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«Bin correc’ de même?...»

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On se trompe si on pense que c’est l’anglais qui menace la survie du français au Québec. Ce n’est pas le bilinguisme non plus: au contraire, apprendre d’autres langues permet de mieux comprendre la sienne. Et encore: se séparer du Canada ne ferait pas grand-chose de plus pour la survie du français parce que le problème ne vient pas de là non plus.

La moitié des Québécois ont de la difficulté à comprendre un texte facile et à s’exprimer convenablement en français. C’est catastrophique, dans une société qui fait de sa langue le gage de son identité et le véhicule de sa survivance.

Comment en sommes-nous arrivés là?

Par notre propre faute

Parler et écrire, c’est comme faire de la musique, du ski, jouer au hockey. Cela ne vient pas naturellement. On ne peut pas s’asseoir devant un piano et improviser. Il faut d’abord faire des gammes, apprendre la théorie, s’entraîner, imiter les maîtres. C’est long, difficile, exigeant.

Pour savoir lire et écrire, il faut connaître la grammaire et l’orthographe, il faut apprendre les mots et leur sens, lire les œuvres de maîtres, les imiter. C’est long, difficile, exigeant, mais il n’y a pas d’autre façon de faire.

Deux graves erreurs

C’est la convergence de deux erreurs issues des années 1970 – l’une nationaliste, l’autre socialiste – qui met la survie de notre langue en péril. Les nationalistes ont confondu la langue parlée de nos grands-parents et le joual des ignorants. Et, pour la gauche, le respect des règles du bon français était élitiste et bourgeois.

Les Québécois sont comme un paysan qui érige des clôtures pour protéger son jardin, mais néglige de le sarcler et de l’engraisser, et laisse le vent et les oiseaux y déposer des graines au hasard, en se disant que «ça va être bin correc’ de même»...

On voit le résultat de cette horrible méprise: on ne peut pas transmettre ce qu’on n’a pas appris.