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Chère vieille guidoune qu’on aime

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Moi, ce sont les grands ports de mer qui me font craquer: des villes généralement coquines, turbulentes, ouvertes, mais insoumises, comme Barcelone, La Havane, Istanbul, ou San Francisco. Alors, vivre à Montréal me convient très bien, même avec «les deux pieds dans la sloche, un transfert entre les dents».

Montréal est juste assez belle, mais pas trop, juste assez grosse, mais pas trop, juste assez américaine, européenne, canadienne, québécoise, mais pas trop. Une ville pas comme les autres: un miroir dans lequel se perdre, un foutoir où se retrou­ver.

J’aime ma ville. Mais je ne savais pas que je vivais dans la deuxième «plus-meilleure» ville du monde après Toronto la parfaite.

Un succès

Et ce n’est pas Paris-Match qui nous l’apprend, mais The Economist, un magazine britannique sérieux. Ces gens-là n’ont sûrement pas eu à sauter dans leurs bottes à 7 h du matin parce que les pin-pons sont dans la rue, à sécher dans le métro en panne ou à chercher de la compagnie en ville un mardi soir de janvier pour conclure que Montréal surclasse Paris ou Amsterdam. Mais ils ont compulsé les chiffres sur la sécurité, les infrastructures, la culture, le coût de la vie, et voilà...

Un secret

Alors, comment se fait-il qu’on ne le sache pas ici même?

À entendre les Montréalais, tout fout le camp. La ville régresse, est trop taxée, en grève quand elle ne chôme pas. C’est un festival de gouvernements pourris, de groupes culturels qui, tous, se disent victimes des autres; un monstre au bord de la faillite ou de la crise de nerf, coincé entre les bancs de neige et les cônes orange...

C’est simple: Montréal est une courtisane: elle danse avec tout le monde, mais n’appartient à personne. Impossible de l’emprisonner dans un rôle unique. C’est pour ça qu’elle en fait rager plusieurs et qu’elle en séduit d’autres.