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RER Hydro: plus de 49 M$ jetés dans le fleuve

De l’argent public et privé a été perdu en créances à un fabricant d’hydroliennes maintenant en faillite

Le président de RER
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Celui qui devait devenir «le leader mondial» des hydroliennes de rivières est maintenant en faillite. Et même si RER Hydro n'en a mis à l'eau qu'une seule, les réclamations de 170 entreprises totalisent plus de 49 M$.

Après avoir occupé quatre juges et les tribunaux depuis juillet 2014, les créanciers ont refusé les dernières propositions du promoteur derrière RER Hydro, Imad Hamad.

D’un projet de six hydroliennes, une seule turbine a été déposée dans le lit du fleuve Saint-Laurent, tout près du pont de la Concorde, qui relie Montréal à l’île Sainte-Hélène. Avec sa capacité de 250 kW, elle aurait pu alimenter moins de 50 sécheuses électriques domestiques à la fois.

Le président de RER
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M. Hamad pointe l’élection du gouvernement Couillard, au printemps 2014, pour ses déboires financiers. Celui-ci n’a pas rendu les appels du Bureau d’enquête.

Dans les documents déposés à l’assemblée des créanciers qui a scellé le sort de l’entreprise, il déclare «que l’origine des problèmes financiers de sociétés provient principalement du retrait du gouvernement» après l’élection du gouvernement libéral.

Plusieurs promesses

Étant donné qu’il s’agissait d’une énergie verte, les gouvernements fédéral et provincial étaient fiers d’annoncer au cours de différentes conférences de presse depuis 2010, des subventions et des aides gouvernementales.

L’entreprise devait d’abord créer 1000 emplois, un nombre finalement revu à la baisse, à 600 emplois, en novembre 2013.

Yves Richer, Entreprise Mistras
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Yves Richer, Entreprise Mistras

Avec la contribution d’Hydro-Québec, la somme des aides gouvernementales attribuée à RER Hydro pour son projet hautement salué par les écologistes dépassait les 40 millions $, un montant quasi sans précédent compte tenu de la taille de l’entreprise, selon ce qu’avait révélé le Bureau d’enquête en décembre 2013.

En novembre 2013, lors d’une conférence de presse réunissant des centaines d’invités, le gouvernement Marois avait annoncé une contribution gouvernementale de 25 millions $ à l’entreprise qui devait mettre en chantier six turbines dans un parc de démonstration en face de Montréal, auxquelles se seraient ajoutées une quarantaine d’autres par la suite.

Il avait renoncé à commercialiser ce type d’hydrolienne

En 2008, l’entreprise Mistras de Sainte-Julie, avec à sa tête Yves Richer, avait également été choisie sous le gouvernement Charest pour développer un projet d’hydroliennes de rivières, lesquelles auraient pu être utilisées dans les régions éloignées, notamment pour remplacer le mazout.

Après avoir reçu 1,5 million $ du gouvernement du Québec pour développer un prototype, Yves Richer, qui multiplie toujours les projets en Amérique du Nord, a retourné un chèque de plus d’un million de dollars à Québec.

Prototype d’hydrolienne de l’entreprise Mistras, avec une grille de rebuts.
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Prototype d’hydrolienne de l’entreprise Mistras, avec une grille de rebuts.

«La réalité du moment ne nous donnait pas la projection dont on avait besoin pour penser à un développement possible de cette filière», raconte celui qui travaille actuellement à la construction d’une centrale hydroélectrique en Zambie.

Contrairement à l’hydrolienne de RER Hydro, celle du groupe Mistras était dotée d’une grille de rebuts pour protéger ses deux turbines.

Grâce à un système de ballasts, elle pouvait facilement être remontée à la surface pour son entretien, ce qui n’est pas le cas pour l’hydrolienne de démonstration de RER Hydro.

«Est-ce qu’un jour cette filière des hydroliennes de rivières par opposition aux hydroliennes de marées va devenir intéressante? On y croit, mais selon une bonne expression, Dieu sait quand et le diable s’en doute», estime Yves Richer, qui ne regrette pas d’avoir mis fin à son rêve.

Des créanciers de RER Hydro

Boeing 17,9 M$
 
Investissement Québec 11,4 M$
 
Construction Kiewit 8,1 M$
 
Serdim Aluminium 2,3 M$
 
Ministère du Revenu du Québec 2,1 M$
 
Développement économique du Canada 1,8 M$
 
Voltam de Saguenay 703 237 $
 
Marmen de Trois-Rivières 663 353 $
 
La Banque Royale 595 776 $
 
RWS ( l’ancêtre de RER Hydro ) 412 415 $