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Les deux Justin

Le premier ministre Justin Trudeau.
Photo d’archives Le premier ministre Justin Trudeau.

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Vous voulez savoir quelle est la différence entre être dans l’opposition et être au pouvoir?

Entre critiquer le chef qui est en face de soi et avoir les deux mains sur le volant?

Je vais vous donner un exemple concret: l’affaire Raif Badawi, le blogueur saoudien dont la famille vit à Longueuil et qui a été condamné à six ans de prison et 1000 coups de fouet pour avoir critiqué le régime.

Ensaf Haidar tient la photo de son mari, Raif Badawi.
Photo d'archives, REUTERS
Ensaf Haidar tient la photo de son mari, Raif Badawi.

Retourner sa veste 

Voici un communiqué du Parti libéral du Canada datant du 2 mars 2015, avant que Justin Selfie ne soit élu.

«Les libéraux ont fermement condamné le traitement inhumain imposé à monsieur Badawi et nous avons pressé le gouvernement de l’Arabie saoudite de revoir sa posi­tion à l’égard de cet homme, dont l’unique crime a été d’exercer pacifiquement son droit à la liberté d’expression et d’appuyer la liberté de religion.

«Malheureusement, la réaction du gouvernement conservateur a été cruellement insuffisante.

«Le gouvernement doit agir immédiatement pour obtenir la libération de monsieur Badawi. Nous demandons instamment au ministre des Affaires étrangères de requérir de la façon la plus ferme possible que Sa Majesté le roi Salman gracie Raif Badawi et l’autorise à revenir au Canada pour qu’il puisse rejoindre sa famil­le.»

Et voici ce que Justin Trudeau a dit à Patrice Roy le 21 décembre dernier lorsque le chef d’antenne de Radio-Canada lui a demandé pourquoi il n’avait pas encore télé­phoné directement au roi d’Arabie saoudite pour lui demander sa clémence.

«Qu’est-ce que je fais si jamais je téléphone au roi et qu’il dit non? Qu’est-ce qu’on fait à la prochaine étape? Il faut y aller de façon responsable et progressive. Il faut agir dans l’ordre et de façon respectueuse...»

Un dossier complexe, délicat... 

Bref, Justin le chef de l’opposition pourfendait l’inaction du gouvernement conservateur en disant qu’il prenait trop son temps et qu’il traînait honteusement les pieds.

Et Justin le premier ministre affir­me qu’il n’a pas fait de demande directe au roi, car il faut y aller de façon progressive et «respectueuse»...

C’est fou comme notre vision des choses change quand on prend le pouvoir, non?

Soudain, les dossiers qui nous semblaient urgents et faciles à régler deviennent complexes, déli­cats, épineux...

«Appeler le roi d’Arabie saoudite n’est pas dans mes plans immédiats», a confié Justin Bieber (oh, pardon! Trudeau) à la Presse canadienne le 17 décembre.

Ah non?

Imaginez si c’était Stephen Harper qui avait dit la même chose. La gauche lui serait tombée dessus en disant qu’il est sans cœur, dénué de compassion...

Mais quand c’est monsieur Bisou­nours qui donne des leçons de realpolitik, les scouts regardent ailleurs et gardent le silence...

Faites ce que je dis...

Justin Trudeau a peut-être raison. Ça prend peut-être plus qu’un coup de téléphone au roi pour régler cette affaire.

Mais pourquoi disait-il le contraire lorsqu’il était chef de l’opposition?

Pourquoi exigeait-il que Stephen Harper intercède directement auprès du roi saoudien si lui-même refuse de le faire maintenant qu’il est au pouvoir?