/news/society
Navigation

50% des adultes peinent à lire

Au Québec, 800 000 personnes sont analphabètes

À l’organisme Atout-Lire du quartier Saint-Sauveur à Québec, plusieurs personnes suivent des formations en alphabétisation.
Photo Didier Debusschère À l’organisme Atout-Lire du quartier Saint-Sauveur à Québec, plusieurs personnes suivent des formations en alphabétisation.

Coup d'oeil sur cet article

Il s’agit d’un drame qui se joue en silence. Au Québec, plus d’un adulte sur deux éprouve des difficultés en lecture. Parmi ceux-ci, 800 000 sont analphabètes et doivent faire preuve de débrouillardise au quotidien.

Richard Doyon avait plus de 50 ans lorsqu’il s’est décidé à franchir la porte de l’organisme d’alphabétisation Atout-Lire, situé sur la rue Saint-Vallier à Québec. «J’étais nerveux, j’étais pas trop confiant. Mais j’ai bien aimé ça», dit-il.

Ayant doublé chacune de ses années à l’école primaire, M. Doyon s’est débrouillé pendant des années en ne sachant ni lire ni écrire. Une réalité qu’il a longtemps essayé de dissimuler.

«J’ai fait rire de moi souvent, je me cachais dans un coin pour pas que ça paraisse. J’ai eu de la misère beaucoup», dit-il.

Aujourd’hui âgé de 64 ans, il a fait beaucoup de progrès grâce à cet organisme communautaire du quartier Saint-Sauveur qui aide des gens à se familiariser avec les lettres et les chiffres depuis plus de 30 ans.

Jeunes et analphabètes

Les gens qui fréquentent les ateliers d’alphabétisation de l’organisme Atout-Lire ont souvent passé plusieurs années sans pouvoir lire et écrire avant de remédier à la situation. Mais, de plus en plus, des jeunes dans la vingtaine ou la trentaine viennent aussi frapper à la porte, souligne Johanne Arseneault, animatrice en alphabétisation.

«On en voit plus qu’avant. Ce sont des gens qui sont passés par l’école, mais qui en sont ressortis avec de grandes difficultés, qui veulent se rattraper», dit-elle.

Les derniers chiffres du rapport québécois du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes lui donnent raison.

Au Québec, la proportion d’analphabètes fonctionnels est plus élevée chez les 16-24 ans (49 %) que chez les 25-44 ans (42 %). Dans la population en général, cette proportion est de 53 %.

Un enjeu crucial

De son côté, la directrice générale de la Fondation pour l’alphabétisation, Caroline Varin, rappelle que d’importants enjeux économiques sont reliés à la scolarisation des adultes au Québec.

La Fondation pour l’alphabétisation attend toujours la mise à jour de la politique d’éducation des adultes, sur laquelle planche le ministère de l’Éducation depuis déjà quelques années.

Des difficultés au quotidien

Une visite au guichet automatique

À l’organisme Atout-Lire du quartier Saint-Sauveur à Québec, plusieurs personnes suivent des formations en alphabétisation.
Photo d'archives

Aller au guichet automatique peut devenir tout un casse-tête pour quelqu’un qui ne sait pas lire. Il faut se faire accompagner les premières fois et se remémorer les boutons à enfoncer en vue de faire un retrait seul la prochaine fois, explique Hugues Tremblay, qui fréquente le groupe en alphabétisation Atout-Lire.

Des pancartes à déchiffrer

À l’organisme Atout-Lire du quartier Saint-Sauveur à Québec, plusieurs personnes suivent des formations en alphabétisation.
Photo d'archives

Au volant, il n’est pas simple de s’orienter lorsqu’on ne peut déchiffrer les pancartes indiquant les sorties d’autoroute ou les noms de rues. Des analphabètes se débrouillent en comptant sur leur sens de l’observation, en se fiant sur d’autres repères. «Quand tu ne sais pas lire, tu te fais des codes dans ta tête», lance Hugues Tremblay.

Des médicaments dans l’armoire

À l’organisme Atout-Lire du quartier Saint-Sauveur à Québec, plusieurs personnes suivent des formations en alphabétisation.
Photo Fotolia

Lorsqu’on ne sait pas lire, il faut compter sur sa mémoire pour se rappeler la posologie d’un médicament à prendre. Dans le carnet santé que l’organisme Atout-Lire distribue, on y retrouve une foule d’informations – avec images à l’appui – permettant d’aider des gens qui ont des problèmes de lecture avec des questions de santé, y compris la prise de médicaments.