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Des suicidaires qui se servent des policiers

Une étude montre que 25% des personnes abattues par la police sont des désespérés

La chercheuse Annie Gendron a levé le voile sur un sujet controversé, le suicide par policier­­ interposé.
Photo amélie st-yves La chercheuse Annie Gendron a levé le voile sur un sujet controversé, le suicide par policier­­ interposé.

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NICOLET | Au moins une personne sur quatre tuée par des policiers au Québec a poussé les agents à l’abattre parce qu’elle était suicidaire.

Une première recherche sur le «suicide par policier interposé» vient de se terminer à l’École nationale de police de Nicolet­­.

La chercheuse Annie Gendron a analysé 47 cas, sur cinq ans, où les policiers ont eu à faire feu au Québec. Elle estime qu’au moins 25 % d’entre eux, soit une douzaine de cas, sont attribuables à un suicide camouflé.

« Les cas de suicide par policier interposé sont un bon exemple d’intervention complexe auprès de populations vulnérables et qui mérite notre attention pour développer notre formation et bien préparer nos aspirants policiers » – Annie Gendron

«La personne va tout faire pour augmenter la tension entre le policier et elle. Cette personne-là fait une mise en situation pour que le policier en vienne à utiliser son arme», explique Annie Gendron.

Avec les mêmes critères d’évaluation, ce taux grimpe à 35 % aux États-Unis et à 31 % en Australie.

«Mon taux est conservateur. On pourrait en avoir plus au Québec, mais on n’en a certainement pas moins», dit-elle.

Simulation à Nicolet

Les recherches d’Annie Gendron ont mené à une nouvelle simulation à l’École nationale de police du Québec, sur le sujet du suicide par policier interposé.

«Les cas de suicide par policier interposé sont un bon exemple d’intervention policière très complexe, auprès de populations vulnérables, et qui mérite notre attention pour développer notre formation et bien préparer nos aspirants policiers», dit la chercheuse.

L’étude mentionne que trois types de suicide par policier interposé existent. Le premier est impulsif et motivé par la colère.

«Très souvent, on va voir que ce sont des gens judiciarisés. Ce n’est pas leur premier contact avec la police. Du fait qu’il y a une intervention policière liée à eux, ils peuvent, de manière impulsive et spontanée, décider de mettre fin à leurs jours», poursuit Mme Gendron.

Le deuxième type est prémédité. Les gens commettent un délit mineur, pour ensuite provoquer une escalade de moyens, jusqu’à se faire abattre.

Il se peut aussi que les suicides camouflés surviennent quand les policiers interviennent auprès d’une personne parce qu’elle veut mettre fin à ses jours. Si la victime est déjà armée pour un suicide auto-infligé, il se peut qu’elle menace la police pour se faire abattre.

 

Des cas qui se sont produits au Québec

  • Un homme dans la trentaine est pris en filature pour violence conjugale et prend la fuite en voiture. Les policiers l’interceptent avec un tapis clouté. Au moment de sortir du véhicule, le suspect saisit une arme à feu et la pointe vers les policiers, qui l’abattent. L’enquête révèle que l’homme avait tenu des propos suicidaires quelque temps avant l’événement.
  • Un homme alcooli­que et dépressif a des idées suicidaires et se rend à quelques repri­ses dans un centre hospitalier alors qu’il est ivre et agressif. Au lendemain d’une visite à l’hôpital, les policiers reçoivent un appel pour un homme qui semble en détresse. Quand les policiers arrivent, l’homme fonce vers eux avec un couteau. Le policier fait feu et atteint l’homme mortellement.
  • Des proches d’un homme dans la trentaine appellent l’ambulance parce qu’il dit vouloir mettre fin à ses jours. Les ambulanciers ne peuvent pas intervenir, car l’homme est menaçant. Quand la police arrive, l’homme fonce vers eux avec son couteau et est abattu.

 

Si vous avez besoin d’aide

Ligne québécoise en prévention du suicide

1-866-APPELLE (277-3553)

Jeunesse, J’écoute

1-800-668-6868

Tel-Jeunes

1-800-263-2266