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Spotlight sur les médias

Spotlight met en lumière plusieurs changements qui ont opéré dans le monde des médias dans la dernière décennie.
Photo courtoisie Spotlight met en lumière plusieurs changements qui ont opéré dans le monde des médias dans la dernière décennie.

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Le film Spotlight, qui récolte un nombre surprise de nominations – six! – aux prochains Oscars, appartient à un genre qui ressurgit sporadiquement: le thriller médiatique et journalistique. Et comme chaque fois, cela met en lumière quelques enjeux majeurs liés aux médias.

Spotlight relate l’enquête menée par une équipe du Boston Globe qui a abouti, en 2002, à la révélation d’abus sexuels commis pendant des décennies par des prêtres catholiques et ­soigneusement dissimulés par les hautes ­autorités de l’Église.

Une des premières choses qui frappent en voyant le film, c’est de constater le nombre de choses qui ont fondamentalement changé, même si à peine 15 ans nous séparent de l’époque où l’action se déroule. Par exemple, pour mener leur enquête, les journalistes de l’équipe «Spotlight» (nom donné au module de journalisme d’enquête du Boston Globe) font encore appel au centre d’archives de leur journal, puis épluchent des dossiers comprenant les coupures de journaux ayant trait au sujet qu’ils sont en train de creuser. On ne peut faire autrement qu’être frappé par le contraste qu’offrent ces scènes à l’écran, alors que les journalistes manipulent d’immenses quantités de documents, et la ­dématérialisation qui marque aujourd’hui tout le domaine de l’information.

Sans tomber dans la nostalgie primaire, c’est une bonne occasion de s’interroger sur ce qu’on risque de perdre – qu’on a d’ailleurs déjà perdu à bien des endroits – avec la disparition des journaux papier: bien, sûr, on accède aujourd’hui à quantité d’informations en ligne, mais sans le contexte offert par la mise en page, la photo et sa légende, la place occupée et la position dans le journal, la grosseur du titre... Les journalistes font aussi des découvertes majeures, grâce aux annuaires (imprimés) de l’Église catholique, qui retracent, année après année, le statut et les lieux de résidence des prêtres. Comment ­seraient accessibles, de nos jours, des éléments semblables?

Internet... mais pas encore Facebook

On voit bien sûr nettement, dans le film, les bouleversements et les interrogations entraînés par la montée d’internet, avec les baisses de ­revenus qui se manifestent déjà. L’action du film débute alors que le Globe appartient encore au New York Times (qui l’a vendu en 2013) et qu’un nouveau rédacteur en chef arrive avec la ­mission de resserrer la gestion du journal... Il déterminera que l’enquête, liée au départ à des enjeux locaux importants, doit être un fer de lance. En serait-il de même aujourd’hui? Il est quand même intéressant de noter, parmi les ­producteurs exécutifs du film, Pierre Omidyar, l’entrepreneur philanthrope qui a cofondé eBay, puis lancé First Look Media, et le magazine en ligne The Intercept.

Une autre chose qui frappe, c’est le contexte pré-réseaux sociaux. On réalise combien on est devenus habitués, sans même s’en rendre compte, à avoir notre attention monopolisée par des personnalités, journalistiques et autres, qui ne cessent de se répandre sur les médias ­sociaux... Spotlight nous met en face de ce que représente vraiment le travail journalistique de fond, dans l’ombre, à force de recoupements ­fastidieux et d’entrevues avec des gens qui, au départ, n’ont surtout pas envie de se retrouver dans les médias.

La vidéo de la semaine

Le 1er épisode de la saison 7 de la série Comedians in Cars Getting Coffee, par Jerry Seinfeld, est un incontournable: Seinfeld y fait faire un tour d’auto... au président Obama! Arriveront-ils à sortir du terrain de la Maison-Blanche?

Le néologisme de la semaine

Après les «Millenials», les «Plurals»? C’est le nom suggéré par Turner, division de Time Warner, pour désigner le groupe né après 1997.

Le chiffre de la semaine

Spotlight met en lumière plusieurs changements qui ont opéré dans le monde des médias dans la dernière décennie.
Photo Reuters

Donald Trump, qui d’habitude aime les superlatifs, aime se vanter de n’avoir dépensé «que» 2 millions $ par semaine pour sa publicité, et d’avoir attendu plus de six mois avant de diffuser son premier spot. Tout en réussissant toujours autant à faire parler de lui...