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Un aventurier qui touche les sommets et les coeurs

Gabriel Filippi est le seul Québécois à avoir franchi l’Everest par les deux versants

Un aventurier qui touche les sommets et les coeurs
Photo courtoisie

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Gabriel Filippi a conquis les plus hauts sommets de la planète, mais il a aussi flirté plus d’une fois avec la mort, échappant de peu à des talibans et à des avalanches meurtrières. Il aurait toutes les raisons de se vanter de ses exploits, mais il préfère rester humble et donner au suivant. Portrait d’un alpiniste au grand cœur qui n’hésite pas à donner à des œuvres caritatives.

Gabriel Filippi est le seul Québécois à avoir conquis l’Everest par ses deux versants. Il a touché la cime des plus hautes montagnes de six des sept continents. En contrepartie, l’alpiniste a dû s’en remettre à la providence plus d’une fois au cours de ses expéditions.

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Photo courtoisie

«Je pratique un sport à haut risque. J’ai pensé à plusieurs reprises que c’était fini. Je respecte toutefois au plus haut point la montagne et elle me donne toujours, en retour, des signaux de danger.»

Ses compagnons tués

En 2013, son instinct lui a sauvé la vie pendant une expédition au Pakistan pour grimper le Nanga Parbat et le K2, deux monts de plus de 8000 mètres.

Un matin, il a décidé de quitter le groupe pour revenir au Québec, sous le coup d’une forte prémonition. Le lendemain, des talibans ont assailli le campement en représailles à des attaques de l’armée américaine. Bilan: 11 morts, dont 10 alpinistes étrangers. Plus tard, deux autres de ses compagnons du K2 ont eux aussi été fauchés, emportés par une avalanche.

Avalanche

Presque deux ans plus tard, Gabriel Filippi était au camp de base de l’Everest pour attaquer le mont Lhotse (8516 mètres), à la frontière du Népal et du Tibet.

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Photo courtoisie

Un violent tremblement de terre a alors frappé le Népal, provoquant des avalanches partout dans les montagnes de l’Himalaya. Ayant entendu le grondement, le Québécois a tout juste eu le temps de se jeter derrière une énorme pierre pour éviter la neige qui a balayé le campement.

«Les équipements des campeurs et grimpeurs volaient de toutes parts, j’ai vraiment été chanceux. Quand ça arrive, on ne se rend vraiment pas compte de ce qui se passe. C’est après coup qu’on réalise la gravité de ces épreuves.»

Des jours dans une grotte

L’aventurier a également été piégé par une puissante tempête pendant l’ascension du mont Denali, au centre de l’Alaska. Il a eu le réflexe de se réfugier seul dans une grotte de glace à plus de 5200 mètres d’altitude. Il y est resté sans tente ni sac de couchage pendant quatre jours pour se protéger du blizzard alors qu’il n’avait de rations que pour deux jours.

«Le sommet n’est pas une fin en soi. Je ne conquiers jamais une montagne. Elle me donne la permission d’y pratiquer l’escalade. Je ne peux que lui dire merci.»

Oedème pulmonaire

L’Aconcagua, plus haute montagne des Amériques (6962 mètres), en Argentine, fut sa première cible importante en janvier 1996. Suivirent l’Alpamayo (5947 mètres) au Pérou et le Nanga Parbat au Pakistan avant qu’il ne s’attaque au maître incontesté en 2000, l’Everest. Échec total, quasi meurtrier.

«Je me suis lancé trop vite dans cette aventure. Je ne me suis pas préparé correctement, à tout le moins de façon intelligente, et j’ai failli y rester.»

Au Camp 2, mal acclimaté, son corps lui a envoyé des signaux radicaux. Son taux d’oxygénation était au tiers de sa valeur normale. Diagnostic: œdème pulmonaire.

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«L’alpinisme n’est pas inné. Il faut apprivoiser la montagne. Même aujourd’hui, je ne me considère pas comme un grimpeur expert», explique en toute humilité l’homme maintenant âgé de 55 ans.

L’Everest avait cette fois gagné le duel, mais il ne perdait rien pour attendre...

Sommet

Gabriel Filippi revient à la base de cette montagne en mars 2005. Cette fois, il est mieux préparé, il a fait ses devoirs. Après plus de deux mois de dur labeur, le 30 mai, il touche le sommet. À son tour de remporter la victoire.

Il savoure pendant près d’une heure son exploit, éprouvant à la fois de la joie et de la peine. En effet, dans son sac reposent les cendres de son ami Sean, mort plus tôt sur les pentes de l’Everest.

«Perdre un ami en montagne, c’est se relever ou mourir avec lui», peut-on d’ailleurs lire sur son site internet, citation tirée de l’une de ses nombreuses conférences.

Finalement, en 2010, il a réalisé un exploit qu’aucun Québécois n’avait réussi avant lui: atteindre le sommet de l’Everest par les deux versants de la montagne.

Vaincre sa peur de l’eau en devenant Ironman

Gabriel Filippi a beau avoir gravi les plus hautes montagnes du globe, il reste un être humain avec ses faiblesses et ses peurs. Après près d’un demi-siècle d’aquaphobie, il se lance dans l’inconcevable: s’inscrire à un triathlon Ironman sans même savoir nager.

Enfant, il a frôlé la noyade. Depuis ce temps, le simple fait de tremper ses chevilles dans l’eau lui fout la trouille. Il s’est tenu sur les bords des lacs et piscines durant toute sa vie pendant que ses amis se baignaient avec plaisir.

«Je ne pensais jamais être capable de nager. C’était mon plus grand défi, mon Everest à moi.»

Il réussit graduellement à mater la bête, si bien que le 6 novembre 2010, pour souligner ses 50 ans, célébrés un mois plus tôt, il réussit son premier Ironman en Floride, une épreuve éreintante de 3,8 kilomètres de nage en pleine mer, suivie de 180 kilomètres à vélo et d’un marathon de 42,2 kilomètres.

«Tout est question de confiance, mais, encore aujourd’hui, je dois me surpasser pour vaincre cette crainte», d’avouer ce membre de l’équipe canadienne The North Face.

Changer le monde, un pas à la fois

Gabriel Filippi utilise la visibilité médiatique de ses expéditions comme levier de changement. Son implication sociale vise particulièrement les enfants malades et l’environnement.

«Vivre de telles expériences recentre ses priorités. En alpinisme, il faut oublier son agenda personnel et s’engager pleinement envers les

autres», explique le troisième d’une grande famille de 10 enfants et père d’une fille.

En plus de soutenir de multiples causes, il a accompagné en 2003 un greffé du cœur jusqu’au sommet du mont Blanc, une première mondiale. Il a aussi mené un groupe d’adolescents dysphasiques au mont Asha, au Népal, en 2012.

«Durant cette expédition, j’ai été témoin de petits “miracles”. Pour moi, ce sont eux les véritables héros», de conclure l’athlète originaire de Lac-Mégantic.