laquelle le circuit a été associé pendant trois décennies, doivent obliger ses bonzes à réagir, croit Léo-Guy Morrissette.

«Oui, il y a une prise de conscience à faire. Il faut qu’ils s’interrogent afin de savoir pourquoi il y a moins de monde dans les estrades. Nos arénas sont pourtant beaucoup mieux qu’anciennement, les billets ne sont pas chers pour la qualité du produit. Les jeunes, faut en prendre soin et ça prend de l’argent», confie-t-il en pesant bien ses mots.

«Au niveau du jeu, va falloir qu’ils regardent ça. Je suis contre la violence, mais le hockey, c’est un jeu d’émotions, de contacts, et quand bien même ils voudraient empêcher cela... Les jeunes ne peuvent pas réagir [après un but en tapant sur la bande]. C’est un show qu’on donne, mais certains ne comprennent pas.»

La discussion éveille aussi en lui des souvenirs reliés aux hockeyeurs qui sont passés par ses équipes. «J’ai eu 151 joueurs qui ont joué dans la Ligue nationale. C’est du stock! Qui dit mieux? C’est une fierté pour moi et ma famille.»

La LNAH supérieure

À ses yeux, actuellement, la LNAH offre le meilleur niveau de jeu sur la glace. Et de loin. Au cours des dernières années, plusieurs anciens de la LNH et d’autres ligues professionnelles s’y sont greffés.

«Dans la province, c’est le meilleur calibre! On l’a amélioré beaucoup. Il y a encore de petites affaires, mais il n’y a plus sept, huit bagarreurs par équipe. Dans chaque équipe, il y en a deux. C’est tout ce dont on a besoin. J’ai travaillé très fort pour améliorer les facettes du jeu avec le président de la Ligue [Michel Godin] et M. Gaudette auparavant», mentionne-t-il, déplorant au passage le manque continuel de couverture des grands médias.

 

SES ÉQUIPES

1 – Titan de Laval (LHJMQ)*
2 – Lynx de Saint-Jean (LHJMQ)
3 – Titan d’Acadie-Bathurst (LHJMQ)**
4 – Viking de Trois-Rivières et Caron & Guay de Trois-Rivières (LNAH)
5 – Cool FM de Saint-Georges (LNAH)
6 – Titan du Collège Laflèche (Junior AAA)
 
*Coupe du Président en 1989, 1990 et 1993
**Coupe du Président en 1999