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Châteauneuf-du-Pape : retour sur le millésime 1995

Châteuneuf-du-Pape 1995

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Un peu avant les Fêtes, un petit groupe d’amateurs s’est fait le beau cadeau d’aller goûter, chez Les Conseillers du vin de Nick Hamilton, quelques grands châteauneufs-du-pape du millésime 1995.

Un millésime qui a donné « de beaux vins complets et riches», écrivait la Revue des Vins de France dans son guide des millésimes, tandis que Robert Parker disait que 1995 «peut être qualifié d’exceptionnel», même s’il n’offre pas à ses yeux «la même profondeur que 1989 ou 1990.»

En dégustation, donc, quelques grandes pointures comme Château de Beaucastel, Bosquet des Papes Cuvée Chantemerle, Domaine de la Janasse Cuvée Chaupin, Domaine du Pégau Cuvée Réservée, Clos des Papes, de même que Château Fortia Tête de Cru, le châteauneuf-du-pape générique de Guigal et enfin Château Mont-Redon.

Tous ces vins avaient été conservés dans la cave des Conseillers du vin, à l’exception du Château Mont-Redon qui avait été expédié directement de la cave du château quelques mois avant la dégustation.

Comme d’habitude les vins ont été dégustés à l’aveugle et les participants devaient choisir leur «top» trois.

Trois points étaient donnés pour une première place, deux points pour une deuxième place et un point pour une troisième place.

La compilation des notes du groupe, dont les membres en passant ont semblé assez divisé dans leur choix, a donné le résultat suivant :

E. Guigal (17 points)

Domaine du Pégau Cuvée Réservée (15 points)

Château Mont-Redon et Domaine de la Janasse Cuvée Chaupin (14 points ex-aequo).

 

Le Clos des Papes était malheureusement bouchonné.

Mon premier choix aussi est allé au Châteauneuf-du-Pape de Guigal, un vin de négoce, faut-il le rappeler. Mais à l’époque, la maison était, oserais-je dire, à son zénith et Marcel Guigal parcourait toute la vallée du Rhône pour acheter à fort prix les meilleurs cuvées, y compris évidemment à Châteauneuf-du-Pape.

Démarche qui, en début de gamme, a fait pendant longtemps de son côtes-du-rhône générique vendu à la SAQ le meilleur rapport qualité-prix des vins de l’appellation.

Ce soir là, son Châteaunef-du-pape dépassait les autres d’une bonne tête à mon point de vue, en terme d’équilibre, de finesse, de richesse et de fraicheur.

Mon deuxième choix a été le Château Mont-Redon. Son élégance, sa droiture et surtout sa jeunesse détonnait.

Est-ce que le fait que le vin ait vieilli dans les caves du château y était pour quelque chose ? On ne le saura jamais.

Mais mon expérience avec Château Mont-Redon est que c’est un vin qui est toujours plus ou moins low profile en jeunesse, mais c’est un coureur de fond qui évolue en beauté et en sagesse.

Enfin mon troisième choix, et je crois bien avoir été le seul à le placer dans son «top» trois, s’est porté sur le Château Fortia, Tête de Cru.

De l’avis de tous, y compris du mien, le vin était évolué, fatigué même et, comme le faisait remarquer avec justesse Nick Hamilton, qui dirigeait la dégustation, quand on goûte des vieux vins, on donne priorité à la fraicheur, à la jeunesse.

Je suis parfaitement d’accord, mais il y a aussi une autre variable dont tiennent compte les amateurs de vieux vins comme moi et c’est la complexité.

Or ce vin, bien que sur les pruneaux, donc accusant déjà un début d’oxydation, était encore impressionnant quant à moi par sa largeur, sa richesse et aussi par son esprit.

Je l’imaginais l’avoir bu quelques années plus tôt et peut-être aurait-il alors supplanté tous les autres.

Et puis, comme on le dit toujours, après un certain temps il n’y a plus ni de grands millésimes, ni de grandes appellations, mais seulement de grandes bouteilles.

Et peut-être qu’une autre bouteille du même vin aurait été spectaculaire .

Quoiqu’il en soit, je goûtais ce vin comme si je regardais un vieux tableau de maître, conscient qu’il était un peu défraichi, mais impressionné encore par sa personnalité riche et complexe.

Sinon, pour moi le suivaient ex-aequo Domaine de la Janasse Cuvée Chaupin et Château de Beaucastel , lequel, c’est vrai, avait su résister avec un panache certain à l’outrage des ans, comme on dit.

Comme le répète souvent un autre collègue, ça en prend pour tous les goûts.

Ceux que ce genre de dégustations intéresse (les places sont par contre limitées), peuvent consulter le programme de dégustation des Conseillers du vins à cette adresse.