/news/transports
Navigation

Les banlieusards boudent Montréal

Coup d'oeil sur cet article

De moins en moins nombreux sur les autoroutes et ponts montréalais, les banlieusards préfèrent rester à l’extérieur de l’île, selon de nouvelles données de Transports Québec.

Au total, l’achalandage sur les ponts autour de l’île a chuté de 2 % en moyenne entre 2012 et 2014, estime l’ingénieur spécialisé en circulation Ottavio Galella. Sur l’île, le nombre de voitures qui empruntent quotidiennement les autoroutes autour de l’échangeur Turcot a chuté de 6 à 8 %, fait-il remarquer.

Selon plusieurs experts consultés par Le Journal, cette baisse s’explique par la multiplication des chantiers routiers, la difficulté de se garer sur l’île et le développement de nouveaux lieux de travail et de loisirs en banlieue, ainsi que par la construction de nouvelles voies de contournement.

Il ne faudrait pas penser que cette diminution résulte d’une popularité accrue du transport collectif à Montréal. En effet, durant la même période, l’achalandage du réseau d’autobus et de métro de la Société de transport de Montréal n’a grimpé que d’un mince 1,1 %.

En fait, durant cette même période, le nombre de voitures en circulation au Québec a bondi de plus de 7 %.

Circulation peu attirante

Même le tronçon routier le plus achalandé à Montréal, soit la Métropolitaine entre Décarie et l’autoroute des Laurentides, a vu sa fréquentation baisser de 7,8 %.

Au même moment, les autoroutes en banlieue de l’île ont connu une hausse d’achalandage relativement importante, notamment les autoroutes 440 et 640 sur la Rive-Nord et l’A30 sur la Rive-Sud.

«On a atteint un seuil de saturation sur les routes de l’île, donc il y a un effet de refoulement vers la banlieue, parce que les gens cherchent des localisations différentes pour leurs déplacements», soutient Félix Gravel, responsable des transports et de l’aménagement urbain au Conseil régional de l’environnement de Montréal.

«On remarque qu’il y a une perte de 20 000 véhicules sur l’ensemble des ponts tous les jours. C’est assez étonnant, mais on comprend que les chantiers et la congestion ont finalement eu un impact sur les habitudes des gens», analyse pour sa part M. Galella.

Selon Christian Savard, directeur général de Vivre en Ville, le prolongement de l’autoroute 30 terminé à la fin 2012, qui permet aux automobilistes et aux camionneurs de contourner facilement l’île, a aussi eu un impact non négligeable.

Parmi les autoroutes importantes dont l’achalandage a chuté, on note l’autoroute Décarie, l’autoroute 20 et l’autoroute 40 à l’ouest de l’échangeur avec l’autoroute 19.

Mauvaise nouvelle pour l’île

La baisse du nombre d’automobilistes à Montréal est une mauvaise nouvelle pour l’avenir de la métropole, affirment les spécialistes.

«Normalement, les réductions de circulation sont associées à une sous-performance économique dans une région métropolitaine. Dans le cas de Montréal, ça peut être un facteur important avec l’augmentation des chantiers», analyse l’ingénieur spécialisé en circulation Ottavio Galella.

Selon lui, les banlieusards ont beaucoup moins envie de se rendre sur l’île pour d’autres raisons que le travail et préfèrent manger et se divertir dans les divers pôles qui se sont développés en périphérie de Montréal, comme le Quartier DIX30.

«Ma femme et moi sommes

allés au cinéma à Montréal et on a pris l’auto parce qu’il faisait froid. Mais c’était impossible de trouver du stationnement et il y avait beaucoup de bancs de neige, alors ma femme a déclaré que c’était pire que de circuler à Naples. Nous avons manqué le film, finalement», raconte en riant l’ingénieur.

Réseau local débordé

Pour ceux qui doivent toujours circuler à Montréal pour se rendre au travail, M. Galella dit que le réseau routier local est devenu le choix le plus attirant, surtout autour de l’échangeur Turcot.

«Ce qu’on remarque, c’est purement l’impact des travaux sur l’échangeur et les autres autoroutes. On peut imaginer que les conducteurs évitent donc ces voies en circulant davantage sur le réseau artériel et local de la ville», explique l’ingénieur en ajoutant que la mobilité, à Montréal, est «loin d’être idéale».

Moins de congestion ?

Une diminution de la circulation n’a pas que du négatif pour les Montréalais, croit pour sa part Christian Savard, directeur général de Vivre en Ville.

«S’il y a moins de gens sur les autoroutes, c’est une bonne nouvelle, parce que ça veut dire qu’il y a moins de congestion. Il était quand même illusoire de penser que les gens allaient continuer à traverser les ponts pour aller consommer à Montréal», nuance M. Savard.