/misc
Navigation

Économie de partage ou économie de «plateformes»?

Bloc Uber
Photo d'archives

Coup d'oeil sur cet article

L’électrochoc engendré par les vibrations tarifaires que le service UBER a connues en tout début d’année constitue une belle occasion de regarder de plus près ce modèle fondé sur les technologies de l’information pour assurer la mise en présence entre offreurs et consommateurs.

Des observatrices comme Lise Ravary classent le service UBER dans la catégorie de l’économie sauvage. Elle explique qu’UBER découle de cette utopie technologique: qui promet de «réaliser des échanges commerciaux en dehors du système, sans réglementation ou presque, dans un esprit égalitaire».

S’appuyant sur une perspective toute différente, Youri Chassin ne voit rien de déloyal dans le service proposé par UBER. Un service «basé sur une technologie de pointe qui mise sur une masse critique de chauffeurs et d’usagers.»  Le modèle est différent, écrit-il, «cela ne le rend pas en soi déloyal.»

Nous voilà au cœur des enjeux engendrés par les mutations qu’induisent les technologies de l’information.

Il existe désormais des technologies procurant la possibilité pour les personnes de se mettre en relation sans passer par des intermédiaires traditionnels que sont, pour le taxi, les centrales de répartition.

Bien sûr, dès lors que l’on prend acte que la plateforme UBER permet d’accomplir une activité de mise en relation analogue à celle qui caractérise un service comme un service de taxi, on est tenté de postuler que l’activité devrait fonctionner conformément aux règles du jeu qui régissent l’industrie du taxi.

Mais ceux qui célèbrent les bienfaits du modèle UBER font valoir qu’il ne s’agit là que d’un modèle dans lequel des individus libres, majeurs et vaccinés conviennent de se mettre en relation suivant des règles préétablies. Ils ne voient pas en quoi cela viendrait concerner les lois qui régissent le transport par taxi.

Voilà le cœur des débats qui commencent à peine au sujet de cette soi-disant économie du «partage».

Car le modèle n’est pas tellement fondé sur le partage: il est surtout fondé sur les «plateformes».

Un modèle qui consiste essentiellement à mettre en place une plateforme internet. Une plateforme qui ne décide de rien comme tel.

Les systèmes dits d’économie de partage en ligne sont essentiellement fondés sur des plateformes qui permettent aux gens de communiquer. Ce sont les usagers qui décident d’offrir, les usagers qui demandent.

Le tout fonctionne comme une place de marché dans laquelle il y a des gens qui offrent et d’autres qui achètent. Ce n’est pas la place de marché qui vend, c’est le marchand qui utilise la place de marché pour effectuer du négoce.

En somme, ce qui rend si difficile l’appréhension de ces enjeux engendrés par les services rendus possibles par ces plateformes, c’est justement qu’ils ne sont que des plateformes. Ils n’offrent pas directement de services.

Tout au plus, ces plateformes édictent quelques règles du jeu à l’intention de ceux qui «décident» dans cet environnement, c’est-à-dire les offreurs et les acquéreurs de biens ou de services.

À ceux qui crient à l’arnaque, UBER répondra qu’il a prévenu les joueurs des règles du jeu. Ceux-ci avaient la liberté de jouer ou non. 

À ceux qui réclament que les règles régissant le taxi s’appliquent à un service comme UBER, on répondra qu’on ne propose pas de transport, ce sont les chauffeurs qui s’inscrivent qui le font. 

Alors, êtes-vous prêts à régir les automobilistes qui souhaitent partager leur véhicule, covoiturer avec leurs semblables?

Voilà pourquoi il paraît si difficile de régir un environnement de plateforme comme UBER.

C’est qu’il manque encore de modèles de réglementation pour encadrer de telles réalités qui émergent de la société numérique.

À ce jour, les plateformes internet sont considérées comme des intermédiaires. Elles ne sont pas a priori responsables de ce que les usagers y font.

Lorsqu’il est question de penser la société numérique, c’est de cela qu’il s’agit!

Si au moins la controverse actuelle sur UBER peut faire avancer la réflexion sur cela, le choc du Nouvel An aura été salutaire!