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L’élément déclencheur

20 ans déjà
photo d’archives Si nous avons remporté la coupe Stanley au printemps 1976 contre les Flyers de Philadelphie (photo) et quatre fois de suite au total, c’est en grande partie grâce à notre match contre l’Armée rouge, le 31 décembre 1975.

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Le 31 décembre 1975. Comment peut-on oublier cette date, surtout quand on s’est retrouvé au cœur de l’action?

Un match historique! Pour la première fois, la grande équipe de l’Armée rouge débarquait au Forum pour y affronter notre équipe, le Canadien, qui, cinq mois plus tard, allait vaincre les Flyers de Philadelphie en finale de la Coupe Stanley.

Les Soviétiques avaient gagné le premier match de leur tournée 7 à 3 face aux Rangers, à New York.

Il s’agissait donc pour nous d’une occasion de montrer ce que représentait le hockey pratiqué en Amérique du Nord.

Nous n’avions pas de faille au sein de notre formation. Guy Lafleur était le meilleur joueur de la Ligue nationale. Notre défense était considérée par plusieurs, et je le crois encore, comme la meilleure de toute l’histoire du hockey.

Notre attaque était bien équilibrée avec Jacques Lemaire comme grand pivot au centre. Et Yvan Cournoyer avait encore cette rapidité qui le caractérisait si bien.

Une conversation avec Tarasov

Je dois par ailleurs vous confesser que la veille du match du 31 décembre j’avais eu le privilège de jaser pendant plusieurs minutes avec le père du hockey soviétique, Anatoly Tarasov.

Un homme contesté dans son pays en raison de ses méthodes d’entraînement. D’ailleurs, on l’avait dépouillé de son titre d’entraîneur-chef de l’équipe nationale parce qu’il était intransigeant au niveau de l’entraînement de ses équipiers. Il n’y avait jamais de moment de répit pour ses joueurs.

Donc, cette journée-là, les deux équipes avaient eu un entraînement infernal en préparation du match du lendemain. J’avais demandé à nos joueurs une trentaine de minutes inten­ses.

Je voulais que tout le monde se concentre sur le défi qui nous attendait le lendemain. Ce match avait fait couler beaucoup d’encre, si vous me permettez l’expression. Jamais dans le passé, la meilleure équipe du hockey nord-américain n’avait mesuré sa force à celle de la meilleure formation européenne. Il ne s’agissait pas de deux équipes nationales, mais bien de deux équipes de ligue.

Un avant-gardiste

Tarasov était un avant-gardiste. Il a écrit plusieurs livres sur sa philosophie du hockey soviétique. C’était un entraîneur qui prônait des méthodes qu’auraient contestées les hockeyeurs d’ici.

Mais, en Union soviétique, il était le grand maître d’un hockey pratiqué à sa manière. Son équipe, l’Armée rouge, était composée des meilleurs effectifs du pays. Si un joueur connaissait du succès avec le Dynamo de Moscou, on s’organisait alors pour qu’un transfert soit effectué afin de permettre à ce joueur de se joindre à l’Armée rouge.

Valery Kharlamov, le plus spectaculaire joueur de leur histoire, avait joué dans une petite ville du nord de l’Union soviétique avant d’endosser l’uniforme de l’équipe de Tarasov.

Mais, avant la Série du siècle, l’entraîneur fut mis sur la touche parce qu’on ne croyait plus à ses méthodes d’entraînement. Les joueurs non plus, sauf Kharlamov.

Ce matin-là, après notre entraînement, alors que les Soviétiques étaient sur la patinoire, il me lança: «Je n’ai pas aimé votre entraînement. Enfin, disons que c’était correct, mais il y avait trop de temps morts. Ce que je veux dire est que tous les joueurs, sans exception, doivent constamment être en mouvement pendant un entraînement, que ce soit sur une période de 30 minutes, de 60 minutes ou de 90 minutes.»

J’avais souri, lui lançant qu’en Amérique du Nord nous avions des calendriers beaucoup plus exigeants qu’en Union soviétique.

Ce match du 31 décembre, je vous l’assure, fut l’élément déclencheur de notre saison. Je reconnais que notre match préparatoire, en septembre, à Philadelphie, avait laissé des traces alors que nous avions répondu à l’intimidation des Flyers avec notre équipe composée de plusieurs joueurs robus­tes.

Mais, ce match du 31 décembre, pour moi, nous a permis de réaliser à quel point nous formions une équipe solide, une équipe pouvant avoir de grandes ambitions.

Une équipe intraitable

Nous avions livré un match nul de 3 à 3 alors que le gardien russe Vladislav Tretiak avait fait toute la différence. Nous avions exercé une nette domination sur l’équipe de l’Armée rouge. Si je me souviens bien, nous avions pris les devants 2 à 0 grâce à des buts de Steve Shutt et d’Yvon Lambert. Yvan Cournoyer avait également marqué.

Ce fut un match merveilleusement disputé par deux grandes équipes regroupant des patineurs exceptionnels.

Après cette rencontre, nous sommes devenus une équipe intraitable. Ce fut l’élément déclencheur d’une séquence de quatre coupes Stanley.

 

Imaginez le 3 contre 3 à cette époque...

Certes, on aurait aimé gagner ce match plutôt que de sortir avec un match nul de 3 à 3.

Pourtant, comme je le précisais, nous avions dominé à tous les niveaux.

La foule était survoltée, d’une part, par la qualité du spectacle et, d’autre part, par la signification d’un match opposant le hockey soviétique au hockey nord-américain.

Quarante ans plus tard, on n’oublie toujours pas. Au contraire.

On se permet même de rêver.

Par exemple, n’aurait-il pas été emballant d’assister à une période de prolongation à trois contre trois?

Imaginez Guy Lafleur et Jacques Lemaire contre Valeri Kharlamov et Boris Mikhaïlov.

Wow!