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Le Québec inc. craint la technologie

L’ex-numéro deux de la Caisse de dépôt critique la timidité de nos entreprises à y investir

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Photo Agence QMI, Maxime Deland

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Ex-numéro 2 de la Caisse de dépôt et placement du Québec, la réputation de Michel Nadeau n’est plus à faire. Il dirige aujourd’hui l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP). Il connaît sur le bout des doigts les grandes entreprises du Québec inc. Rencontré dans les studios télé de la chaîne Argent, à Montréal, Michel Nadeau ne mâche pas ses mots pour critiquer la timidité de nos entreprises à dépenser en haute technologie.

Selon lui, le défi numéro un en 2016 pour les entreprises québécoises sera d’être beaucoup plus agressives dans le virage internet. Elles risquent autrement de se faire bientôt damer le pion par des géants américains comme Google, Amazon et Apple.

Vous êtes un observateur du Québec inc. Qu’est-ce qui vous frappe en ce moment ?

«Il y a un défi majeur, urgent. Les entreprises d’ici doivent accélérer le virage vers le commerce électronique. L’internet, c’est, avec la mondialisation, une des deux grandes tendances transformatrices de notre temps. Il faut occuper le terrain. Je trouve que les entreprises québécoises font un bon travail pour exporter, mais la dimension commerce électronique laisse encore clairement à désirer.»

C’est un danger à court terme, selon vous ?

«Oui, c’est un danger parce que tous les secteurs de l’économie sont en train d’être redessinés à vitesse grand V par internet. Le modèle d’affaires des médias est à revoir complètement à cause du net. Les centres commerciaux sont en train de devenir des salles de montre. Et bientôt, vous allez voir la même tendance dans d’autres secteurs. Attendez-vous à voir l’assurance se négocier en ligne. Passer trente minutes au téléphone pour avoir une assurance auto, ça sera bientôt du passé. Si les Québécois ne sont pas là, ce sont des firmes étrangères qui vont faire ça.»

Comment s’y prendre pour le Québec inc. ?

«Il faut une stratégie concertée, à mon avis. Les entreprises québécoises, en particulier les détaillants québécois, doivent s’unir selon moi pour réussir. Ça ne marche pas si tout le monde fait les choses de son côté. Ça demande des ressources considérables.»

Une sorte de Toile du Québec 2.0 en quelque sorte ?

«Oui, dans un sens, mais qui serait plus orientée sur le commerce électronique.»

Partagez-vous le point de vue de certains selon lequel le Québec valorise beaucoup les grandes entreprises du Québec inc. cotées en Bourse, mais fait beaucoup moins la promotion des start-ups en haute technologie ?

«Absolument. Il faut valoriser plus les start-ups. Et pour ça, il faut de l’argent. C’est bien beau de donner des conseils, mais à un certain moment il faut un accès au financement pour l’amorçage. Si un jeune entrepreneur n’arrive pas à se faire prêter, il a beau avoir les meilleures idées, il va être bloqué. Ce n’est pas normal que l’accès au capital soit aussi restreint alors que les grandes banques ont enregistré des profits de 35 G$ cette année.»

Qui est-il ?

Michel Nadeau

Expert omniprésent dans les médias, Michel Nadeau a occupé différentes fonctions à la haute direction de la Caisse de dépôt pendant une vingtaine d’années. Il a joué notamment un rôle majeur dans la vente de Vidéotron et de TVA à Québecor avec l’aide de la Caisse en 2000. Ce routier de l’économie, titulaire d’un diplôme MBA, a aussi travaillé au quotidien Le Devoir de 1974 à 1984 en tant que responsable des pages financières et éditorialiste.