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Le Québec analphabète

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La sensation de frapper un mur en béton. Voilà ce que provoque la lecture des statistiques officielles sur l’analphabétisme des Québécois. Le chiffre qui tue: 53 % de la population est analphabète fonctionnelle. En clair, ces adultes sont incapables de comprendre un texte simple avec un minimum de mots.

De ce nombre, 20 % ne savent ni lire ni écrire. Ces personnes circulent donc dans la société comme des aveugles, mais sans chien pour les guider et sans canne pour les identifier, donc sans qu’on puisse les aider à surmonter des obstacles.

Analphabète au secondaire

Des enfants apprennent au primai­re à associer des lettres à des sons, mais, quelques années plus tard, ils ont du mal à résumer, c’est-à-dire à comprendre en déchiffrant le texte, ce qu’ils lisent. Ce sont eux qui rejoignent, à 12 ou 13 ans, la cohorte des futurs analphabètes fonctionnels.

Selon des études américaines, les enfants de familles aisées ont avant l’âge de cinq ans entendu 30 millions de mots de plus que ceux des milieux pauvres. Ainsi est définitivement creusé le fossé social entre les futurs citoyens.

Au Québec, les milliards engloutis dans l’éducation sont donc une perte sèche puisque nous nous classons à la queue des provinces canadiennes avec plus de la moitié de la population lourdement handicapée par son incapacité à lire et à comprendre.

Crime contre l’esprit

Ce qui devrait être une urgence natio­nale laisse les autorités sans voix et sans mots. Seuls quelques illuminés – dévastés par ce crime contre l’esprit, la langue et donc notre identité – s’insurgent et souffrent en quasi-silen­ce, réfugiés dans leur bibliothè­que ou peinant devant leurs élèves, incapables qu’ils sont de faire du rattrapage systématique.

On soigne les enfants trop agités, trop peu concentrés, mais que fait-on pour les enfants malades de leur langue?

Comment ne pas désespérer devant tant d’aberration et d’indifférence natio­nale?