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La ceinture les aurait sauvés

L’an dernier, au moins 20 victimes d’accident auraient survécu si elles s’étaient attachées en voiture

Une dame d’environ 80 ans a perdu la vie en juin dernier à Châteauguay dans une collision. Au moment de l’accident, les autorités estimaient que la conductrice s’était trompée de pédale et avait foncé dans les voitures devant elle au lieu de ralentir.  Toutefois, rien n’indique pour l’instant qu’elle ne portait pas sa ceinture de sécurité.
Photo maxime deland Une dame d’environ 80 ans a perdu la vie en juin dernier à Châteauguay dans une collision. Au moment de l’accident, les autorités estimaient que la conductrice s’était trompée de pédale et avait foncé dans les voitures devant elle au lieu de ralentir. Toutefois, rien n’indique pour l’instant qu’elle ne portait pas sa ceinture de sécurité.

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Marie-Christine Noël et Dominique Scali, Le Journal de Montréal

Quatre décennies après l’entrée en vigueur de la première loi sur le port de la ceinture en voiture, 42 personnes qui n’avaient pas adopté ce «geste simple» ont trouvé la mort sur le territoire de la Sûreté du Québec l’année dernière.

«C’est choquant. On pourrait penser que le fait de s’attacher en voiture relève du gros bon sens, mais il y a encore un problème», s’est indigné Lewis Smith, porte-parole du Conseil canadien de la sécurité.

Dans son bilan provisoire de 2015, la Sûreté du Québec (SQ) a comptabilisé 245 collisions mortelles sur son territoire, soit une hausse de 13 % comparativement à 2014.

«Il y a eu 42 victimes qui n’étaient pas attachées lors de la collision. Et on sait qu’au moins 50 % de ces gens-là auraient pu survivre. S’attacher, c’est un geste simple», a rappelé le sergent Jason Allard de la SQ.

Ce dernier avoue avoir remarqué dans les dernières années «une recrudescence où les jeunes étaient moins portés à s’attacher [...] On recommence peut-être une grande roue où on doit rééduquer les gens. Leur rappeler que c’est important de porter la ceinture», a-t-il ajouté.

La nuit

Les statistiques de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) démontrent aussi que la ceinture aurait pu sauver la vie de 50 % des automobilistes.

Entre 2010 et 2014, environ 80 décès au Québec sont attribués au non-port de la ceinture.

«Chaque année, on répète le message. Même si on pense que boucler sa ceinture est un automatisme, ce ne l’est pas pour tous», a affirmé Mario Vaillancourt, porte-parole de la SAAQ.

Selon leurs chiffres, l’utilisation de la ceinture de sécurité diminue lorsque le taux d’alcoolémie augmente.

De plus, les automobilistes s’attachent moins la nuit «pour plusieurs raisons, dont la baisse de la vigilance». D’ailleurs, pour les sensibiliser aux dangers du non-port de la ceinture, des publicités radio avaient été diffusées la nuit, il y a deux ans. Mais depuis ce temps, les campagnes publicitaires sur le port de la ceinture sont moins présentes.

«C’est vrai qu’on en a un petit peu moins parce qu’on se concentrait sur des problématiques plus sévères à ce moment-là», a précisé le sergent de la SQ, Jason Allard.

Les 16 à 24 ans

La police a travaillé «très fort» auprès des jeunes entre autres afin de les sensibiliser aux dangers de la route.

«On voit une baisse de 38 % des victimes âgées de 16 à 24 ans. Chaque année, on avait environ 70 victimes et cette année, on en a 43 ans», a indiqué M. Allard.

Même si le bilan routier s’améliore, les causes des collisions mortelles restent encore et toujours les excès de vitesse et la conduite dangereuse (26 %), la capacité de conduite affaiblie par l’alcool, les drogues ou la fatigue (17 %) et les distractions au volant (5 %).

 

LA CEINTURE DE SÉCURITÉ EN CHIFFRES AU QUÉBEC

  • 1976: Première loi adoptée obligeant les occupants des sièges avant d’un véhicule de porter la ceinture
  • 30 %: Moyenne des conducteurs et des passagers ne portant pas leur ceinture dans les accidents mortels entre 2010 et 2014
  • 95,4 %: En baisse la nuit: 95,4 % des conducteurs qui portent la ceinture entre 22 h et 3 h
  • 40: Les décès et 95 blessés graves qui pourraient être évités chaque année si tous les occupants s’attachaient
  • 1990: Les passagers assis à l’arrière sont tenus de boucler leur ceinture de sécurité.
  • 96 %: Moyenne des conducteurs et passagers qui portaient leur ceinture en journée en 2009-2013
  • 190: Personnes qui ont subi des blessures graves en raison du non-port de la ceinture entre 2010 et 2014 (moyenne)
  • 43 523: Les constats d’infraction remis au Québec pour avoir omis de porter la ceinture de sécurité, en 2014. L’année 2008 a été la plus élevée avec 64 603 constats.

 

Source: Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ)

 

La mort de son petit frère lui fait réaliser l’importance de s’attacher

Dominique Scali, Le Journal de Montréal

William Gagné Michaud, mort le 18 décembre, et son chien Jack, qui a survécu.
Photo Courtoisie Maxime Gagné
William Gagné Michaud, mort le 18 décembre, et son chien Jack, qui a survécu.

Le frère d’un jeune conducteur qui ne portait pas sa ceinture de sécurité lors de l’accident qui lui a coûté la vie a changé ses habitudes en voiture depuis le drame, survenu quelques jours avant Noël.

«Depuis que c’est arrivé, maintenant je m’attache. Je ne veux pas faire revivre ça à ma famille», avoue Maxime Gagné, qui a perdu son frère le 18 décembre dernier. «C’était mon petit frère et mon meilleur ami», a confié M. Gagné au Journal.

William Gagné Michaud, 26 ans, est mort après une sortie de route inexpliquée à Saint-Anaclet-de-Lessard, dans le Bas-Saint-Laurent.

Bon conducteur

«C’était un des meilleurs conducteurs que je connais», précisant que le jeune homme travaillait comme conducteur de chantiers.

M. Gagné avoue toutefois que son frère n’avait pas pris l’habitude de boucler sa ceinture de sécurité, malgré la loi qui en oblige le port pour tous les passagers. «Moi-même, je ne la portais pas souvent [avant l’accident]. On a tout le temps vu notre père conduire sans», raconte-t-il.

M. Gagné croit d’ailleurs que son frère aurait peut-être eu plus de chances de sortir vivant de l’accident s’il avait porté sa ceinture. «Il n’aurait pas été éjecté de la voiture», suppose-t-il.

«On ne dira jamais assez au monde de s’attacher», ajoute M. Gagné.

Il ignore toujours la cause de l’accident, mais selon lui, il n’est pas impossible que William Gagné Michaud ait été distrait par son chien Jack, qui était assis avec lui dans la voiture. Ironiquement, Jack a survécu à l’accident.

 

Elle chicanait son fils lorsqu’il ne bouclait pas sa ceinture

Dominique Scali, Le Journal de Montréal

Jonathan Poirier, Victime
Photo courtoisie
Jonathan Poirier, Victime

Même si son fils était généralement prudent au volant, la mère d’un jeune apprenti camionneur qui a perdu la vie en se rendant à l’école déplore le fait qu’il ne portait pas tout le temps sa ceinture de sécurité.

«Je le chicanais souvent», se souvient Chantale Vigneau.

Son fils Jonathan Poirier, 26 ans et originaire des Îles-de-la-Madeleine, est mort au volant de sa voiture à Sainte-Croix, près de Québec, le 22 avril dernier.

Mme Vigneau ne croit pas que la ceinture aurait pu lui sauver la vie, puisqu’il est mort écrasé par sa voiture. Reste que «la ceinture, c’est important», affirme-t-elle.

«C’était tôt le matin, il venait de se lever et se rendait à l’école», explique Mme Vigneau, rappelant que l’histoire de son fils est tout le contraire du cliché des jeunes fêtards en état d’ivresse.

Amant de la route

«Quand j’ai vu les deux policiers arriver à la porte, jamais je n’ai pensé que c’était pour Jonathan», raconte celle qui apprend à apprivoiser le deuil.

Jonathan Poirier suivait un cours intensif pour devenir camionneur. «Il aimait la route. Il savait enfin où il s’en allait [dans la vie]», raconte-t-elle. Or, c’est finalement cette route qu’il aimait tant qui a eu raison de lui.