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La région se souvient des sœurs Lévesque

En 1987, les sœurs Lévesque ont publié un livre, Les Valises rouges, pour raconter leur version des faits.
Photo d’archives En 1987, les sœurs Lévesque ont publié un livre, Les Valises rouges, pour raconter leur version des faits.

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Il y a 30 ans, les projecteurs se tournaient sur deux femmes de Jonquière, Micheline et Laurence Lévesque. Au retour d’un voyage en Inde, lors d’une escale à Rome, les douaniers italiens trouvèrent 6,6 kg d’héroïne pure dans leurs valises rouges.

Leur rocambolesque histoire débute le 7 janvier 1986; les sœurs Lévesque arrivent de New Delhi en Inde et attendent leur vol vers Mirabel dans une salle de transit à Rome.

Les douaniers italiens de l’aéroport de Rome-Fiumicino ont des doutes sur leurs valises rouges qu’ils jugent étonnamment épaisses. Leur soupçon est fondé puisqu’ils découvrent 6,6 kg d’héroïne pure dans le double fond de la valise de Micheline.

Micheline Lévesque, 53 ans, et Laurence Lévesque, 56 ans, sont alors accusées, à Rome, d’avoir transporté, transité, importé et détenu illicitement de l’héroïne.

Lors de leurs arrestations, elles ne montraient aucun signe d’émotion.

«Elles sont restées tout à fait tranquilles, comme si elles ne se rendaient pas compte qu’elles risquent quelques bonnes années de prison», révèle alors un employé de l’aéroport.

ACQUITTÉES

Criant leur innocence, les deux sœurs ont plaidé non coupables, alléguant qu’elles avaient confié leurs valises à un agent de voyage, Sylvain Roy, dont on n’a jamais retrouvé la trace.

En attendant leur procès, qui n’a eu lieu que 14 mois plus tard, elles ont été placées en surveillance dans une maison de Rome, appartenant au Père Armand Gagné, lui-même originaire de La Baie.

Aujourd’hui âgé de 84 ans, le père Gagné garde un souvenir très clair des événements.

«J’ai accepté de les accueillir. Elles n’avaient pas le droit de sortir, alors il fallait que quelqu’un leur apporte de la nourriture, des livres et tout ce dont elles avaient besoin», raconte le missionnaire.

Pendant les procédures judiciaires, l’avocat des sœurs ne s’est pas gêné pour marteler que ses clientes étaient «victimes d’une effroyable machination».

On se souviendra que les deux sœurs ont finalement été libérées, après 403 jours d’emprisonnement, faute de preuves suffisantes, elles qui risquaient 15 ans de prison.

Le juge d’instruction, Francesco Misiani, avait alors révélé au Journal: «Elles ont eu leur leçon et ne s’essaieront plus».

CHOC

Leur arrestation a été une véritable onde de choc à Jonquière. Des collègues de travail de Micheline, qui enseignait alors à la polyvalente d’Arvida, n’avaient que de bons mots. Même chose pour sa sœur, Laurence, retraitée depuis trois ans de son poste de directrice des services de l’enseignement pour la commission scolaire locale.

«Nous n’avons jamais cru à leur culpabilité. Nous étions certains que tout cela se terminerait par un acquittement», avait expliqué le directeur de la polyvalente d’Arvida, Yvon Perron, au lendemain de l’acquittement.

Les membres de leurs familles, leurs amis et la plupart des élèves qui ont connu les sœurs Lévesque étaient persuadés qu’elles étaient innocentes.

FILLE ARRÊTÉE

Le cauchemar des sœurs Lévesque ne s’est pas arrêté après leur acquittement.

La fille de Micheline Lévesque, Sylvie Roy a été soupçonnée par la police italienne d’être l’instigatrice de l’importation des 6,6 kilos d’héroïne pure. Elle a été arrêtée à l’aéroport de Bruxelles en novembre 1991 avant d’être acquittée, pour preuve insuffisante, quelques mois plus tard. Les policiers trouvaient douteux qu’elle ait payé le voyage de sa mère et de sa tante en Asie, en plus de leur fournir des valises qu’elle avait préalablement achetées de son fournisseur de cocaïne.

Le dealer en question, André Ghanime, pourrait détenir les détails qui manquent afin de ficeler cette histoire. Il a toutefois disparu dans la nature, le jour de l’arrestation des sœurs Lévesque.

«Nous n’en voulons pas aux personnes qui continuent de nous croire coupables. Si cela leur fait plaisir, pourquoi les brimer?», disait Micheline Lévesque, quelques années plus tard.

 

La saga des valises rouges :

Cette mésaventure n’a pas enlevé le goût de voyager à Micheline et Laurence Lévesque. Toutefois, elles ne sont pas retournées en Italie puisqu’elles jugeaient l’avoir «assez vu» et préféraient visiter d’autres pays.
photo d’archives
Cette mésaventure n’a pas enlevé le goût de voyager à Micheline et Laurence Lévesque. Toutefois, elles ne sont pas retournées en Italie puisqu’elles jugeaient l’avoir «assez vu» et préféraient visiter d’autres pays.

7 janvier 1986 : Micheline Lévesque (53 ans) et Laurence Lévesque (56 ans), sont arrêtées à l’aéroport de Rome-Fiumicino. On découvre 6,6 kg d’héroïne pure dans leurs valises rouges.

14 janvier 1986 : Les sœurs Lévesque plaident non coupables en expliquant que la drogue s’est retrouvée dans leurs valises à leur insu.

22 avril 1986 : Elles sont transférées de la prison de Rebibbia en Italie vers la Maison des religieux trinitaires.

22 mai 1986 : Elles ont la chance d’avoir deux heures de liberté par jour pour visiter Rome comme de simples touristes.

7 septembre 1986 : Le juge Francesco Misiani se rend à Montréal afin de poursuivre l’enquête et d’interroger des témoins, notamment Sylvie Roy.

13 décembre 1986 : Les sœurs Lévesque sont citées à procès.

12 février 1987 : Elles sont acquittées après une journée de procès.

27 février 1987 : Les sœurs Lévesque rentrent à Montréal de façon triomphale.

27 juin 1987 : La justice italienne renonce à faire appel de la décision.

11 novembre 1987 : Micheline et Laurence Lévesque racontent «toute la vérité» en lançant le livre Les valises rouges.

27 novembre 1991 : Sylvie Roy, la fille de Micheline, est arrêtée à l’aéroport de Bruxelles parce qu’elle est soupçonnée d’être l’instigatrice de l’importation d’héroïne.

Juin 1992 : Sylvie Roy est acquittée, elle aussi, les preuves étant nettement insuffisantes.