/news/health
Navigation

Pour la famille, c’est à cause de la pilule

La famille souhaite que les risques associés à la pilule soient mieux connus

pilule
Photo courtoisie Âgée de 28 ans, Florence Aumont-Légaré est décédée d’une embolie pulmonaire, quatre jours après avoir eu des douleurs et de l’enflure à un mollet. Sa famille croit qu’une meilleure connaissance des risques liés à la pilule contraceptive aurait fait une différence.

Coup d'oeil sur cet article

La famille d’une jeune femme de 28 ans décédée tragiquement d’une embolie pulmonaire croit que cette mort aurait pu être évitée si les risques associés à la pilule contraceptive étaient mieux connus.

«C’est fâchant parce que ça aurait tellement pu être évité», confie Ginette Aumont, dont la fille est décédée.

«Une bombe»

«Si elle avait appelé le 911, ils lui auraient dit d’aller à l’urgence. Elle avait une bombe dans le mollet», ajoute la mère.

Le 24 septembre dernier a viré au cauchemar pour Florence Aumont-Légaré, 28 ans, qui est décédée d’une embolie pulmonaire.

Quatre jours plus tôt, la jeune femme avait participé à une course et avait de la douleur à un mollet. Dans les jours suivants, l’éducatrice spécialisée en centre jeunesse avait la jambe enflée, mais n’a pas cru nécessaire de consulter.

«Elle n’a jamais pensé que ça pouvait être une phlébite!» se souvient sa sœur, Ariane Aumont-Légaré.

«J’aurais tellement voulu qu’elle m’en parle, pour lui dire d’aller à l’hôpital, ajoute-t-elle. Mais je n’aurais jamais fait le lien non plus! C’est fâchant parce qu’on prenait la pilule, on aurait dû le savoir.»

Le matin du 24 septembre, Florence Aumont-Légaré a perdu connaissance au travail et s’est fendu le menton en tombant.

À l’urgence de l’Hôpital Santa Cabrini, la patiente a à nouveau perdu connaissance, et a été transférée d’urgence à l’Institut de cardiologie. Malgré les soins, elle est décédée dans la soirée.

«On était en état de choc», confie la mère.

« Elle prenait la pilule ? »

Après sa mort, les résultats montraient une embolie pulmonaire. Bien que les tests médicaux ne confirment pas de lien direct avec la contraception orale, la famille demeure convaincue qu’elle est en cause.

«La première question que tous les médecins nous posaient c’est: “Est-ce qu’elle prenait la pilule?”», se souvient Mme Aumont.

«Aucun médecin ne va dire que c’est ça à 100 %, ils ne vont jamais se mouiller,

dit-elle­­. Mais pour nous, il y a un lien direct.»

La jeune femme prenait la pilule contraceptive depuis plusieurs années, mais elle n’avait jamais eu de complications.

Pour ses proches, les femmes qui choisissent de prendre une contraception orale devraient être mieux informées des risques et des symptômes.

Symptômes inconnus

«Le problème, c’est que les femmes ne connaissent pas les signes et les symptômes d’une phlébite», s’insurge Ginette Aumont.

Pour sa sœur Ariane, le manque d’information est flagrant.

«Ce devrait être obligatoire que les médecins rappellent les risques tous les ans ou tous les deux ans, croit-elle. Même si on te le dit au début, tu oublies.»

Et bien que les avantages de la pilule dépassent largement les risques, la famille de Florence souhaite que son décès ne soit pas vain. «Ce sont de vraies femmes qui sont à risque. Ma fille n’était pas juste une statistique», rappelle Mme Aumont.

La conscientisation peut être encore améliorée

Bien que les professionnels de la santé soient tenus d’informer leurs patientes des rares risques liés à la pilule contraceptive, la prévention ne sera jamais parfaite, souligne un pharmacien.

«Les jeunes femmes sont assez bien informées, mais on pourrait améliorer la connaissance des symptômes. C’est connu, mais jamais trop connu», croit Benoît Morin, pharmacien propriétaire à Montréal.

«C’est sûr que pour une jeune femme en bonne santé, on va moins insister sur les facteurs de risque», ajoute-t-il.

Selon Santé Canada, les caillots sanguins sont un effet secondaire «rare, mais bien connu» associé à la prise de contraceptifs oraux.

En fait, des études montrent que le risque de caillots sanguins est de 4 cas sur 10 000 femmes qui prennent la pilule, comparativement à celles qui n’en prennent pas.

Parmi les autres facteurs de risque, on note l’âge (plus de 35 ans), le tabagisme, l’obésité et l’immobilité (comme en avion).

Au Collège des médecins, on souligne que les médecins doivent informer leurs patients des avantages et des inconvénients de tout médicament prescrit pour que le patient puisse prendre une décision libre et éclairée.

Par ailleurs, M. Morin reçoit à l’occasion des appels de jeunes femmes qui ont la jambe enflée.

«Je leur demande toujours si elles prennent la pilule, dit-il. Quand les symptômes sont là, je les envoie tout de suite à l’urgence. Il ne faut pas attendre au lundi matin!»

Entrevues refusées

L’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec a refusé la demande d’entrevue du Journal, car la question des mises en garde sur la pilule contraceptive ne fait pas partie de son mandat.

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec a aussi refusé la demande d’entrevue, visiblement mal à l’aise avec le sujet.

Quant au cas de Florence Aumont-Légaré, M. Morin croit que cela rappellera aux jeunes femmes de ne pas hésiter à consulter.

«Ça conscientise, mais il faut dire aussi que c’est rare», nuance-t-il.