/opinion/columnists
Navigation

Uber, ou l’économie sauvage

Uber, ou l’économie sauvage
Photo CHRISTOPHER NARDI

Coup d'oeil sur cet article

La dernière fois qu’on a essayé de nous vendre l’idée que nous nous dirigions vers une nouvelle économie «pour tous», c’est pendant la bulle internet, à la fin des années 90. Des petits futés avaient réussi à convaincre les investisseurs, petits et grands, que la valeur en Bourse d’une entreprise sur le web n’était pas reliée à sa rentabilité.

Pendant ce temps, ils encaissaient des milliards dans la revente d’actions qui ne valaient rien. Une idée de génie, quoi.

Les corps morts n’ont pas tardé à joncher l’autoroute électronique (vous vous en souvenez de celle-là?). Bye-bye Vivendi, Nortel, Pets.com, Webvan, etc. Certains croient même que la bulle internet a mis le ver dans la pomme de la crise de 2008.

Rêver en couleurs

La philosophie d’Uber découle de la même promesse d’utopie technologique: réaliser des échanges commerciaux en dehors du système, sans réglementation ou presque, dans un esprit égalitaire.

Après tout, l’imposition de règles au sujet de la sécurité, des conditions de travail, de la concurrence, et exiger le paiement des taxes et impôts, ça fait tellement 20e siècle.

Uber, c’est illégal, mais toléré, on ne sait pourquoi. Illégal et parfois indécent.

Uber va nous propulser, dit-on, dans l’ère de l’économie participative. Les jeunes de la génération Y, ceux qui réclament plus de justice sociale, sont séduits par le mot «participatif». Quelle mystification. Messmer ne ferait pas mieux.

Justice pour qui ? Certainement pas pour les chefs de famille qui ont payé 100 000 $ et plus pour un permis de taxi, qui doivent se dépatouiller avec une réglementation de plus en plus lourde (porter un uniforme et ouvrir la porte à tous les clients, vraiment?), qui paient des taxes à la consommation, qui déclarent leurs revenus au fisc.

Eux passent pour des dinosaures et Uber pilote l’astéroïde.

Sous des apparences progressistes, Uber annonce le retour d’un sombre passé. Au-delà des promesses de soi-disant gains sociaux (allons donc, Uber vaut 50 milliards $), je ne vois qu’une chose: la réhabilitation de l’économie façon 19e siècle, quand les hommes d’affaires ne rencontraient aucune embûche dans la gestion de leurs entreprises.

Le blabla juridique d’Uber confirme cette approche: ils ne sont responsables de rien du tout.

Bref, c’est la loi du marché, version pure et dure. Libertarienne, ce qui n’est pas ma tasse de thé.

Partage, quel partage?

Je ne suis pas fan des taxis de Montréal. Plusieurs font bien leur travail, mais il y a aussi des incompétents et des imbéciles, comme partout (c’est bien pire à Toronto). L’intimidation des chauffeurs d’Uber et le blocage annoncé des ponts par les taxis ne régleront rien, mais je peux les comprendre.

Uber, c’est illégal, mais toléré, on ne sait pourquoi. Illégal et parfois indécent.

Exiger 600 $ pour aller de Montréal à Laval? Pas de problème. Le marché, via le dieu algorithme, a parlé.

Pour l’économie dite «de partage», on repassera. J’y vois surtout une économie de parasites.

Le gouvernement tergiverse. Je ne comprends pas. La loi sur le taxi est claire. Être rémunéré pour transporter des personnes par automobile, ça s’appelle faire du taxi.

Ou bien le gouvernement déréglemente l’industrie et rembourse les permis ou il applique la loi. Me semble que c’est simple, non?