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Cologne: pourquoi les féministes de gauche se taisent

Cologne: pourquoi les féministes de gauche se taisent

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«La FFQ adopte une approche féministe intersectionnelle qui vise à déconstruire et à éliminer le patriarcat et tous les autres systèmes d’oppression ou de domination avec lesquels il est imbriqué, comme le capitalisme, le racisme, l’impérialisme, l’hétérosexisme, le colonialisme, le capacitisme et l’âgisme qui fonctionnent ensemble pour marginaliser et exploiter les femmes aux plans sexuel, social, économique, culturel, politique et religieux.» Déclaration de principes 2015, Fédération des femmes du Québec.

Lors du Salon du livre de Montréal 2014, j’ai été violemment prise à partie, lors d’un débat public, par Alexa Conradi, présidente à l’époque de la Fédération des femmes du Québec (FFQ).

Elle n’avait pas apprécié mon texte Chantiers de déconstruction dans lequel j’expliquais ma principale critique face à cet organisme subventionné qui prétend parler au nom des femmes du Québec, c’est-à-dire d’être déconnecté du quotidien des femmes et de privilégier des causes «étroites», comme le combat contre le «cissexisme», une des priorités de la FFQ à cette époque, et contre le capitalisme. Sans jamais nous dire qu’elle serait l’alternative de rêve.

(Un «cis», c’est quelqu’un qui se sent bien avec le sexe que la nature lui a assigné. Le cissexisme, c’est entretenir des préjugés envers les personnes dont le sexe et le genre ne sont pas parfaitement alignés. Par exemple, refuser à une femme d’apparence masculine l’accès aux toilettes des femmes.)

Le silence des agneaux

Ma collègue Sophie Durocher a dénoncé le silence de la gauche féministe face aux agressions qui ont eu lieu à Cologne https://www.journaldemontreal.com/2016/01/12/la-gauche-a-peur-des-mots. Mais doit-on s’en étonner?

Le phénomène n’est pas que québécois. La blogueuse britannique Laurie Penny a signé un texte dans le magazine politique de gauche, The New Statesman, dans lequel elle exprime le souhait que «les bigots ne nous volent pas le féminisme.»

La FFQ, principal porte-voix de cette gauche féministe, a signé un pacte avec le diable en s’associant en 2013 à des «féministes» religieuses voilées proches de mouvements islamiques fondamentalistes, et qui n’ont que les mots islamophobie et racisme à la bouche. Se désolidarisant par le fait même de toutes celles qui expriment le moindre malaise face au regard que l’islam porte sur les femmes. Et les gestes inadmissibles que trop d’hommes musulmans posent. À l’époque, on a même montré la porte à des musulmanes qui militaient en faveur de la charte des valeurs.

Même les événements de Cologne n’ont pas eu raison de cet aveuglement. Ces événements seraient aussi la faute de l’Occident pour deux chroniqueuses de La Presse, Rima Elkouri («S’il va de soi qu’il faut condamner haut et fort les agressions survenues à Cologne, il faut rappeler que la culture du viol dans nos sociétés, qui se double d’une culture du silence, n’a pas été inventée par des réfugiés.») et Agnès Gruda («Est-ce vrai que les femmes occidentales aiment faire l’amour avec plus d’un homme à la fois?», lui demandent avec optimisme de nombreux conducteurs (arabes). La chercheuse leur explique que non, ce nest pas vrai pour la majorité des femmes en Occident. Et quand elle leur demande où ils ont puisé cette idée sur les préférences sexuelles des Occidentales, leur réponse pointe le plus souvent vers des films pornos, produits généralement en Occident...)

Il ne leur est jamais passé par la tête que les musulmanes sont les premières victimes de ce machisme? Par exemple, selon le Courrier international, 97 % des femmes seraient excisées en Égypte. Elle est où la faute à l’Occident dans ce cas-là?

La mauvaise cible

En se positionnant «contre l’impérialisme et le colonialisme» - au lieu de jeter des tomates à Marcel Aubut et au Comité olympique qui a fermé les yeux sur ses comportements –, la FFQ devient par le fait même l’alliée objective* des agresseurs de Cologne.

Mais pourquoi? Parce que la gauche féministe a besoin de victimes de l’impérialisme et du colonialisme pour faire avancer son combat anticapitalisme.

Après on se demande pourquoi tant de femmes ne se reconnaissent plus dans le féminisme officiel subventionné (15 % de son budget, selon le site web de la FFQ).

NOTE: Par contre, le risque d’amalgame est bien réel, dit Alain Finkielkraut, philosophe français «de droite». Tous les migrants, tous les demandeurs d’asile, tous les réfugiés, tous les musulmans, tous les hommes ne sont pas des violeurs.

*L’allié objectif est un concept de la théorie des jeux. Un individu A (la FFQ) est l’allié objectif de l’individu B si A a intérêt à agir en aidant B, qu’il ait ou non une affinité envers B – Wikipédia.