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Logiques d’UBER et logiques de service public

Photo illustration of logo of car-sharing service app Uber on a smartphone over a reserved lane for taxis in a street in Madrid in this file photo
REUTERS

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La veille du nouvel an, alors qu’il y a beaucoup de demande, faire appel à UBER pour se déplacer coûte un bras!

L’évènement vient brutalement nous rappeler que ce service, fondé sur une application mettant en relation des offreurs et des personnes qui veulent un transport fonctionne selon des bases radicalement différentes de celles des services publics de taxi.

La logique de fonctionnement de cette application de mise en présence d’offreurs et demandeurs est fondée sur la loi de l’offre et de la demande.

Lorsqu’il y a plus d’offreurs que de demandeurs, les prix sont bas.  Mais ils montent lorsque ce sont les demandeurs qui sont plus nombreux.

C’est tout à fait dans la logique de ces plateformes fondées sur une vision de l’économie collaborative!

L’économie dite « collaborative » fonctionne selon des règles différentes de celles sur lesquelles se fondent les services publics.

Les services de taxis, dans leur conception traditionnelle sont envisagés comme des services publics : ils sont tenus d’assurer une disponibilité de services à des conditions pré-déterminées et ce pour tous les clients et à l’année longue, chaque jour, chaque nuit.

En contrepartie de cette obligation de livrer un service à des conditions et tarifs déterminés, la loi leur garantit une exclusivité. 

Cela se traduit par l’obligation de détenir un permis pour proposer un service de taxi au public.  Lorsque d'autres, qui n'ont pas de permis, viennent proposer un service équivalent, la crise éclate!

Les services fondés sur les applications mobiles assurant la mise en présence des offreurs et des demandeurs ne sont pas des services publics.  Ils garantissent la disponibilité des services selon une autre logique. 

Cette logique est celle de l’équilibre entre l’offre et la demande.  Selon cette loi économique, l’offre et la demande pour un bien ou un service s’équilibrent.  Lorsque la demande est forte, les prix montent, il y a donc moins de demande, donc le service est disponible pour ceux qui le veulent... plus précisément qui le veulent à ce prix!

Les services de type « collaboratifs » sont en rupture radicale avec l’idée de service public.

Ceux qui célèbrent ces services comme de nouveaux modèles font grand état des lourdeurs associées au fonctionnement des industries réglementées comme le taxi.  Ils critiquent les rentes de situation dont bénéficient ceux qui détiennent des permis dont la valeur sur le marché atteint des sommets.

On critique ce qu’on perçoit comme des barrières à l’entrée.  Il est en effet très coûteux d’acquérir un permis de taxi dans une ville comme Montréal. 

Mais il y a un prix à payer pour disposer d’un service de transport par taxi disponible en tout temps et en tout lieu.  Celui de l’industrie du taxi est celui d’un monopole.  Les entreprises titulaires de permis sont protégées de la concurrence, bénéficient d’un monopole et de prix garantis. 

Le modèle proposé par UBER est celui de l’offre et de la demande.  Celui du marché à l'état brut.  Il convient très bien quand ça va bien.  Mais en cas de rareté, les prix explosent !

Car selon un tel modèle, il y a des circonstances dans lesquelles les prix fluctuent à la hausse. Et les hausses peuvent se révéler aussi soudaines que brutales.

Le modèle de mise en relation offreur-consommateur proposé par UBER se fonde sur l’application de la loi du marché. Cette loi du marché a ses rigueurs notamment dans les situations extrêmes.

Par contraste, le modèle traditionnel du taxi est un modèle de « gestion de l’offre ».  Il comporte ses inconvénients.  Mais il procure aussi des garanties de continuité du service à des tarifs prévisibles.

Avant de le basculer par dessus bord, il est bon de regarder de près ce qu’implique l’implacable loi du marché. 

Est-ce qu’on est prêt à l’assumer jusqu’au bout? En juillet comme au jour de l’an ?

 

Sur la nature des entreprises dites d’économie collaborative voir : « L’économie collaborative accroît les inégalités patrimoniales », entretien avec Hugues Sibille, président du Labo de l’économie sociale et solidaire.