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Appeler au décret!

Appeler au décret!
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Le rejet de l’entente de principe intervenue entre le gouvernement et le Front commun par la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) pourrait bien lui jouer un vilain tour ainsi qu’aux syndicats qui n’ont pas conclu leur négociation.

Plusieurs se réjouissaient de cette entente patronale-syndicale qui assurerait la paix dans les relations du travail pour les prochaines années entre les travailleurs de l’État et le gouvernement, mais son rejet par une des composantes du Front commun est venu jeter une douche froide sur l’enthousiasme entourant le règlement. En sus, nous retrouvons la Fédération autonome de l’enseignement et le Syndicat des professionnels du gouvernement qui ne sont pas parvenus à une entente, laissant en plan 50 000 autres travailleurs de l’État.

Il serait toutefois bien surprenant que le président du Conseil du trésor délie plus les cordons de la bourse qu’il ne l’a fait en décembre alors que certains observateurs de la scène politique lui reprochaient d’avoir trop donné. Ces observateurs ont sûrement raison en croyant que le gouvernement en a accordé plus qu’il voulait en concéder à l’origine. Cependant la mobilisation des travailleurs dans une conjoncture favorable aura forcé la main du gouvernement et amené à en offrir plus aux syndiqués que dans ses paramètres initiaux.

Les chaines humaines autour des écoles, les cadeaux à Bombardier et aux médecins, un rapport d’opinion très favorable aux syndicats et la mobilisation exemplaire des salariés empêchaient littéralement le gouvernement de jouer au matamore en décrétant les conditions de travail de ses travailleurs. Monsieur Coiteux devait démontrer, dans un tel contexte, qu’il négociait de bonne foi pour espérer recourir à la méthode forte, et résister au test des tribunaux, si cela s’était avéré nécessaire.

Les prétentions des syndicats qui continuent de rejeter les offres patronales ainsi que l’entente intervenue peuvent être légitimes au niveau d’attentes particulières qui concerneraient spécifiquement leurs groupes, mais ils ne pourront pas réécrire l’histoire. À mon humble avis, la négociation du secteur public est terminée et il ne reste de place que pour des ajustements mineurs aux contenus déposés aux tables de négociation. À défaut de conclure avec le gouvernement, ces syndicats réfractaires courent le risque de se voir imposer leur convention collective, considérant que monsieur Coiteux n’a plus les mêmes contraintes pour l’empêcher de décréter.

Advenant le cas où le gouvernement en viendrait à cette éventualité parce qu’il n’entrevoit pas de piste de règlements, il est loin d’être assuré que le décret contiendrait les résultats des derniers pourparlers. L’histoire récente nous a plutôt montré que les gouvernements acculés à l’imposition des conditions de travail ont tendance à se faire plaisir et à octroyer des conditions de travail inférieures aux offres soumises à la table de négociation. Le processus est évidemment utilisé comme moyen de pression par la partie patronale pour forcer un règlement, mais à défaut elle permet d’arracher des concessions à la partie syndicale et d’avoir une compensation pour le prix politique qu’entraine le recours à la méthode forte.

Si c’est un « baroud d’honneur » ou un refus idéologique qui anime les syndicats récalcitrants, ils pourront avoir l’air révolutionnaire, mais leurs membres pourraient en payer le prix.